Yannick Nézet-Seguin et Elza van den Heever ouvrent la saison à la Philharmonie de Paris
De passage à la Philharmonie de Paris le temps de deux concerts, Yannick Nézet-Seguin et son orchestre du MET de New-York ont ouvert la première soirée des Prem’s avec un programme totalement dédié à Richard Strauss, oscillant entre la tendresse et la sensualité du Chevalier à la rose, l’érotisme incandescent et l’expressionnisme décadent de Salomé pour s’achever dans la sérénité retrouvée d’une Vie de héros.

Dans ce programme taillé sur mesure pour un orchestre d’opéra, Yannick Nézet-Seguin se montre à son meilleur, faisant chanter les pupitres dans un équilibre parfait, avivant les couleurs et ciselant avec délicatesse les différents climats. La Suite d’orchestre tirée du Chevalier à la rose (1910) ouvre le concert dans un arrangement dû à Artur Rodzinski (1944), toute nimbée de sensualité, de tendresse extatique, de passion contenue, de fougue, mais aussi d’une émouvante pointe de nostalgie qui sourd entre les multiples épisodes de valses un peu surannées rappelant le XVIIIe siècle viennois. La lisibilité de la direction séduit, comme la maestria de la dynamique (tempo et nuances), les subtiles combinaisons de timbres (harpe) ou encore les performances solistiques de haute volée (cordes langoureuses, rondeur de la petite harmonie et du cor, véhémence des percussions).
Toute autre ambiance pour la scène finale de Salomé (1905) dont la soprano Elza van den Heever, habituée du rôle, livre une interprétation véritablement hallucinée, habitée de vengeance, de regrets et d’un érotisme incandescent et morbide. Une fois encore, par sa direction engagée, Yannick Nézet-Seguin s’affiche en véritable partenaire de la voix, dirigeant avec précision un orchestre chauffé à blanc, percutant, dissonant et chaotique, au phrasé teinté d’expressionnisme et chargé d’effroi. Si le chef force parfois un rien le trait au risque de mettre à mal l’équilibre avec la chanteuse, on ne peut qu’admirer l’insolente projection d’Elza van den Heever, son ambitus étendu avec des graves bien timbrés et son incarnation scénique saisissante exaltée par les saillies des cuivres et des percussions.
Changement de style après la pause avec le poème symphonique Une Vie de héros (1898). Alors que pour Liszt, les poèmes symphoniques constituent une « forme d’art total » exprimée par la musique reine, ils représentent, a contrario, pour Strauss une sorte de préparation à l’opéra. Une Vie de héros (1898) constitue l’ultime poème symphonique d’un imposant corpus de huit poèmes (si l’on excepte la Symphonia domestica et la Symphonie alpestre). Alors qu’à l’opéra Strauss met en avant des voix féminines, à l’orchestre ses héros sont des hommes, figures de l’Artiste, sorte d’idéalisation de la destinée artistique avec ses thèmes conquérants. En six parties enchainées Une Vie de héros mise sur une autobiographie distanciée, tout à la fois exercice d’orchestre et de direction. Yannick Nézet-Seguin en donne une lecture parfaitement léchée, très narrative et haute en couleur (percussions et cuivres) dont on retiendra la puissance inaugurale du Héros (tutti); les saillies sarcastique des Adversaire du héros (piaillements de la petite harmonie) ; la sensualité, la tendresse et l’espièglerie de La Compagne du héros (violon solo) ; l’épopée héroïque du Champs de bataille (trompettes spatialisées, percussions, bois et piccolo) ; les autocitations des poèmes antérieurs rappelés dans les Œuvres de paix, avant que la Retraite du héros ne renoue avec une émouvante et paisible sérénité portée par le violon solo et le cor.
Un poignant « Beim Schlafengehen » extrait des Quatre derniers Lieder, chanté en bis par Elza van den Heever, conclut en beauté ce superbe concert.
Crédit photographique : © Evan Zimmerman















« Un poignant « Beim Schlafengehen » extrait des Quatre derniers Lieder, chanté en bis par Elza van den Heever, conclut en beauté ce superbe concert. » ?
Je n’ai peut-être pas assisté au même concert salle Pierre Boulez, avec Elza van den Heever, le MET Orchestra et Yannick Nézet-Seguin.
Cordialement.
Régis GREGOIRE