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Le concert à l’ère numérique avec l’EIC et la Biennale Némo

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Paris. Philharmonie – Cité de la Musique. Salle des concerts. 8-I-2026. Grand soir numérique . Annabelle Playe et Hugo Arcier : Ars Natura, performance audio-visuelle ; Yang Song (née en 1985) : Phenix Eye, Dragon Eye, pour violoncelle, geste, vidéo et électronique ; Clara Olivares (née en 1993) : Au banquet des visages, pour grand ensemble et électronique (CM) ; Augustin Braud (né en 1994) : Valets, pour ensemble et électronique (CM) ; Riccardo Giovinetto, FEMINA, performance audiovisuelle. Renaud Déjardin, violoncelle ; Annabelle Playe, live électronique ; Hugo Acier, vidéo ; Ricardo Giovinetto, vidéo et live électronique ; Pierre Carré, Rémi Le Taillandier, électronique Ircam ; Jérémie Bourgogne, diffusion sonore Ircam ; direction Yalda Zamani.

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En lien avec Némo, la Biennale internationale des arts numériques, l' fait son « grand soir numérique » où le son rencontre l'image et où les nouvelles technologies s'immiscent dans le processus de création.

L'entrée en matière est explosive avec Ars natura, la performance audiovisuelle du duo et . est une artiste pluridisciplinaire qui chante, écrit et compose. Devant son set électronique − samplers, synthétiseurs numériques et modulaires, etc. − elle mixe ce soir dans la pénombre traversée des éclats lumineux du diadème qui rehausse sa coiffure : le geste est puissant, entre déflagrations et déchirements, lissage et distorsion d'un flux sonore à haute tension qui ménage cependant de grandes respirations en lien avec la vidéo d'. Des images somptueuses en 3D (réelles ou factices) donnent à voir une nature dense et sauvage, privée de toute présence humaine : fantasmagories arborescentes, dominantes de rouge feu, ou paysage liminal, troncs et branches dénudés, comme les arbres d'un Penone, que le vidéaste compose et assemble dans la seconde partie. L'œil comme l'oreille restent aux aguets à la faveur d'une interaction très réussie des deux sources en présence. Les fumigènes jouant avec les leds sur le plateau (création lumière de Rima Ben-Brahim) n'arrivent qu'à la fin, qui débordent le cadre de l'écran et ouvrent l'espace sur d'autres perspectives : sauvage autant que poétique !

Posé à plat sur une table, le violoncelle devient gu-zheng (ou koto) dans Phoenix Eye, Dragon Eye de la compositrice chinoise qui cherche ainsi à établir des « ponts » entre orient et occident.

Le titre désigne deux gestes liés au jeu de l'instrument traditionnel, une technique qui, comparée à celle du violoncelle, inverse le rôle de chaque main, mettant le violoncelliste au défi. Une faille technologique (l'outil reste fragile !) oblige ce dernier à reprendre du début la pièce qui s'accompagne de la vidéo.

 

L'image reproduit et décline les gestes très spécifiques (sons glissés) des mains sur les cordes, la partie électronique n'ayant ici qu'un rôle décoratif. Lorsque, dans la seconde partie, reprend son instrument à la verticale, la prestation, virtuose certes, éblouit sans toutefois nourrir le projet initial.

La cheffe (assistante de Pierre Bleuse) est sur le podium pour les deux créations mondiales de la soirée. , dont le catalogue compte déjà deux opéras, a travaillé avec l'IA au côté du RIM de l' et son assistant Victor Bigand. Au banquet des visages consiste dans l'intégration/absorption d'une voix (travail de synthèse du logiciel V-gan) dans l'ensemble instrumental, présence étrange et interactive qui semble modeler les sonorités de l'orchestre. La voix traitée laisse percevoir quelques mots sensés mais agit davantage par la « monstruosité » de son registre. D'une grande fluidité, l'écriture instrumentale très solistique retient toute notre attention comme le piano (disklavier) de mixant les sources acoustiques et électroniques.

 

Aux trois quarts de l'œuvre, l'intervention soudaine et chaleureuse de la trompette sous la voix presque chorale nous saisit avant la cadence non moins captivante du piano ourlé par la voix (la magie du disklavier). L'interprète se détache in fine de son clavier pour laisser agir seuls les ressorts de la technologie. Original et superbement conduit, fruit d'un travail intense avec les logiciels de l', Au banquet des visages est révélé dans toutes ses finesses par et les musiciens de l'EIC.

a imaginé un dispositif singulier pour sa nouvelle œuvre Valets dont le titre est extrait de Valet noir : vers une écologie du récit de Jean-Christophe Cavallin. Quatre « ampli » de guitares sont disposés en bord de scène, diffusant la partie électronique, des sons de guitare électrique pré-enregistrés par le compositeur, lui-même guitariste.

Ni flûtes ni cordes graves dans un ensemble de 15 musiciens qui inclut un saxophoniste (jouant le soprano, le ténor et le baryton), la clarinette contrebasse et un tuba Wagner ! C'est dire l'attention du compositeur aux timbres et aux registres. La pièce débute par la partie électronique sur laquelle s'étagent tout en douceur les instruments de l'ensemble : une manière très organique de fibrer l'espace dans une ambiguïté des sources qui restera toujours l'enjeu de l'écriture. L'écoute est captive et le rendu sonore d'une grande sensualité, jouant sur l'hybridation des timbres (cordes et guitares enregistrées) et le velouté des nappes sonores. Plus animée et solistique, la seconde partie fait la part belle aux « soufflants » − trombone, clarinettes, tuba Wagner épatants − rehaussés d'une percussion active qui conduit le tutti vers un climax bruyant. La coda ne manque ni de poésie ni d'humour distancié…

Une seconde performance audiovisuelle, FEMINA, referme ce « grand soir » et ramène l'image sur le grand écran. L'Italien en a conçu le son et la vidéo via des structures numériques générées et manipulées en temps réel. La matière visuelle puise aux sources de la peinture italienne de la Renaissance (Botticelli, Piero de la Francesca, Vinci, etc.), des images censées exalter la grâce féminine qu'il fragmente et déconstruit à l'envi tout comme les échantillons sonores issus du répertoire madrigalesque de la même époque. Mécanique et sans « grâce », la synchronie du son et de l'image lasse très vite la vue et l'ouïe, compte tenu, peut-être, de l'heure tardive de la fin du concert.

Crédit photographique : ©

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Paris. Philharmonie – Cité de la Musique. Salle des concerts. 8-I-2026. Grand soir numérique . Annabelle Playe et Hugo Arcier : Ars Natura, performance audio-visuelle ; Yang Song (née en 1985) : Phenix Eye, Dragon Eye, pour violoncelle, geste, vidéo et électronique ; Clara Olivares (née en 1993) : Au banquet des visages, pour grand ensemble et électronique (CM) ; Augustin Braud (né en 1994) : Valets, pour ensemble et électronique (CM) ; Riccardo Giovinetto, FEMINA, performance audiovisuelle. Renaud Déjardin, violoncelle ; Annabelle Playe, live électronique ; Hugo Acier, vidéo ; Ricardo Giovinetto, vidéo et live électronique ; Pierre Carré, Rémi Le Taillandier, électronique Ircam ; Jérémie Bourgogne, diffusion sonore Ircam ; direction Yalda Zamani.

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