Le joli triptyque de l’Ensemble chorégraphique du CNSMDP
Les étudiants et futurs danseurs de l'Ensemble chorégraphique du CNSMDP proposent un tryptique de trois pièces d'Odile Duboc, Léo Lerus et Ioannis Mandafounis à Chaillot – Théâtre national de la danse. Subtil et prometteur !
Trois boléros est une pièce emblématique d'Odile Duboc, chorégraphe décédée en 2010 à l'âge de 69 ans, dont le duo central a été notamment dansé par Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh. Les jeunes danseurs de l'Ensemble chorégraphique, la compagnie de préprofessionnalisation du Conservatoire national supérieur de Musique et de Danse de Paris, s'approprient l'écriture délicate et subtile de la chorégraphe et insufflent une belle liberté et beaucoup d'harmonie à boléro un, la première des trois versions du Boléro proposée par Odile Duboc.
Dans boléro un, composé d'une dizaine de danseurs, la danse suit, non pas la proposition du crescendo, mais la sensation d'accumulation progressive grâce à celle des instruments. Elle est nourrie d'interventions verticales, non présentes dans la musique, qui donnent à la musique une nouvelle couleur, grâce au développement ponctuel d'un système de contrepoints chorégraphiques, selon l'analyse d'Odile Duboc en amont de la création. Cette version adopte en effet une structure polyphonique, dont les lignes se croisent et se recouvre, pour un résultat très fluide et apaisé, dans des costumes blancs très simples.
Déjà présenté par ces mêmes étudiants devant les Nymphéas de Monnet, au Musée de l'Orangerie, l'extrait d'Entropie de Léo Lerus prend ici nouvelle densité. L'environnement sonore privilégié de la salle Gémier de Chaillot permet de mieux profiter de la musique de Gilbert Nouno, tandis qu'un cyclo orangé crée une nouvelle ombre pour les danseurs en costumes couleur de terre. La concentration des jeunes danseurs trouve son contrepoint dans la danse chaloupée de Léo Lerus et le principe de battle qu'il met en place régulièrement, permettant aux danseurs de s'affronter amicalement et de se jauger. Dans l'atmosphère proche de la nature qui transpire de cette pièce, on savoure chaque trait de cette chorégraphie organique et sensuelle.
La dernière pièce du programme, JOIN 2, est signée Ioannis Mandafounis. JOIN 2 est née de la rencontre, en novembre 2024, entre les étudiants du Conservatoire et les danseurs et danseuses de la Dresden Frankfurt Dance Company au Théâtre de la Ville, sous la direction du chorégraphe grec. Réadaptée ici pour une version avec dix danseurs, JOIN 2 reprend la trame chorégraphique qui met en avant les notions de groupe, d'identité et de « faire corps » ensemble. L'écriture du chorégraphe est d'emblée plus virtuose dans cette pièce qui se compose autour de brèves séquences interrompues de fondus au noir, parfois brutaux. Dans des éclats de corps et de couleurs, les danseurs se lancent dans des tableaux assez compétitifs, puisant dans l'énergie qui leur reste pour s'interpeller ou courir sur le plateau.
Pour ces futurs artistes chorégraphiques, danseurs en devenir, ce programme est un joli triptyque de pièces de chorégraphes de trois générations différentes, mais reliés par une écriture fluide et un certain sens du relâchement et lâcher prise.





