Inexorable amour avec Haendel et Marie Lys
Dans un florilège constitué de quatre cantates pour soprano, Marie Lys confirme ses affinités avec le répertoire haendélien.
Si les récitals d’airs d’opéra de Haendel ont été légion ces dernières années, force est de constater que ceux consacrés exclusivement aux cantates du compositeur sont bien plus rares. La production de cette forme vocale est pourtant pléthorique, et ce sont quasiment une centaine d’œuvres pour voix seule qui figurent au catalogue haendélien. À ces pages s’ajoutent encore les cantates pour deux ou plusieurs voix, sans oublier les serenate qui ne sont finalement rien d’autre que de petits opéras de chambre déguisés. Si la plupart des cantates italiennes furent écrites lors du séjour de Haendel dans la péninsule, certaines furent également composées à Londres à l’intention des grands chanteurs qui fréquentaient alors la capitale britannique. Tel est le cas ici de la cantate « Crudel tiranno amor », créée à Londres le 5 juillet 1721 par la cantatrice Margherita Durastanti, fidèle collaboratrice de Haendel pour qui ce dernier écrivit ou adapta de nombreux rôles de 1708 au milieu des années 1730. C’est à elle, par exemple, que l’on doit le rôle-titre d’Agrippina, mais également celui du jeune Sesto de Giulio Cesare, qu’elle créa à un âge relativement avancé. Les trois autres cantates figurant sur cet album datent de 1707, année où un jeune Haendel de vingt-deux ans fréquentait à Rome, dans le cadre de l’Académie d’Arcadie, de riches amateurs d’art, lettrés et musiciens. Certains de ces prélats et aristocrates organisaient dans leur palais des concerts privés, n’hésitant à financer des représentations d’oratorios ou de serenate, quand ils ne se limitaient pas à de simples cantates ou pièces de musique instrumentale. Nombre de ces cantates, en réalité, sont de vrais mini-opéras, à l’instar de Il delirio amoroso, sans doute la pièce maîtresse de cet album, une succession de deux pièces instrumentales, quatre airs et quatre récitatifs, le tout d’une durée de près de trente-cinq minutes. Haendel y dépeint musicalement les affres amoureuses liant Thyrsis à la jeune femme qui en est éprise.
Dans ces pages, Marie Lys fait preuve à la fois d’une virtuosité à toute épreuve, enchaînant notes tenues, vocalises échevelées, trilles et ornements, et d’une expressivité tout à fait appréciable. La virtuosité affecte également les parties instrumentales, notamment le violon, le violoncelle et la flûte à bec, preuve de l’exceptionnelle qualité technique des musiciens qui fréquentaient autrefois les palazzi de la bonne société romaine. Dans les deux autres cantates en italien, elle se montre tout autant convaincante par l’onctuosité de la ligne, la netteté de ses vocalises ou sa délicate musicalité. Cerise sur le gâteau, la cantate française Sans y penser, la seule œuvre en français jamais composée par Haendel, complète cette proposition des plus belles cantates italiennes de Haendel. Charmante bergerie qui n’ajoutera rien à la gloire du caro sassone, autrefois célébré partout en Europe sauf véritablement en France, mais qu’une cantatrice francophone se devait d’ajouter à la discographie haendélienne, plutôt pauvre en versions de cette page.
L’orchestre de l’Opéra Royal, placé sous la direction de Gaëtan Jarry, fait preuve de toute la verve nécessaire à ces œuvres de jeunesse, rendues avec la fougue et la conviction qui conviennent.
Un album marquant de la discographie haendélienne récente, qui contribuera à mieux faire connaître le répertoire encore relativement inexploré des cantates de chambre.









