Reger et Mahler réécrits par Schoenberg par Pierre Dumoussaud
B.Records propose deux cycles de lieder de Mahler et la Suite Romantique pour orchestre opus 125 de Reger, adaptés pour une petite formation instrumentale et enregistrés au festival de Deauville sous la baguette de Pierre Dumoussaud.
C’est une bonne idée de publier ces exercices de réduction et en même temps de réécriture, surtout quand ils sont faits par Arnold Schoenberg lui-même. Cela rappelle l’engagement du compositeur d’Erwartung pour faire mieux connaitre ses contemporains ou prédécesseurs, notamment Max Reger qu’il considérait comme un génie. Effectivement, cet arrangement de la Suite pour orchestre op.125 est très beau. La pâte orchestrale est forcément plus légère, plus aérée, et comparativement à la version d’origine, cela soulage l’audition de trop de références à Debussy, Weber ou Bruckner dans les trois mouvements respectifs. L’œuvre gagne en unité, en lumière et en souplesse, mais conserve des couleurs nocturnes et un finale saisissant. Cet allègement est un vrai service que Schoenberg a rendu à Reger, et un beau travail fait par Pierre Dumoussaud et L’atelier de Musique. Espérons que cette version chambriste, vivante et ciselée, contribuera à modifier le cliché de germanisme pesant qui affecte Reger, et à le faire sortir de l’ornière où il reste coincé. Du moins, en France.
A priori, une retranscription des Lieder de Mahler pour une petite formation, qu’elle soit de Schoenberg ou d’un autre, ça peut sembler intéressant pour trouver un moyen terme entre la luxuriance du tissu orchestral d’un grand orchestre et l’austérité d’un piano seul. On ne manque pas de Lieder de Schubert réécrits pour voix et quatuors à cordes, alors pourquoi pas Mahler ? On nous donne ici les Lieder eines fahrenden Gesellen arrangés par Schoenberg en 1920, et les Kindertotenlieder arrangés par Eberhard Kloke. Curieusement, les chanteurs ont été placés derrière l’orchestre, et pour se faire entendre du public (puisque donc il s’agit d’enregistrements live), ils sont obligés d’enrichir leurs harmoniques au maximum, d’ouvrir leurs voix et de la projeter loin. Celle d’Aude Extrémo semble immense et monolithique, sans beaucoup d’attention à la prononciation de l’allemand, et Stéphane Degout parait parfois à la limite de sa puissance. Quel dommage ! Il y a bien quelques moments de grâce, comme le repos au pied du tilleul, mais globalement, l’équilibre entre des voix trop grandes et un orchestre trop léger est rompu, et l’émotion ne passe pas. Il aurait suffi de laisser ces grands artistes à leur place normale devant l’orchestre et les laisser gérer eux-mêmes leur volume et leur projection.
La Suite op.125 de Reger a sans doute été choisie pour faire un intermède entre ces deux cycles de Lieder, mais en fait, c’est elle qui fait l’intérêt véritable de ce disque. C’est pour elle que nous le garderons et le rangerons dans l’ordre alphabétique, mais à la lettre R, comme Reger.

















