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Le Songe d’une nuit d’été de Benjamin Britten : entre rêve, magie et poésie

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Séville. Teatro de la Maestranza. 12-II-2026. Benjamin Britten (1913-1976) : Le Songe d’une nuit d’été, opéra en 3 actes (1960) sur un livret du compositeur et de Peter Pears d’après Shakespeare. Mise en scène : Laurent Pelly. Scénographie : Massimo Trocanetti. Costumes : Jean-Jacques Delmotte ; Lumières : Michel Le Borgne. Avec : Xavier Sabata, Obéron ; Rocío Pérez, Titania ; Michael Porter, Lysandre ; Heather Lowe, Hermia ; Joan Martín-Royo, Démétrius ; Aoife Miskelly, Helena ; Charlotte Dumartheray, Puck ; David Ireland, Bottom ; Juan Sancho, Flute ; Daniel Noyola, Quince ; Thibault de Damas, Snug ; Alexander Sprague, Snout ; Benjamin Bevan, Starveling ; Tomislav Lavoie, Thésée ; Sian Griffiths, Hippolyte. École Chorale Los Palacios et Orchestre Symphonique Royal de Séville, direction : Corrado Rovaris.

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Présenté pour la première fois sur la scène du Théatre de la Maestranza de Séville, à l'occasion du 50e anniversaire de la mort de , ce Songe d'une nuit d'été, conjugue poésie, amour, magie et joie dans la mise en scène virtuose de .

Ode à l'amour, au désir et à la passion, ce Songe très poétique (donné en 2022 à Lille, repris à Lausanne en 2024) mêle le réel et le surnaturel dans une mise en abyme peuplée d'elfes, de fées, de magiciens, mais aussi d'humains amoureux et d'artisans, qui se répartissent en trois mondes, surnaturel, humain et comique. Un mélange des genres qui rend parfaitement compte de la complexité extrême de la mise en scène, conduite ici avec maestria par . A partir de la comédie de Shakespeare, Britten et Pears ont fait d'importantes coupures, réduisant Théseus et Hippolyta à leur plus simple expression et centrant l'action dans une forêt enchantée dont la mélodie s'élève des profondeurs de la fosse telles les eaux du Rhin chez Wagner ; un domaine de la nuit d'où émerge la récurrente musique des Fées. C'est dans cet univers féérique sylvestre que s'opposeront trois mondes distincts, romantique, émouvant et burlesque, chacun ayant son langage musical propre : clavecin et célesta pour l'un (dieux et fées), cordes et bois pour l'autre (les humains amoureux), basson et trombone pour les artisans chargés de la composante comique… Bien ficelée, menée tambour battant, l'intrigue sur laquelle vient se greffer une troupe d'artisans désireux de monter une pièce de théâtre dans une mise en abyme burlesque, repose sur d'incessants quiproquos provoqués par un philtre d'amour responsable, in fine, d'un gigantesque imbroglio sous la houlette d'un lutin malicieux (Puck). Elle se conclura au terme de la nuit par une désopilante bergamasque signant la fin du rêve.

La scénographie imaginée par s'appuie sur une nuit étoilée magique, lieu de tous les possibles, capable de masquer aux yeux des spectateurs l'impressionnante machinerie nécessaire pour faire voler dans l'espace d'étranges créatures surnaturelles : fées, lucioles scintillantes, elfes et dieux, ainsi qu'une énorme lune colorée et bien sûr un indispensable lit ! L'ensemble du décor se trouve de plus démultiplié à l'envi par de savants jeux de miroir qui invitent les spectateurs à la fête. Splendide,  brillante, éminemment poétique, on ne sait qu'admirer le plus de la poésie du propos, de l'esthétique du décor, des éclairages subtils faits de spots et de points lumineux, de la beauté des maquillages inspirés pour certains (Puck, Obéron et Titania) de la Commedia dell'arte, de la précision et de la pertinence de la direction d'acteur… Tout concourt ici au merveilleux et au rêve…

