Atys de retour à Versailles avec le Ballet Preljocaj
Pour sa reprise quatre ans après sa création au Grand Théâtre de Genève, la production d'Atys mise en scène et chorégraphiée par Angelin Preljocaj fait son retour à l'Opéra Royal de Versailles, avec les danseurs du Ballet Preljocaj.
Le duo García-Alarcón à la baguette de la Cappella Mediterranea et Preljocaj à la mise en scène et la chorégraphie s'est durablement trouvé autour de ce projet exceptionnel : une nouvelle production d'Atys de Lully, marqué par des mises en scène mythiques qui peuvent sans conteste inhiber plus d'une équipe artistique.
Ici, comme il sait le faire lorsqu'il a un budget de création suffisamment confortable, le chorégraphe Angelin Preljocaj s'est entouré pour sa première mise en scène lyrique, hautement acclamée lors de sa création à Genève en 2022 et dont la captation en CD et DVD a reçu une clef d'or ResMusica en 2025, d'un duo formidable de deux artistes plasticiennes : Prune Nourry pour la scénographie et Jeanne Vicerial pour les costumes. Elles font partie d'une nouvelle génération d'artistes qui acceptent les projets qui les font avancer. Et elles ont eu raison de le faire ici !
Les costumes façon guerrier samouraï ou pratiquant de kendo donnent une dimension mythique au prologue d'Atys, où les parties instrumentales sont traitées en format uniquement chorégraphique. Devant un mur de pierres antiques, marqué par l'érosion et fissuré par endroits, Atys appelle le peuple à accourir pour accueillir Cybèle avec le célèbre air « Allons allons accourez tous ». Toutes les parties guerrières interprétées par les danseurs sont particulièrement réussies et efficaces. La simplicité de moyens scénographiques fait merveille avec ces longues tiges de bois noir qui deviennent tour à tour lances, tente ou dais.
Dans la mise en mouvement aussi, Angelin Preljocaj est très à l'aise. La musique apporte beaucoup d'élan et de vitalité aux interprètes du Ballet Preljocaj, qui reprennent pour la première fois les parties dansées, et le chorégraphe n'hésite pas à faire exécuter des mouvements simples aux chanteurs pour les mettre en mouvement aux côtés des danseurs, toujours avec justesse et musicalité. Le mur qui se déchire laisse entrer la déesse qui doit choisir un sacrificateur. Les personnages les plus importants, seigneur, roi, dieu ou déesse, sont vêtus plus richement que les autres personnages, les mortels, mais toujours avec les rideaux de fils noirs tressés et les coiffes noires de Jeanne Vicerial. Souple et naturel, l'Atys de Matthew Newlin se fond dans chaque situation. Cybèle, alias Giuseppina Bridelli, semble un peu plus empruntée avec les gestes dansés.
Angelin Preljocaj réutilise pour les chorégraphies certaines des compositions complexes qui nourrissent habituellement ses ballets, comme ces quatuors autour d'un cube. C'est un duo intense et mouvementé, avec plus d'amplitude, qui accompagne le duo entre la déesse Cybèle et sa confidente Mélisse, Lore Binon. Miroir des chanteurs, les danseuses savent se faire discrètes. Angelin Preljocaj se joue aussi des cérémonials. La transformation d'Atys en sacrificateur par l'imposition des costumes, attributs du pouvoir, tient beaucoup à la puissance des artefacts signés Jeanne Vicerial et au décorum de Prune Nourry.
En ouverture du troisième acte, un court ballet cède la place au trio où chaque personnage est appuyé par son double chorégraphique. Ces dispositifs astucieux occupent l'espace avec grandeur et sobriété. Sortant d'un mur qui se fissure de plus en plus, les nymphes du sommeil s'approchent d'Atys endormi. C'est un très bel acte, mystérieux et intense, avec un quatuor à l'avant-scène au visage masqué et un ballet doux et délicat. Virtuose, Preljocaj sait varier les formats et s'adapte chaque fois à la situation dramaturgique et à la musique, créant des atmosphères où tout, musique, chorégraphie, scénographie, costumes, lumières, s'assemble parfaitement pour concourir à la magie.
Dans le dernier acte, la vengeance ourdie par la déesse et le roi contre les deux amants Atys et Sangaride se déchaîne dans des éclairs qui zèbrent les racines profondes et sombres du décor. Ensorcelé par la déesse, Atys tue sa dulcinée d'un coup d'épée furieux. Retrouvant la raison il découvre le corps de son amante et la pleure, dans le célèbre « Atys fait périr ce qu'il aime ». Devant ce triste spectacle, puissant acteur dévoré par la souffrance, Matthew Newlin est un Atys bouleversant.
Toutes les passions humaines sont réunies dans cet opéra universel : l'amour, la jalousie, la convoitise, la vengeance et la haine. Au pied d'un arbre mort qui deviendra arbre de vie, l'agonie et la mort d'Atys donnent des remords à Cybèle. La frise de danseuses de ce final évoque celle des Noces de Nijinska avant de déchaîner la fureur de l'instrumentarium dans un ballet synchronisé, aux ensembles tout aussi parfaits. Une magnifique reprise !














