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Hommage à Hans van Manen au Théâtre des Champs-Élysées

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-VI-2026. Dutch National Ballet : soirée Hans van Manen.
Adagio Hammerklavier (1973). Musique : Ludwig van Beethoven (Sonate pour piano n° 29 op. 106) . Décors et costumes : Jean Paul Vroom
Solo (1997). Musique :  Jean-Sébastien Bach (Partita n° 1 pour violon solo BWV 1002). Décors et costumes : Keso Dekker
Frank Bridge Variations (2005). Musique : Benjamin Britten (Variations sur un thème de Frank Bridge op. 10). Décors et costumes : Keso Dekker
Two pieces for Het (1997). Musique : Erkki-Sven Tüür (Illusion), Arvo Pärt (Psalom). Décors et costumes : Keso Dekker
5 Tango’s (1977). Musique : Astor Piazzolla (Five Tango Sensations). Décors et costumes : Jean Paul Vroom
Avec les solistes Salome Leverashvili, Qian Liu, Maia Makhateli, Anna Ol, Riho Sakamoto, Anna Tsygankova, Jessica Xuan, Yuanyuan Zhang, Constantine Allen, Young Gyu Choi, Giorgi Potskhishvili, Timothy van Poucke, Semyon Velichko

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, immense chorégraphe néerlandais décédé en décembre dernier et trop méconnu en France, a fait l’objet d’un très bel hommage au Théâtre des Champs-Élysées par sa compagnie fétiche, le .

Avec , il y a d’abord un devoir de mémoire et un devoir de reconnaissance. Né en 1932 et décédé en décembre 2025, fut vraiment un monstre sacré dans son Pays-Bas natal. Ce chorégraphe aura marqué l’histoire de la danse néerlandaise et l’histoire de la danse tout court pendant… 70 ans, en créant plus de 150 ballets, jusqu’à quatre par an, en menant les destinées des deux plus grandes compagnies de ballet néerlandaises. Or, la France l’a littéralement ignoré durant toute sa longue existence artistique. L’Opéra de Paris compte tout juste deux œuvres à son actif (dont un pas de deux), et le Ballet de l’Opéra de Bordeaux a fort heureusement programmé « Frank Bridge Variations » en 2024, permettant à Hans van Manen, alors âgé de 92 ans, de faire le déplacement et d’ultimes répétitions avec les danseurs. On aura pu revoir dans ce programme parisien ce fameux Frank Bridge variations, œuvre plus sombre que son répertoire habituel.

Voir donc sa compagnie d’origine, le , célébrer son maitre au théâtre des Champs-Elysées avait donc une force mémorielle toute particulière.

Le programme, très riche, comporte cinq oeuvres dont on peut juste regretter qu’elles soient toutes dans le même style : sur fond noir, et plutôt académique. Cela donne, évidemment, une bonne idée de ce que fut l’esprit van Manen, mais on y perçoit trop peu tout l’humour dont il était capable, dans la chorégraphie comme dans les costumes, et toute son absolue modernité, dans certains duos masculins notamment.

Mais qu’à cela ne tienne, on ne boude pas le plaisir de voir une danse qui est une réécriture habile et intemporelle du vocabulaire du ballet classique. Par touches subtiles, sans ruptures mais avec détermination, il ré-épouse le style académique (l’en-dehors, les tours, pirouettes, portés, duos, trios, ensembles remarquables, travail de pointes et de sauts) en le mariant avec une dynamique du temps présent (sauts jazzy, courses, marches pour sortir de scène de manière très humaine, buste libéré, sixième position lifarienne…) sans que la modernité ne dévore le classique, et vice versa. On apprécie surtout de voir ici une compagnie de 39 danseurs classiques (et l’on mesure le risque financier pris par les productions Sarfati) d’un très haut niveau et avec une qualité d’ensemble très impressionnante.

Cela se voit dans Adagio Hammerklavier (1973) sur la musique de Beethoven, conçu pour six couples en blanc, sorte de « In the night » de Jerome Robbins (créé trois ans plus tôt) plus abstrait, mais tout aussi chic. D’emblée, on comprend ici l’esprit de van Manen. Montrer comment des couples ensemble forment communauté mais existent par eux-mêmes dans les duos, avec une humanité très communicative. Tout ici, est grâce, simplicité et musicalité. Van Manen voit la musique dans les corps de ses danseurs, tout comme Balanchine le faisait, mais avec le sentimentalisme européen en plus.

