Top Hat, romance au pays des claquettes
Production scénique anglaise dans le plus pur style de Broadway, Top Hat enchante le Théâtre du Chatelet, devenu l'espace d'une soirée le pays des claquettes.
C'est à nouveau dans le monde du spectacle, comme dans beaucoup de musicals, que se déroule l'intrigue de Top Hat, comédie musicale adaptée du célèbre film de Mark Sandrich de 1935, porté pour la première fois sur la scène de Broadway en 2011. Avec cette nouvelle production de Kathleen Marshall, créée l'été dernier au Chichester Festival Theater, on a pourtant le sentiment que Top Hat a toujours été fait pour la scène.
De New York à Venise, en passant par Londres, on y voyage dans un astucieux décor constitué d'une arche Art déco, dont les paysages changent au gré des destinations et d'une tournette qui fait apparaître, comme au théâtre de boulevard, des lobbys, des bars d'hôtels ou des chambres à coucher aux couvre-lits satinés, toutes plus kitsch les unes que les autres. Dans ce décor très nouveau riche se joue avec beaucoup d'entrain un vaudeville aux ressorts inattendus. Personne n'est trompé, mais tout le monde croit l'être !
Un célèbre danseur de musical, Jerry Travers, embarque à New York sur un paquebot pour Londres où l'attend le producteur d'un nouveau show dont l'artiste américain est la vedette. Outre le succès, il va y rencontrer une ravissante jeune femme dont il tombera éperdument amoureux, et qui lui rendra cet amour après moultes péripéties.
C'est un banal pas de claquettes sur un parquet ciré qui déclenche la romance, la jeune modèle Dale Tremont, qui porte les robes d'un grand couturier italien, étant dérangée dans son sommeil par son voisin du dessus. Le couple vedette ainsi formé est composé de Philipp Attmore, dans le rôle de Jerry Travers et de Nicole-Lily Baisden, dans celui de Dale Tremont. Un duo de danseurs et chanteurs afro-américains qui permet à Top Hat de renouer avec ses sources, près de 80 ans après sa création.
En effet, les rôles avaient été confiés dans le film d'Aldrich à Fred Astaire et Ginger Rogers, couple mythique à l'écran, pour leur quatrième collaboration avec le réalisateur. Le danseur élancé et la blonde pétillante ont marqué leur époque et lancé un style de danse inimitable, léger, élégant et virevoltant, n'hésitant pas à monter sur les banquettes ou à enlacer les meubles pour mieux rythmer leurs appuis.
Le casting de 2025-2026 est une excellente idée et impulse un nouveau style, plus moderne et plus piquant, aux numéros de claquettes et aux célèbres chansons « Top Hat, White Tie and Tails » et « Cheek to cheek ». Danseur assez ramassé et puissant, Philipp Attmore est un Jerry décontracté et très à l'aise vocalement et chorégraphiquement, tandis que Nicole-Lily Baisden se déploie pleinement dans ses deux solos « Wild about you » et « Better luck next time » avec un timbre clair et affirmé.
L'autre bonne surprise de cette production assez vintage sont les rôles secondaires, essentiellement parlés, incarnés par des acteurs au comique très british. Diction parfaite et rôle en or pour James Clyde qui joue Bates, le valet du producteur Horace Hardwick, dont le dévouement professionnel ne recule devant aucun travestissement. Le couple Hardwick, Stuart Hickey pour Howard et Emma Williams pour Madge est savoureux et les deux acteurs se dévoilent en chanteurs au caractères bien trempés lors de leur numéro final « Outside of that, I love you ».
La musique iconique d'Irving Berlin, l'un des compositeurs phare des années 30 sur scène comme pour le grand écran, est dirigée dans la fosse du Théâtre du Châtelet par Matthew Spalding, avec une couleur très uniforme tout au long du spectacle. L'Ensemble, ou Chorus Line, composé d'une quinzaine de danseurs et danseuses est impeccable, avec un haut niveau de claquettes et un sens du swing incomparable. La production est en effet ultra-professionnelle, presque trop léchée pour laisser affleurer l'émotion, la sincérité ou quelques aspérités, comme on en rencontre souvent dans les comédies musicales à la française.
Mais on aurait aimé, pour ce que cette soirée soit vraiment inoubliable, qu'un petit zeste de folie souffle sur Top Hat !








