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Biennale Explore : plein les yeux et les oreilles à la Cité de la Musique

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Paris. Philharmonie – Cité de la Musique. 13-IV-2026. Biennale Explore. Œuvres de Radigue, Dabrowski, Gross, Duthoit, Desprez, Laguerre, Roux, Sinnivia, Playe, Levy, Aboulkheir, Ferrari. Elise Dabrowski (contrebasse et voix), Alvise Sinivia (piano et claquettes), Clara Levy (violon), Isabelle Duthoit (Clarinette et voix), Julien Desprez (guitare, électronique et claquettes), Annabelle Playe (électronique et voix), Anthony Laguerre (batterie, revox), Jean-Philippe Gross (système modulaire Serge).

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Dans le cadre de la nouvelle biennale Explore organisée par la Philharmonie de Paris, les huit Centres Nationaux de Création Musicale (CNCM) auxquels s'est joint le Groupe de Recherches Musicales (GRM), ont invité sur le plateau de la Salle des concerts artistes sonores, interprètes et performeurs pour un grand soir festif, riche en décibels et talents tous azimuts.

Choisis de manière collégiale, huit artistes, acteurs de la scène expérimentale, présentent leur pièce en création, commande des CNCM (qui fêtent leur trente ans d'existence) et de la Philharmonie de Paris. Les sièges ont été retirés pour laisser librement déambuler le public pour ce concert debout.

L'acousmonium du GRM (orchestre de haut-parleurs) occupe la scène où sont installées également une batterie () et une table de mixage (Annabelle Playe). Diamétralement opposé, sur une estrade, trône le piano à queue sans son couvercle d' et un autre dispositif sonore () avec un revox, magnétophone à bande vintage qu'aiment aujourd'hui réutiliser les artistes sonores. Le Serge (synthétiseur modulaire) et son héros, , sont à mi-parcours, faisant face à la guitare de , basé à l'étage. (violon), (clarinette et voix) et Elise Dabrowski (contrebasse et voix), de par leur polyvalence, seront quant à elles plus itinérantes.

Musique fixée et improvisations « préméditées »

Les titres, fort heureusement, s'affichent au-dessus de nos têtes au fil de cette performance collective fleuve (3 heures de musique non-stop) qui débute par un hommage touchant à , disparue en février dernier. ∑=a=b=a+b est une des pièces acousmatiques (sons fixés) les plus anciennes (1969) de la compositrice qui s'intéresse déjà aux phénomènes du feedback (larsen) qu'elle mènera plus avant dans son travail sur le synthétiseur Arp 2500 acheté à New York.

Si À nous de jouer d'Elise Dabrowski invite autour de sa contrebasse le violon et la batterie, Le Serge (Serge #7), synthétiseur modulaire, joue en solo, donnant à entendre son grain spécifique et ses profils virtuoses sous les manipulations de . Alors que son duel musclé avec la guitare de fait monter le son en puissance (Phase cut), la voix d', entre plainte animale et cri sauvage, le porte à saturation dans Iki où elle est en concurrence avec la batterie d' : un premier temps fort de la soirée qui déclenche les applaudissements.

En voix off présente La loi de Van Noorden, autre œuvre acousmatique en cinq séquences soumis aux algorithmes et au devenir aléatoire du son de synthèse.

Claquettes aux pieds, et sont en short et en parfaite synergie dans le tapageur Exu de Desprez. Dans cette pièce pour claquettes, batterie, voix et électronique, les deux performeurs sur le devant de la scène redoublent d'énergie, monopolisant durant une bonne dizaine de minutes, les yeux et les oreilles.

La tension se relâche et les textures s'affinent avec la violoniste et son Nimbostratus, hommage à , qui ouvre très grand l'espace et fait entendre un violon à la marge du silence.

(pianiste de l'ONCEIM qui a fait l'ouverture de la Biennale) revient sur le devant de la scène pour Digestion où il performe avec Anthony Laguerre. Sinivia joue avec la bande du revox, une immense boucle qu'il manipule, mettant les mouvements de son corps en lien avec le son qu'elle génère sur le magnétophone : un capteur de gestes avec fil ! Le pianiste sera à son instrument, sur le clavier et surtout dans les cordes du piano très préparé (véritable terreau pour l'improvisateur) dans 60. O'Lamiento (Complainte), une musique toute en oscillations et temps suspendu, assistée des voix de Dabrowski et  Duthoit.

Après Partition graphique d' qui suggère des « actions à mener » à travers des traces visuelles que la compositrice fixe sur le papier, se déploie dans l'espace la riche toile sonore de la DJ Annabelle Playe. Elle mixe en solo dans Tie-Break dont le flux puissant et immersif est ourlé par la voix de l'artiste qui fait miroiter ses couleurs.

Cette soirée dédale se referme avec le Presque rien n°2 sous-titré « Ainsi continue la nuit dans ma tête multiple », de (membre du GRM et créateur de La Muse en circuit en 1982) dont le paysage nocturne habité par la voix du compositeur achève dans la douceur et l'économie cette traversée labyrinthique des arcanes du son.

Crédit photographique : © Joachim Bertrand

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Paris. Philharmonie – Cité de la Musique. 13-IV-2026. Biennale Explore. Œuvres de Radigue, Dabrowski, Gross, Duthoit, Desprez, Laguerre, Roux, Sinnivia, Playe, Levy, Aboulkheir, Ferrari. Elise Dabrowski (contrebasse et voix), Alvise Sinivia (piano et claquettes), Clara Levy (violon), Isabelle Duthoit (Clarinette et voix), Julien Desprez (guitare, électronique et claquettes), Annabelle Playe (électronique et voix), Anthony Laguerre (batterie, revox), Jean-Philippe Gross (système modulaire Serge).

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