Feliks Nowowiejski, organiste polonais par Maria-Magdalena Kaczor
Le label Musicon nous permet de mieux découvrir l'œuvre pour orgue de Feliks Nowowiejski, compositeur polonais au tournant du XXᵉ siècle. Grâce au talent de Maria-Magdalena Kaczor qui joue un grand orgue symphonique de son pays, la musique de cet auteur sonne ici en gloire, rehaussée par moments par une harmonie de cuivres que dirige Marek Piatek.
![]()
Peu connu en France malgré une discographie pourtant assez abondante, Feliks Nowowiejski (1877-1946), compositeur, organiste, chef d'orchestre, professeur et animateur de la vie musicale occupe une place de choix dans le paysage musical polonais moderne. Il vécut une partie de sa vie en Allemagne pour étudier son art de musicien et de compositeur. Très apprécié, il reçut de nombreux prix témoignant dans la grande qualité de ses œuvres. Il revint par la suite en Pologne à Cracovie puis à Poznan pour enseigner l'orgue et la musique sacrée au conservatoire. Son univers musical s'étend bien au delà de l'orgue avec des opéras, oratorio, messes, concertos et symphonies.
Le CD s'ouvre par une fanfare jouée par un ensemble de cuivres que l'on retrouvera par la suite dans la Symphonie Op. 45. Cette prédilection pour les orchestres d'harmonie remonte à sa jeunesse quand, en 1893 il avait rejoint les régiments de grenadiers prussiens pour lesquels il avait composé des œuvres à caractère militaire. On apprécie ici l'homogénéité de l'ensemble de cuivres dirigé par Marek Piatek.
L'œuvre pour orgue de ce compositeur réclame un grand orgue de type symphonique, contemporain de l'auteur. Maria-Magdalena Kaczor a trouvé avec celui de Jasna Gora l'instrument idéal. Construit en 1956 par Stefan Truszczynski sur une base ancienne du XVIIᵉ siècle et doté de plus de 100 jeux cet orgue monumental offre toutes les possibilités pour traduire la dimension orchestrale des œuvres de Nowowiejski. Les œuvres choisies dans ce programme montrent deux aspects coutumiers chez les organistes, inspirés tour à tour par le profane et le sacré. La Symphonie n° 9 en Fa mineur op. 46 développe les effets propres à la période post-romantique reprenant les mouvements habituels (Toccata, Scherzo et Final). Le Poemat « In Paradisum » op. 61 est un chef-d'œuvre qui exprime les sept dernières paroles du Christ en croix. Chaque station apporte un climat particulier spirituellement très inspiré. L'œuvre se termine par un In Paradisum extatique, planant, représentant l'éternité sereine après toutes les souffrances du Christ.
Pianiste, chambriste, organiste concertiste et professeure, Maria-Magdalena Kaczor, rend magnifiquement justice à ce compositeur. Elle apporte une grande maîtrise dans l'utilisation de cet orgue gigantesque, à l'écoute de savants mélanges de jeux créant des atmosphères uniques au delà du réel. Le discours est clair malgré l'ampleur de l'instrument, les masses sont impressionnantes et les détails subtils. Elle passe de la fresque à la miniature avec une aisance digne des plus grands maîtres. Grâce à elle, Feliks Nowowiejski nous apparaît comme profondément humain et rempli de foi. Cette gravure est sans nul doute celle qui met le mieux ces aspects-là en valeur.
Lire aussi :
L'organiste polonais Feliks Nowowiejski par Elżbieta Karolak