D’emblée aussi, on discerne son style chorégraphique, que l’on trouvera tout au long de la soirée : nombreux portés en grand écart pour la fille, bras en V, doigts écartés, grands battements à la seconde, tours en l’air… On retrouve en deuxième partie, ce même esprit dans Two pieces for Het (formidables Riho Sakamoto et Constantine Allen), duo aux danseurs vêtus de noir, plus interrogatif sur l’amour et la relation homme-femme.

Mais revenons à la première partie qui propose au milieu une pause résolument comique avec Solo, trio de garçons  formant avant l’heure un esprit « battle » de hip hop en une succession de solos époustouflants et drôles. Là encore, van Manen épouse la musique (la Partita n°1 de Bach) en vrillant sur les pizzicati avec une joie très communicative. Ce « dé-triplement » du corps humain a permis aux trois fabuleux danseurs (Robin Park, Edo Wijnen, Daniel Robert Silva) une ovation méritée du public.

Van Manen aimant surprendre et « décélérer », le directeur de la compagnie, Ted Bransen, a choisi de  finir la première partie non pas par ce feu d’artifice qu’est Solo, mais par une ode émouvante écrite par Benjamin Britten en 1937 pour le festival de Salzbourg, en hommage à son maitre Frank Bridge. Ces suites d’entrées, solos et duos pour dix danseurs et danseuses sur demi-pointes et en académique dénotent d’une mélancolie plus forte et étonnante chez van Manen.

Mélancolie que l’on retrouvera  dans ses fameux 5 tango’s finaux (1977), sur des musiques d’. L’enchaînement des ensembles, duos et trios avec d’efficaces robes rouge et noire, montre avec subtilité comment le vocabulaire classique avec des filles sur pointe peut se faire, avec un travail de couple, de portés en mode tangos mais aussi une technique du haut du corps ou de présentation du pied résolument argentins. La démarche est audacieuse et le résultat impressionnant de la part de danseurs qui nous montrent ainsi leur capacité de métamorphose au fil de la soirée.

Voir cette soirée van Manen est passionnant, car c’est comprendre ensuite Jiri Kylian (dont le style est beaucoup inspiré de son maître), c’est aussi anticiper sur William Forsythe dans cet humour de sorties de scène si fréquent. C’est également comprendre que van Manen, jeune frère de Balanchine, est quand même son opposé, alors qu’il fraie avec les mêmes principes. Van Manen dit lui-même : « Le compositeur regarde sur mon épaule gauche et Balanchine, sur mon épaule droite ». Or, tous d’eux ont montré en quoi on peut aboutir à des sensations totalement différentes alors que l’on part d’une même technique de ballet, un même vestiaire, un même principe d’une chorégraphie a priori abstraite sur une même durée (une vingtaine de minutes) et sur une partition également classique. Mais là où Balanchine exige une émotion a minima au profit du seul mouvement dans l’espace, Hans van Manen, en bon Européen, arrive à plonger les danseurs et le public dans une véritable histoire humaine entre chaque interprète. Histoire que chacun peut se faire dans sa tête, avec cette fameuse liberté et simplicité si chères à ce chorégraphe.

Crédits photographiques : © Altin Kaftira, © Hans Gerritsen, © Marc Haegeman, © Jan Willem Kaldenbach

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-VI-2026. Dutch National Ballet : soirée Hans van Manen.
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Solo (1997). Musique :  Jean-Sébastien Bach (Partita n° 1 pour violon solo BWV 1002). Décors et costumes : Keso Dekker
Frank Bridge Variations (2005). Musique : Benjamin Britten (Variations sur un thème de Frank Bridge op. 10). Décors et costumes : Keso Dekker
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5 Tango’s (1977). Musique : Astor Piazzolla (Five Tango Sensations). Décors et costumes : Jean Paul Vroom
Avec les solistes Salome Leverashvili, Qian Liu, Maia Makhateli, Anna Ol, Riho Sakamoto, Anna Tsygankova, Jessica Xuan, Yuanyuan Zhang, Constantine Allen, Young Gyu Choi, Giorgi Potskhishvili, Timothy van Poucke, Semyon Velichko

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