Gardiner agence Debussy et Rameau à Radio France
John Eliot Gardiner revient à la tête d'une grande formation symphonique pour deux soirées consacrées à des compositeurs français puis anglais, associant anciens et modernes. Pour le programme français, il entremêle des suites du Pelléas de Debussy et des Boréades de Rameau, avec la participation de la soprano Anna Prohaska.
Donnés à une semaine d'intervalle à l'Auditorium de la Maison de la Radio, deux concerts de John Eliot Gardiner permettent d'entendre d'abord de la musique française, puis de la musique anglaise. Si les œuvres de Purcell et Britten s'entrecoupent pour le deuxième programme, le chef britannique a conçu ses propres suites pour le premier autour des compositeurs Debussy et Rameau.
Ce premier soir, c'est donc un Gardiner serein que nous voyons entrer en scène pour venir justifier ses choix face au présentateur Clément Rochefort. Pendant cette intervention, il rappelle notamment comme il s'est jeté dans la redécouverte de l'ultime partition de Rameau, qu'il a ensuite créée scéniquement en 1982 à Aix-en-Provence et toujours défendue depuis. Mais c'est Pelléas qui ouvre le concert, avec une première suite symphonique dans laquelle s'enchaînent des scènes des trois premiers actes. Comme on peut s'y attendre, le Prélude introduit la musique, d'une profondeur soucieuse où se remarque le délié demandé par le chef à chaque instrumentiste. Pour autant, ce détachement des notes n'empêche ni les grandes respirations d'un Philhar' très habitué à Debussy, ni les transitions fluides entre les parties sélectionnées pour cette suite apocryphe.
La scène de la forêt aurait sans doute mérité plus de mystère, mais interprétée avec douceur, elle s'adapte bien au passage de la scène 3 de l'acte I, puis à celui de l'acte II, avant que n'apparaisse au balcon Anna Prohaska pour l'air « Mes longs cheveux descendent » de Mélisande. En grande mozartienne, la chanteuse autrichienne débute de manière un peu trop lyrique, mais avec un soin particulier sur la prononciation du texte français, parfaitement compréhensible. Ensuite dans Les Boréades, elle s'adapte tout aussi bien à « Un horizon serein », où le français à nouveau très précis s'altère juste sur les répétitions de la fin, lorsque la soprano libère sa fougue. Plus lyrique, l'Air de Lia de la cantate L'Enfant Prodigue de Debussy est sans doute la pièce qu'elle défend le mieux lors de cette soirée, où sa voix agile inonde d'une plastique claire ce court passage, encore très classique de la part d'un jeune compositeur en quête de Prix de Rome. Dans l'accompagnement se démarque ici le cor anglais, tandis que notre attention se concentre à plusieurs moments sur la première hautbois Hélène Devilleneuve pendant les deux suites de l'opéra.
Avec Rameau, il faut se réhabituer à écouter cette musique sur instruments romantiques, tant le travail des baroqueux – à commencer par celui de Gardiner lui-même – nous a appris à écouter les pièces de cette période sur instruments plus rapides et aux timbres plus naturels. Comme toujours au milieu d'un orchestre sur diapason classique, le clavecin a du mal à se faire entendre. En revanche, on profite de la très grande culture du maître dans de nombreux morceaux, dont une Gavotte portée par le splendide solo du basson Julien Hardy. Lors des deux suites, il faut aussi souligner la totale polyvalence du premier percussionniste de l'orchestre Nicolas Lamothe, ce soir parfois timbalier, mais aussi souffleur, joueur de tam-tam ou tambourineur.














