À Strasbourg, Julie Depardieu enchante La Belle Maguelone de Brahms
Dans un Liederabend consacré à Brahms, le tandem Christian Immler et Helmut Deutsch interprètent une très belle Schöne Magelone de Brahms, sertie par la délicieuse narration de Julie Depardieu.

Réussir La Belle Maguelone, ce n'est pas forcément facile. Les quinze romances de Ludwig Tieck ne sont pas de la plus grande qualité littéraire et leur romantisme exacerbé peut rapidement s'avérer lassant. A côté, l'histoire pseudo-médiévale que la tradition confie à un récitant est d'une niaiserie confondante, tissée de fil blanc et chargée de symboles lourdingues. C'est pourtant sur ce support excessivement « troubadour » que Brahms a écrit des lieder magnifiques, parmi les plus beaux et les plus sophistiqués qu'il ait jamais composés.
Le choix fait par Julie Depardieu pour crédibiliser l'ensemble est des plus pertinents. Elle opte pour une lecture naïve, enfantine, presque extasiée, et solidement arrimée au premier degré de l'histoire. Elle parvient à créer une ambiance de connivence et d'intimité familiale, et il ne manque que le feu dans la cheminée pour combler notre bien-être. Le charme opère, et cette historiette pour enfants d'un autre temps devient presque intéressante. Le charme se développe encore davantage grâce au piano magnifique du grand Helmuth Deutsch. Les lignes musicales sont d'une transparence admirable, les effets sont bien mesurés et la poésie, les tensions intérieures des différents personnages sont rendues avec une vérité qui transcende les réserves qu'on a pu formuler sur la qualité des textes.

Le baryton suisse Christian Immler a fait au disque des choses épatantes avec Helmut Deutsch, comme – par exemple – la ressuscitation des lieder inédits de Hans Gál. Sans démériter en rien, il est ce soir, comparativement à ses deux collègues, quelque peu en retrait dans son expressivité. Sa voix de velours sombre est belle, son allemand parfait, ses nuances, son style, tout est bien… Mais peut-être lui faut-il fournir un effort de projection dans la grande salle de l'Opéra du Rhin, et cela bride un peu sa capacité à colorer, qui est ce soir un peu moins remarquable qu'au disque. Cependant, Helmut Deutsch au piano le fait pour lui, et Brahms s'en trouve fort bien servi.
Cette belle soirée s'achève avec un bis surprenant : le mélodrame peu joué de Schubert Abschied von der Erde D 829, ou Adieu à la Terre. Le court poème d'Adolf Pratobevera von Wiesborn est déclamé en allemand par Christian Immler, et Julie Depardieu donne en « répons » la traduction française. Cette lecture bi-langue est du meilleur effet, mais c'est encore Helmut Deutsch qui se distingue en nous donnant au piano une lecture calme, suspendue dans la lumière et la hauteur de cette étape de gratitude et d'acceptation. Un moment de grâce.









