La Création de Haydn par Daniel Harding et le Philharmonique de Berlin à Salzbourg
Malgré des solistes fragiles, le Philharmonique de Berlin démontre toutes ses qualités individuelles et collectives pour son retour au festival de Pâques.

La dramaturgie du festival de Pâques 2026 à Salzbourg n'est pas difficile à comprendre. Le prélude de l'Or du Rhin, où un monde naît du chaos, en est la matrice, et les trois concerts symphoniques du festival reprennent ce thème de la création, que ce soit avec la Huitième symphonie de Mahler (dans la même distribution qu'en janvier à Berlin), la Symphonie fantastique de Berlioz (par Tugan Sokhiev) ou, bien sûr, La création de Haydn. C'est Daniel Harding qui s'en charge, avec le chœur de la Radio bavaroise, invité récurrent à Salzbourg, qu'on avait déjà pu entendre il y a quelques années dans cette œuvre avec Bernard Haitink.
La principale limite de ce concert, on ne peut le cacher, ce sont les parties solistes, dans une salle qui ne leur est, il est vrai, pas très favorable : Hanna-Elisabeth Müller et Andrew Staples sont d'excellents musiciens, mais pour une raison ou pour une autre ce concert ne montre pas l'étendue de leurs qualités, surtout pour Staples, dont ni les mots ni le timbre ne portent ici. La soprano assure quant à elle l'essentiel, même si elle aborde étrangement en force sa première intervention, mais on l'a connue souvent plus radieuse. Konstantin Krimmel s'en tire mieux, fort heureusement vu l'importance de son rôle : même pour lui on aimerait un peu plus de présence, mais du moins son riche timbre et sa diction parfaite parviennent jusqu'à nous.
Pourtant on ne peut pas dire que Daniel Harding cherche à tout prix à produire des décibels. Son Haydn est vigoureux sans brutalité, délicat sans afféteries : certes, l'introduction ne manque pas de fermeté dans le dessin et de force dans l'articulation, mais ici comme dans la suite du concert. On reste un peu sur sa faim en matière d'émotion, en matière d'élan métaphysique, mais pas en matière de pure beauté instrumentale – ne citons que la flûte toujours si éloquente d'Emmanuel Pahud, vrai musicien d'orchestre toujours soucieux de l'ensemble en même temps que soliste d'une intelligence et d'une musicalité sans pareilles. Harding a le souci d'un son orchestral clair, mettant en valeur les vents, sans oublier des timbales qui ne se fondent pas dans la masse : on ne peut pas dire qu'il propose de la Création une interprétation personnelle très marquée, mais il en fait une démonstration d'orchestre qui fait honneur à la tradition de l'orchestre. Tout aussi spectaculaire est le chœur de la radio bavaroise, dans les moments de recueillement comme dans l'exubérance des chants de louange : orchestre et chœur font vite oublier les quelques réserves faites sur les solistes et sur une vision d'ensemble un peu impersonnelle.











