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Alexandre Duhamel devient Hollandais volant à Rouen

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Rouen. Opéra Orchestre Normandie Rouen. 30-I-2026. Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène, vidéo : Marie-Ève Signeyrole. Assistante mise en scène : Katja Krüger. Décors : Fabien Teigné. Costumes : Yashi. Lumières : Philippe Berthomé. Vidéo : Céline Baril. Dramaturgie : Louis Geisler. Avec : Alexandre Duhamel, Le Hollandais ; Grigory Shkarupa, Daland ; Silja Aalto, Senta ; Robert Lewis, Erik ; Héloïse Mas, Mary ; Julian Hubbard, Der Steuermann. Chœur accentus/Opéra Orchestre Normandie Rouen (Chef de chœur : Gareth Hancock). Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, direction musicale : Ben Glassberg

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Dans une mise en scène de qui transporte le Hollandais volant en capitaine d'embarcation de migrants, les forces de l'Opéra de Rouen procurent une énergie constante au Vaisseau Fantôme de Wagner, très bien défendu aussi par le plateau, dans lequel prend le rôle-titre.

Alors que l'on sent un retour vers les mises en scènes plus classiques voire conservatrices dans de nombreuses salles ces dernières années, l'Opéra de Rouen et son directeur Loïc Lachenal continuent à faire le pari de propositions intellectuelles, sans que cela paraisse gêner un public rouennais habitué, qui remplit intégralement toutes les représentations d'opéras et de ballets chaque saison.

Après un Tristan und Isolde très jusqu'au-boutiste dans son propos la saison passée (que notre confrère n'avait pas apprécié), c'est au tour de Der Fliegende Holländer (littéralement Le Hollandais Volant, traduit pour la France par le plus vendeur Vaisseau Fantôme) de se montrer sur la scène normande. À cette occasion, signe la production. Avec risque, mais une certaine efficacité, elle transpose l'histoire dans notre monde moderne, le Holländer et ses matelots devenant passeurs pour migrants. Après tout, l'idée reste celle d'un bateau errant sur les flots, avec un équipage perdu et rejeté. Mais si certaines parties de la réalisation fonctionnent parfaitement, comme l'Ouverture et ses vidéos de vagues qui décuplent parfaitement les remous créés par la  partition symphonique en fosse, d'autres idées non abouties peinent à maintenir  la force voulue de la proposition.

Sur une scène toujours très sombre faite des décors sobres de Fabien Teigné, dans des lumières de Philippe Berthomé elles aussi très noires, ou sinon rougies, se retrouvent quelques éléments leitmotiviques. Par exemple, une lanterne semble descendre du plafond à chaque apparition du Holländer, tandis qu'une petite maison semble plus liée à Senta, sans que ces parallèles ne soient totalement clarifiés. Juste avant la scène finale, une enfant qui pourrait être Senta jeune apporte une maquette blanche de la maison, qu'on voit grossie en fond au duo, comme pour marquer l'envie des deux protagonistes de trouver un lieu de repos serein pour vivre leur amour. La jeune fille pose la maquette dans le bac d'eau à l'avant-scène, et celle-ci fond à mesure que la fin approche, jusqu'à ce que les deux amants se plongent eux-aussi dans l'eau, qui prend une teinte rouge sang. Pour dernière image, Daland ramasse le manteau que le fantôme a laissé tomber pour ensuite le porter et quitter la scène par le fond, suivi de tous sur le plateau, comme un guide. Cette idée offre une dernière image cohérente avec le propos, mais elle parait plus adaptée à Parsifal qu'à la fin du Vaisseau, ici donné comme presque toujours dans sa version définitive, avec le leitmotiv de la Rédemption, alors que le choix de la version initiale aurait sans doute permis de donner un caractère plus fort à cette scène finale.

Malgré ces réflexions, la mise en scène a l'avantage d'aller toujours dans un seul sens, portée par l'énergie de toutes les forces en présence et du plateau. Premier acteur majeur de la réussite de la production, l'Orchestre de l'Opéra Normandie Rouen est galvanisé par son directeur . Sur le départ pour le Volksoper Wien, le chef insuffle un vent et un flot constants à la fosse, où son ensemble est à l'étroit et réparti comme il peut : les cors à gauche et les autres cuivres à droite, avec les contrebasses sur le côté plutôt que derrière comme dans les grandes fosses allemandes. Très puissant dès l'Ouverture, le souffle est juste amoindri par une forme de fatigue au milieu du grand duo, d'un opéra joué d'une traite, sans entracte. Dix minutes plus tard, les instrumentistes remettent toutes leurs forces dans la bataille pour raviver la partition jusqu'à la mort et la rédemption.

Également plein de vie, le Chœur /Opéra Orchestre Normandie Rouen préparé par Gareth Hancock dynamise lui aussi toutes ses scènes. D'un niveau entendu seulement dans les plus grandes salles germaniques, il est juste trop restreint en nombre de choristes pour permettre un double chœur à l'Acte III. Le chœur des Hollandais est donc retranscrit par des haut-parleurs cachés, qui accentuent par là l'effet fantomatique recherché dans cette scène. Pour maintenir le réalisme de la proposition, un gramophone est présent sur le plateau et peut aussi faire croire que le chœur vient de là.

Quant à la distribution, elle met en premier lieu en avant , dont la prise de rôle est marquée par une grande application sur le texte. Moins noir que le Daland de , le baryton français va tout de même chercher ses graves en profondeur pour porter son personnage, en plus de procurer un beau romantisme au duo avec Senta. Très vigoureuse et avec des aigus d'une impressionnante longueur, campe une Senta dans la pleine continuité des grandes sopranos dramatiques du nord. Avec la souplesse et la robustesse de sa voix elle aurait aussi pu être idéale dans la partition originale de 1843 plus proche du bel canto, et offre en tous cas une ballade d'une superbe tenue. chante un Erik populaire, juste un peu trop adouci quand il s'assoit au milieu de son air principal, tandis que Daland marque par la gravité du chant de Shkarupa. dans une Mary altière et en Steuermann (le timonier) résistant confirment le très bon niveau de la distribution, qui entraîne avec elle le public pendant deux heures vingt sans le laisser respirer, jusqu'à l'exaltation des applaudissements chaleureux aux saluts.

Crédits photographiques : © Caroline Doutre

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