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Igor Markevitch, compositeur « apatride » et captivant

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Igor Markevitch (1912-1983) : Concerto pour piano et orchestre (1929) ; Cinema Overture (1931) ; Cantique d’amour (1936) ; Lorenzo Il Magnifico (1940). Sarah Maria Sun, soprano. Jonathan Powell, piano. Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, direction : Johannes Kalitzke. 1 CD Eda. Enregistré en janvier 2025 à Berlin. Notice de présentation en allemand et anglais. Durée : 57:33.

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, l’un des plus grands chefs d’orchestre du XXe siècle, était aussi un excellent compositeur. L’orchestre de la radio berlinoise lui rend un hommage passionnant.

Avant de devenir l’immense chef d’orchestre que nous connaissons, (1912-1983) fut également un brillant compositeur. Une vocation précoce (dès l’âge de 16 ans), mais qui ne dura qu’une quinzaine d’années, le jeune chef russe préférant, après-guerre, se consacrer à la direction. « Musicien apatride » comme il se qualifiait, balloté et exilé avec sa famille dans différents pays d’Europe, clairement influencé par Igor Stravinskyv(1882-1971), a écrit une œuvre très variée, parfois sévère dans sa quête de perfection, mais souvent passionnante comme le révèle le disque proposé par le sous la direction de Johannes Kalitzke.

Il s’agit du premier enregistrement consacré à la musique symphonique d’Igor Markevitch, depuis les gravures pionnières éditées dans les années 1990 par Marco Polo, puis Naxos, avec le vénérable Orchestre Philharmonique d’Arnhem. Les forces berlinoises sont autrement plus brillantes et révèlent réellement la puissance de cette musique captivante. A l’image du Concerto pour piano (1929) qui ouvre le disque. Composée à l’âge de 17 ans, cette pièce est ouvertement un hommage à . Mais un Bach revu et corrigé à la sauce expressionniste.

Le premier mouvement, Allegro vivace, ressemble à un décalque déformé du célèbre et dramatique Concerto pour clavier n°1 BWV 1052 de Bach. Même attaque des cordes et du piano en contrepoint, même rythmique vigoureuse, et même manière de fondre le piano dans le continuo. Et pourtant, ce Bach là semble faire à chaque fois un pas de côté, comme un personnage ivre et titubant. C’est étonnant et assez cocasse malgré l’apparent sérieux de l’oeuvre. Le pianiste joue ce Concerto avec la sévérité voulue par la partition, parfaitement soutenu par le . Plus personnel, l’Andante est une marche un peu sordide, le Concerto s’achevant sur un bref Allegro risoluto frénétique. Dans sa concision, sa vigueur et sa volonté de « casser les codes », cette première œuvre révèle les talents hors normes du jeune Igor Markevitch.

Capacités qui trouveront leur accomplissement dans l’étonnante Cinema Overture qui succède. Composée en 1931 pour le film Le beau Danube bleu, cette pièce ne fut finalement pas retenue au montage final du film, et on comprend pourquoi. D’une radicalité et d’une provocation absolue, cette page explosive, véritable tour de force orchestral, devait difficilement trouver sa place au sein d’une bluette cinématographique. En véritable compositeur « dadaïste », disciple du Parade d’, ou du Ballet mécanique de , Igor Markevitch percute des sons de klaxons, de sirènes et de cymbalum au cœur des cordes et des cuivres en éruption, dans une page frénétique construite autour d’une simple cellule rythmique de neuf notes répétées ad libitum. Dans ce grand embouteillage sonore, l’orchestre doit se frayer un chemin à travers cette mécanique implacable. Le est mis à rude épreuve, et Johannes Kalitzke a bien du mérite à tenir la cadence infernale de cette page démoniaque. Mais on peut imaginer encore plus de folie dans l’interprétation.

Changement complet d’ambiance avec le Cantique d’amour qui succède. Composées en 1936, alors qu’Igor Markevitch allait se marier avec Kyra Nijinski, la fille du célèbre danseur, le Cantique d’amour est une page passionnée, une grande vague dont l’intensité croit jusqu’à la douleur. Il y a comme un écho du Daphnis et Chloé de dans l’introduction, tout en bruissements et lumière, avant que l’oeuvre n’évolue vers plus d’inquiétude. On aurait aimé un peu plus de tendresse dans la direction de Johannes Kalitzke. Mais la découverte de cette page s’impose.

Le disque s’achève avec Lorenzo Il Magnifico (1940), Sinfonia concertante pour soprano et orchestre. Inspiré par la poésie amoureuse de Laurent de Médicis (1449-1492), et la beauté des paysages italiens, ce « concerto pour voix » propose cependant une musique assez sévère, parfois même âpre. La soprano , au vibrato un peu excessif, n’est guère mise en valeur par une prise de son assez sèche, malgré un bel orchestre, toujours très engagé. Cette oeuvre est l’une des dernières d’Igor Markevitch compositeur. Une passionnante carrière de chef d’orchestre allait suivre.

 

 

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Igor Markevitch (1912-1983) : Concerto pour piano et orchestre (1929) ; Cinema Overture (1931) ; Cantique d’amour (1936) ; Lorenzo Il Magnifico (1940). Sarah Maria Sun, soprano. Jonathan Powell, piano. Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, direction : Johannes Kalitzke. 1 CD Eda. Enregistré en janvier 2025 à Berlin. Notice de présentation en allemand et anglais. Durée : 57:33.

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