Les mondes étranges de George Sand et Frédéric Chopin
Les photographies de l’artiste Flore se font évocation sensible de la vie de George Sand et Chopin à Nohant, pendant et après.
Edité pour le 150e anniversaire de la disparition de George Sand (8 juin 1876), avec le Centre de monuments nationaux et le musée Frédéric Chopin de Varsovie, l’ouvrage prend sa source dans la résidence effectuée par la photographe Flore à Nohant. Durant deux ans, l’artiste y a passé de courts séjours en explorant les lieux à la recherche des présences du passé. Le travail qu’elle y a mené, plein de sensibilité, se matérialise aujourd’hui par cette parution et par une exposition de près de cinquante tirages visibles cette saison dans le jardin, le parc et dans la maison de l’écrivaine.
Le titre reprend la citation de Chopin « Je suis dans des mondes étranges » dont on trouve la reproduction calligraphiée. Ce sont ces mondes enfouis que Flore tentent de faire ressurgir : « des résonances silencieuses de ce qui fut et persiste de manière mystérieuse et invisible« . Par son regard, l’artiste a cherché à capter l’insaisissable ou ce qui peut l’être encore. Car après 9 ans de passion, quand George Sand et Chopin se séparent, l’écrivaine efface dans sa demeure toute trace de son ancien amour, allant jusqu’à brûler leur correspondance. Flore dit avoir voulu explorer « cette tension entre présence et absence« . Ponctuées de citations des deux amants ou de certains habitués des lieux (Eugène Delacroix, Marie d’Agoult…) qu’on aurait aimé plus nombreuses, les photographies évanescentes en noir et blanc pour la plupart révèlent des atmosphères, des moments fugaces, de rêverie ou de bonheur (un rayon de lumière sur un carrelage, un papier peint ou une tasse en porcelaine sur une nappe), des mains désunies, une allée qui serpente, un sous-bois où une silhouette fantomatique fait une apparition. Les fantômes du passé semblent toujours se glisser silencieusement entre deux pièces, derrière un rideau léger, à l’ombre d’un arbre, pour faire revivre les bonheurs enfuis ou l’absence tout simplement.
Flore a eu la bonne idée de collecter des fleurs du jardin, comme le faisait avec passion George Sand, pour réaliser de jolies pages d’herbier (des estampes photographiques aquarellées) à côté de ses tirages aux techniques diverses : argentique, sur feuille d’or, sur porcelaine, soieries, pierre lithographique…Un travail singulier et extrêmement poétique. S’y mêlent des partitions manuscrites de Chopin écrites quand il séjournait à Nohant. « Ce n’est pas du piano que vous jouez, c’est de l’âme » disait le marquis de Custine. Pour George Sand, Nohant était « Un songe d’âge d’or, un mirage d’innocence champêtre, artistique ou poétique« . Le texte en introduction d’Aurélie Razimbaud s’attache à faire revivre la présence de l’écrivaine dans sa demeure, évoquant « les maisons perdues » et « la douceur d’un temps suspendu », mais ce sont bien les images réalisées par Flore, comme sorties du passé, qui évoquent avec grâce ce bonheur évanoui et les lieux qui en ont été les témoins.













