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Bernard Mouton : des Midis-Minimes à l’Été Mosan, une démarche de découverte musicale

À l’occasion des 40 ans des Midis-Minimes et de la 50ᵉ édition de l’Été Mosan, ResMusica rencontre , directeur artistique des deux festivals, devenus des rendez-vous incontournables de l’été musical en Belgique. De la capitale à la vallée de la Meuse, il défend une même idée : favoriser la découverte musicale et la rencontre avec les publics, en faisant dialoguer artistes confirmés, jeunes talents, grands répertoires et patrimoine. 

ResMusica : Le a gardé une identité très forte : des concerts courts, accessibles, inscrits dans le rythme quotidien de la ville. Selon vous, est-ce le secret de la longévité de cette formule ?

: Le format court a été voulu dès le départ pour accueillir les personnes qui travaillent : leur permettre de manger un sandwich, puis d’assister au concert, qui commence d’ailleurs à 12h15 et non à midi. Avec ses 35 minutes, il s’inscrit naturellement dans le temps d’une pause pour ceux qui sont dans la vie active, tout en restant accessible à un public plus large. L’idée est que la musique puisse vraiment faire partie du quotidien.

RM : Les Midis-Minimes sont nés à l’église des Minimes avant de se déployer dans plusieurs lieux bruxellois, du Conservatoire royal à la Salle M de Bozar, depuis cette année. Comment cette évolution des espaces a-t-elle transformé l’identité du festival et votre manière de penser la programmation ?

BM : L’ancrage initial était évidemment très fort : le nom du festival rappelle à la fois l’heure et le lieu. Mais, à mesure que les Midis-Minimes se sont développés, il a fallu trouver des espaces plus vastes et mieux adaptés aux répertoires. La Grande Salle du Conservatoire royal de Bruxelles a longtemps été idéale, notamment pour les concerts avec piano, que l’acoustique de l’église servait moins bien. Avec les travaux actuels de rénovation du Conservatoire, il a fallu se réinventer : l’église du Sablon permet de rester dans le même quartier, avec environ 600 places ; le Palais d’Egmont, plus réduit avec ses 250 places, invite à des formats intimistes pour instruments anciens seuls, comme la mandoline, le théorbe ou la viole de gambe ; le Cercle Royal Gaulois fonctionne très bien pour la musique de chambre. La Salle M de Bozar représente aujourd’hui une formidable opportunité, avec ses quelque 480 places, sa qualité acoustique et son emplacement entre le quartier des Arts et le Sablon, dans une zone familière à notre public.

« L’objectif n’est pas de remplir la salle chaque jour : il s’agit surtout de proposer une offre diversifiée, d’ouvrir des espaces de découverte et de prendre des risques avec les artistes comme avec les répertoires. »

RM : Quels critères guident vos choix dans une programmation partagée entre découverte et exigence artistique ?

BM : Il n’existe pas de principe figé. Le premier critère reste la qualité. Je veille à proposer une programmation constamment renouvelée qui permette au public de connaître des artistes, des formations et des répertoires. Certains musiciens reviennent, mais rarement d’une année à l’autre, et souvent dans une autre configuration, par exemple en musique de chambre.

Je reste très attentif à la scène musicale, aux jeunes ensembles issus notamment de concours en Belgique, en France ou aux Pays-Bas, mais aussi aux compositeurs peu joués et, parfois, aux créations. Après vingt-cinq ans d’activité, voir de jeunes musiciens devenir de grands artistes est une vraie satisfaction : je pense par exemple au violoniste , venu très jeune aux Midis-Minimes, avant même son prix au Concours Reine Élisabeth. Cette attention passe aussi par le travail avec les conservatoires supérieurs, comme le KCB, autour de la musique de chambre, du piano et de la musique ancienne, et j’aimerais continuer à développer ces collaborations.

