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Le coup de Chœur de Radio France pour le Requiem d’Olivier Greif

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Paris. Auditorium de Radio France. 15-I-2026. Olivier Greif (1950-2000). Sonate de Requiem, op. 283 – extrait; Le carillon de Chérence, extrait de la sonate pour piano n.22 « Les plaisirs de Chérence » op.319; Sonate pour 2 violoncelles « The Battle of Agincourt » – extrait op.308; Quintette pour piano et cordes « A Tale of the World » – extrait op.307; Requiem op.358. François-Xavier Szymczak, présentation. Emmanuelle Bertrand, Patrick Langot, violoncelles; Pascal Amoyel, piano. Quintette Syntonia. Kareen Durand, Barbara Vignudelli, Marie-George Monet, solistes du Chœur de Radio France; Chœur de Radio France, direction : Lionel Sow.

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Le concert monographique consacré par Radio France à et proposant son Requiem et des extraits de sa musique de chambre, était annoncé comme un « coup de cœur » dans la programmation. Et il a été donné comme cela au public, avec un engagement qui résonnait avec l'actualité du monde. 

L'évolution du monde en cette décennie, où les forces spirituelles s'avèrent incapables de tempérer les logiques de puissance et de domination des peuples par les armes, est tellement antagoniste avec ce qu'était et recherchait , que sa musique n'en résonne qu'avec plus d'acuité et de nécessité.

Concert étonnant que celui donné ce soir par les équipes de Radio France, qui a tout d'un concert d'hommage, de reconnaissance et de partage de ce compositeur qui n'a pas encore acquis le statut d'évidence des musiciens au panthéon de la musique (française, mais pas que). A quelques semaines près, il aurait pu s'inscrire dans une célébration anniversaire des 75 ans de sa naissance ou des 25 ans de sa disparition. Mais en définitive, n'est-ce pas encore mieux de voir sa musique défendue sans excuse de dates, juste parce qu'elle est nécessaire, actuelle, inspirante ?

Au lieu d'une simple introduction de ce concert retransmis en direct (et que l'on peut écouter sur le site et l'application de Radio France), François-Xavier Szymczak anime toute la soirée avec des présentations de la vie du compositeur, de ses œuvres et des entretiens avec les musiciens qui l'ont connu, les solistes du soir et le compositeur Benoit Menut. Celui que les auditeurs de France Musique connaissent bien pour ses émissions et qui apprécient la finesse de ses analyses dénuées de toute préciosité comme de flagornerie, ne seront pas surpris de le voir mener à bien ce délicat exercice de pédagogie, avec une pointe d'émotion qui ajoute à l'impression de vivre un moment important.

Les violoncellistes et et au piano se combinent et se succèdent dans la première partie du programme proposant des extraits de la Sonate de Requiem (1992), du Carillon de Chérence extrait de la Sonate n°22 pour piano (1997) et du troisième mouvement de la Sonate pour 2 violoncelles « The Battle of Agincourt » (1995-1996) qui énonce une mélodie hébraïque en hommage aux victimes de la Shoah. En une vingtaine de minutes on entend les thèmes et les manières « signatures » d', le temps étiré, la pureté enfantine des mélodies, les carillons répétitifs, les éclats brutaux de « fausses » notes, les accords fortissimos dramatiques, la science polyphonique, tout un univers prenant et qui sait vous heurter et vous émouvoir pour la bonne cause. L'attention du public est particulièrement intense pour la Sonate pour deux violoncelles.

Le assure la deuxième partie avec un large extrait du Quintette pour piano et cordes « A Tale of the World », redoutable par sa durée de près de cinquante minutes et en ce qu'il exige des interprètes qu'ils parlent et chantent des textes aussi variés que Proust, Hölderlin, le Bhagavad-Gītā hindou ou les haikus du poète japonais Bashô Matsuo ! Un embrassement des genres, des époques, des cultures sans frein, mû par cet amour de l'humanité typiquement greifien. Le , qui lui aussi a connu le compositeur, en exécute les premier, troisième et cinquième mouvement. Ah cette ouverture obsédante comme incantatoire et qui évolue comme le Quadruple concerto « La danse des morts » dans une rythmique endiablée avec ce retour sur un piano suspendu… Du grand Greif, son manifeste de l'universalisme généreux, exigeant, utopique.

Pour conclure, le Requiem pour double chœur mixte a capella, composé en 1999 et que le compositeur n'entendra pas – on le retrouvera mort à son piano, décédé subitement sans que l'autopsie qui sera faite explique son décès. Ce Requiem est pour Benoit Menut dans ses trois œuvres préférées avec le Trio et le Quatuor n°2. Alors que la musique de Greif est largement préoccupée – on peut dire hantée – par des questions dramatiques, existentielles et spirituelles, où la lumière jaillit sur un fond d'outrenoir à la Soulages, le Requiem est paradoxalement nourri de lumière et de vie. Il obtient cet effet par la juxtaposition et l'entremêlement de deux chœurs mixtes : le premier chante en latin et suit l'ordonnancement traditionnel, tandis que le second reprend des berceuses et comptines traditionnelles anglaises ! Non que Greif ait fait œuvre révolutionnaire ici : les motets du XIIIe siècle déjà associaient des textes profanes et sacrés, de différentes langues, qui se combinaient et se répondaient entre eux. , visiblement très investi, s'affranchit du pupitre et dirige sans partition au plus près du chœur, alternant le pur recueillement (Requiem introductif et Agnus Dei conclusif) et la décantation (Agnus Dei) à des moments de félicité (Benedictus), donnant une impulsion chaloupée (Tuba Mirum) ou sculptant le son pour créer une pure tension (Rex Tremendae). A la fin des saluts, semble parti pour ne plus revenir, mais le public ne souhaite pas en rester là et le rappelle une dernière fois. Le public a aussi eu son coup de cœur pour le Requiem d'Olivier Greif !

Crédit photographique : © ResMusica

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Paris. Auditorium de Radio France. 15-I-2026. Olivier Greif (1950-2000). Sonate de Requiem, op. 283 – extrait; Le carillon de Chérence, extrait de la sonate pour piano n.22 « Les plaisirs de Chérence » op.319; Sonate pour 2 violoncelles « The Battle of Agincourt » – extrait op.308; Quintette pour piano et cordes « A Tale of the World » – extrait op.307; Requiem op.358. François-Xavier Szymczak, présentation. Emmanuelle Bertrand, Patrick Langot, violoncelles; Pascal Amoyel, piano. Quintette Syntonia. Kareen Durand, Barbara Vignudelli, Marie-George Monet, solistes du Chœur de Radio France; Chœur de Radio France, direction : Lionel Sow.

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