Invitation d’un trio au salon de Joséphine de Beauharnais
Bienvenue au château de Malmaison à Rueil-Malmaison, dans le salon de la première épouse de Napoléon de 1796 à 1809, où la mezzo-soprano Coline Dutilleul, le pianoforte d'Aline Zylberajch et la harpe de Pernelle Marzorati vous invitent à un moment simple et plaisant.
Ce n'est pas la première invitation que nous recevons pour nous immerger dans l'un des salons mondains du Premier Empire. L'auditeur attentif aura déjà assisté à celui d'Hortense de Beauharnais, déjà au château de la Malmaison, ou entendu les romances de Sophie Gail qui n'ont résonné que dans ces salons privés intimistes avant d'être gravées en disque. Dommage que le sous-titre de cette nouvelle proposition discographique ne mette en lumière que les pièces vocales, tant l'intérêt réside, selon nous, dans les pièces instrumentales. Parce que, ne nous mentons pas, ce ne sont pas les amourettes naïves de ces romances qui interpelleront durablement l'auditeur d'aujourd'hui, à part peut-être quelques âmes fleur bleue, ni la version chambriste d'air d'opéras comme celui de La Vestale de Spontini (en italien qui plus est !) qui avait bénéficié d'un enregistrement remarquable de la part de Christophe Rousset (Clef d'or ResMusica). Pourtant, Coline Dutilleul y est irréprochable : timbre clair, legato idéalement mené, diction parfaite et sensible, ornementations délicates et mesurées… Quelques pièces sortent du lot, tel ce vigoureux Orage d'Hortense de Beauharnais où la virtuosité du pianoforte et l'intensité vocale semblent se tourner vers une couleur préromantique. Mais finalement, si l'on se détache de l'apparente humilité de ces mélodies faciles à mémoriser, nous retiendrons surtout le plaisir du chant que relaie à merveille la mezzo-soprano.
Après l'élégant Allegretto et la douce Romance de la Sonate pour la harpe n°1 opus 13 de Jean-Baptiste Krumpholz (1742-1790), quel admirable Allegro Maestoso de la Sonatina pour la harpe n°2 opus 92 de François-Joseph Naderman (1781-1835) ! Alors, quand on sait en plus que Pernelle Marzorati joue avec une harpe de 1793 fabriquée par la famille Naderman, l'histoire et la sensibilité se mêlent avec justesse. Les attaques de la harpiste sont précises, les nuances inspirées, et se côtoient dans la ligne mélodique une douceur et une assurance qui enveloppent l'auditeur.
Le deuxième instrument incontournable de la musique de salon dispose des mêmes atouts que le premier. Le pianoforte d'Aline Zylberajch, un Freudenthaler de 1814, est d'une belle expressivité, fort d'une technique irréprochable et de nuances sensibles et modelées avec autant de goût que de grâce. La finesse de l'Andante de la Sonate pour pianoforte n°1 opus 37 de Daniel Steibelt (1765-1823) répond à la vigueur affirmée de l'Allegro de la Sonate pour pianoforte n°2 opus 1 d'Étienne Nicolas Méhul (1763-1817). Les deux instruments excellent dans un dialogue assez sage et quelque peu désuet d'Ignaz Josef Pleyel (1757-1831) avec l'Allegretto du Duo pour harpe ou pianoforte du célèbre facteur fondateur de pianos qui portent encore aujourd'hui son nom.