Bien sûr, le festival a aussi besoin de concerts capables d’attirer un large public. Mais l’objectif n’est pas de remplir la salle chaque jour : il s’agit surtout de proposer une offre diversifiée, d’ouvrir des espaces de découverte et de prendre des risques avec les artistes comme avec les répertoires. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de partager avec le public ce qui me touche ou me surprend.

RM : Les semaines consacrées au piano ou au quatuor à cordes donnent une forte identité à la programmation des Midis-Minimes. Comment construisez-vous ces focus ?

BM : Le quatuor à cordes occupe depuis longtemps une place importante dans la programmation. C’est un répertoire immense, presque entièrement constitué de chefs-d’œuvre, qui permet d’inviter de grands noms tout en valorisant de jeunes formations. Je suis attentif à ce qui émerge dans les concours, à Bordeaux comme en Belgique, notamment avec Supernova ou Génération classique. Dans le quatuor, les musiciens consacrent souvent tout leur travail à cette formation, et cette exigence me fascine.
Le piano se prête lui aussi naturellement à ce type de focus : son répertoire est tellement vaste qu’une semaine dédiée permet de construire une vraie cohérence, en réunissant artistes confirmés et nouveaux talents. Ces moments fonctionnent presque comme des festivals dans le festival, avec une forte lisibilité et une vraie diversité interne.

« Chaque jour était consacré à un genre différent : musiques du monde, musique ancienne, XVIIIᵉ siècle, etc. Aujourd’hui, je trouve plus intéressant de mélanger les propositions »

RM : Plus largement, une programmation plus libre change-t-elle la manière dont le public circule entre les répertoires et aborde les concerts ?

BM : J’ai toujours des idées de thématiques que je note au fur et à mesure. En même temps, je tiens à ce qu’elles ne soient pas remplies artificiellement : il faut qu’elles soient vraiment pertinentes. J’ai longtemps travaillé avec une organisation plus cyclique, où chaque jour était consacré à un genre différent : musiques du monde, musique ancienne, XVIIIᵉ siècle, etc. Aujourd’hui, je trouve plus intéressant de mélanger les propositions : les gens viennent selon leurs disponibilités et peuvent ainsi entendre des choses qu’ils ne seraient pas forcément venus écouter.

Cette liberté les invite à regarder plus attentivement l’ensemble du programme, à se laisser surprendre et à faire confiance aux choix proposés. Cette découverte est bien sûr accompagnée : le programme est toujours inclus dans le ticket d’entrée, avec un texte de présentation des œuvres.

Les thématiques transversales restent intéressantes, mais elles supposent un travail en amont plus intellectuel, parfois moins spontané, ainsi que des connaissances que je préfère ne pas imposer. J’aime toutefois garder des portes ouvertes. Je réfléchis par exemple depuis longtemps à un thème comme « Chemins de traverse », autour de musiciens issus du classique mais nourris par le jazz, les musiques traditionnelles, les musiques actuelles et qui abordent leur démarche sous le prisme de la fusion.

RM : L’Été Mosan entre dans sa 50ᵉ édition, avant le cap symbolique des 50 ans. Comment abordez-vous cette étape ?

BM : Il s’agit d’un festival très différent des Midis-Minimes : les concerts sont plus longs, et la programmation se construit donc autrement. La cinquantième édition est évidemment un jalon important, mais il ne s’agit ni de transformer l’identité du festival ni de créer un effet particulier de circonstance. L’essentiel est de rester fidèle à son esprit : un lien très fort avec le patrimoine de la vallée de la Meuse et une manière de faire dialoguer la musique avec les lieux.
Il n’est donc pas question de changer radicalement de cap, mais de poursuivre cette démarche tout en proposant des rendez-vous forts. Si certains projets peuvent paraître moins immédiatement accessibles au public, ils répondent aussi à de véritables coups de cœur, qui ont leur place dans la programmation.

RM : L’Été Mosan se déploie aussi bien dans des collégiales, des abbayes ou des églises que dans des lieux plus inattendus : granges, fermes ou jardins historiques. Cherchez-vous avant tout une acoustique particulière, une atmosphère, ou une manière différente d’écouter la musique ?