Pour entretenir le rêve, il était nécessaire de réunir une distribution vocale homogène et de haute volée. Le rôle d'Obéron, le Roi des elphes, fut créé lors de la création à Aldeburgh en 1960 par Alfred Deller, contre-ténor de légende, rôle repris ce soir dans la même tessiture par dont on admire la souplesse du phrasé et la délicatesse du timbre tout en regrettant quelque peu le manque de projection, notamment face à la vindicative Titania de la soprano Rocio Perez à la vaillance vocale démonstrative (timbre et puissance) et à l'impeccable justesse stylistique. Parmi les artisans tous bien chantants : le réparateur de soufflets, Flute (), le charpentier Quince (), le menuisier Snug (), le chaudronnier Snout (), le tailleur Starveling (), il faut accorder une mention particulière au baryton qui se démarque tout particulièrement par son chant comme par sa faconde et son entregent comique dans le personnage inénarrable de Bottom dont il est un des titulaires réguliers. Parmi les couples qui se font et se défont au gré du philtre magique posé sur les paupières par l'espiègle lutin Puck : la mezzo-soprano (Hermia) répond au ténor de (Lysander) remplaçant pour un soir de David Portillo, tandis que la soprano (Helena) fait face au Démétrius de Joan-Martin Royo, tout ce beau monde emporté dans la folle aventure et réuni dans de splendides quatuors vocaux joliment appariés. Restent à citer, regroupés dans une même excellence vocale, le baryton-basse (Thésée) et la mezzo Siân Griffiths (Hippolyta) ainsi que les Fées (Andrea Carpintero, Julia Rey, Paula Ramirez et Kenia Murton) sans oublier le Chœur d'enfants de Los Palacios qui prête ses voix aux elfes et lucioles luminescentes ou encore Puck le lutin, rôle parlé interprété par Charlotte Dumartheray.

La musique de , est bien sûr le ciment essentiel de la comédie, subtilement conduite par à la tête d'un orchestre de Séville impressionnant de virtuosité et de cohésion. D'une étonnante richesse, elle caractérise chaque groupe : gaze scintillante de timbres cristallins nimbant toutes les interventions des fées et des elfes, notamment lors du grand air d'Obéron à l'acte I ou des coloratures de Titania ; monde instrumental plus terre à terre pour les humains amoureux ; véritable concerto pour percussions lors du terrifiant quatuor du II ou lors de la colère opposant Obéron à Puck ; des timbres graves et des rythmes gaillards réservés aux artisans  avec une mention spéciale au goguenard trombone dévolu à Bottom transformé en âne répondant à la harpe sensuelle de Titania dans un savoureux et habile mélange de grotesque et de voluptueux qui résume à lui seul, dans la joie, une des plus belles œuvres du XXe siècle.

Crédit photographique : © Teatro de la Maestranza

 

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Séville. Teatro de la Maestranza. 12-II-2026. Benjamin Britten (1913-1976) : Le Songe d’une nuit d’été, opéra en 3 actes (1960) sur un livret du compositeur et de Peter Pears d’après Shakespeare. Mise en scène : Laurent Pelly. Scénographie : Massimo Trocanetti. Costumes : Jean-Jacques Delmotte ; Lumières : Michel Le Borgne. Avec : Xavier Sabata, Obéron ; Rocío Pérez, Titania ; Michael Porter, Lysandre ; Heather Lowe, Hermia ; Joan Martín-Royo, Démétrius ; Aoife Miskelly, Helena ; Charlotte Dumartheray, Puck ; David Ireland, Bottom ; Juan Sancho, Flute ; Daniel Noyola, Quince ; Thibault de Damas, Snug ; Alexander Sprague, Snout ; Benjamin Bevan, Starveling ; Tomislav Lavoie, Thésée ; Sian Griffiths, Hippolyte. École Chorale Los Palacios et Orchestre Symphonique Royal de Séville, direction : Corrado Rovaris.

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