BM : L’intérêt des lieux, pour l’Été Mosan, tient notamment au fait qu’il s’agit souvent d’espaces privés : des granges, des fermes, des endroits qui ne sont presque jamais ouverts au public.

Il existe aussi une véritable identité architecturale mosane, qui leur donne une présence particulière. C’est le cas, par exemple, de l’Abbaye Notre-Dame de Grandpré à Faulx-les-Tombes, une grande ferme qui peut abriter même… un tracteur ou un bateau : chaque année, il faut tout enlever, tout ranger, pour pouvoir y organiser un concert !

Ce patrimoine constitue un véritable attrait. Aller vers des lieux exceptionnels, inhabituels, fait partie de l’identité du festival. La programmation se construit donc en fonction des espaces : les granges offrent une acoustique formidable pour la musique de chambre ; les églises correspondent davantage à la musique ancienne, avec moins de choix possibles. Il faut alors faire coïncider les lieux, les musiciens et leurs calendriers, la capacité d’accueil et les contraintes techniques, avec l’appui de toute une équipe.

RM : Que change, dans la construction de l’Été Mosan, le fait que le public vienne parfois de loin ?

BM : Son fondateur, Ludovic de San, était originaire de cette région. Au départ, il s’agissait d’un festival en plein air, organisé dans des lieux privés, appartenant à des personnes qu’il connaissait ou qui lui étaient recommandées. Aujourd’hui, nous avons un public qui se déplace parfois de loin et profite aussi du territoire : randonnées, visites culturelles, restaurants… le concert à 17 h permet cette organisation.

La construction de l’Été Mosan fonctionne donc différemment de celle des Midis Minimes. À Bruxelles, je peux proposer plus de découvertes, car le public est déjà là et nous suit. Pour l’Été Mosan, lorsque les gens font 50 ou 80 kilomètres, ils choisissent davantage leur concert. Le festival repose donc plus souvent sur des artistes ayant déjà une certaine renommée ou une discographie remarquée, afin de donner au public une « raison » de se déplacer, même si j’essaie de préserver une part plus inattendue, notamment par les interprètes ou les projets.

RM : Comment faites-vous dialoguer ces deux festivals tout en gardant leurs identités propres ?

BM : Ils partagent naturellement un même réseau artistique : certains musiciens circulent de l’un à l’autre, et il arrive que des trajets ou des productions soient mutualisés, ce qui permet aussi de réaliser des économies. Mais j’essaie toujours d’éviter le copier-coller : un même ensemble peut revenir avec un projet adapté à chaque contexte.

« Pour l’Été Mosan, j’espère que nous pourrons continuer : certaines annonces politiques représentent une véritable menace financière »

RM : Quel souhait avez-vous aujourd’hui pour l’avenir de l’Été Mosan et des Midis-Minimes ?

BM : Pour l’Été Mosan, j’espère d’abord que nous pourrons continuer : certaines annonces politiques représentent une véritable menace financière et suscitent évidemment des inquiétudes, même si l’arrivée du cinquantième anniversaire l’année prochaine constitue un moment très positif. Pour les Midis-Minimes, le souhait est que le public nous accompagne encore dans cette démarche de découverte musicale.

J’aimerais aussi pouvoir retourner un jour au Conservatoire royal de Bruxelles. L’expérience des différents lieux a été complexe, mais elle a apporté une diversité intéressante, et le public a répondu présent : je craignais que ces déplacements nous fassent perdre des auditeurs, mais c’est finalement l’inverse qui s’est produit.

Crédits photographiques : Portrait de  © France Dubois ; Lucile Boulanger au Palais d’Egmont et le Quatuor Hermès à Notre-Dame des Victoires au Sablon, Midis-Minimes 2025 © 2025 Be Culture – Ovidi Denruyter
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