La flamboyance en disque du Sollazzo Ensemble
Le nouveau disque du Sollazzo Ensemble et de sa directrice Anna Danilevskaia fait flamboyer la fin du Moyen-Age en Europe avec le talent et la verve qu’on leur connaît.
Spécialisé dans les musiques anciennes, et particulièrement celle du Moyen-Age, le Sollazzo Ensemble s’aventure, avec ce disque, dans une programmation datant de la fin de cette époque, une période souvent dépréciée par les musiciens de notre temps. Autour d’un répertoire venant de France, du Pays-Bas et de l’Italie, brassant l’ensemble des genres utilisés au XIVe et XVe siècles (motet, chanson, madrigal, polyphonie liturgique et danses), ces chanteurs et musiciens mettent en parallèle l’« exubérance flamboyante » du groupe avec l’architecture gothique flamboyante répandue dans toute l’Europe à cette époque.
Que les non-initiés ne s’y trompent pas : la notion d’exubérance n’est pas la même au Moyen-Age qu’au XXIe siècle ! Nous nous attacherons plutôt, de notre côté, à la flamboyance revendiquée jusqu’au titre de l’album, non pas dans les pièces choisies mais dans le parti-pris de faire intervenir pas moins de vingt chanteurs et musiciens pour interpréter cette musique médiévale, ce qui n’était pas si exceptionnel que cela au XIVe et XVe siècles d’après Pieter Mannaerts d’Alamire Foundation dans sa note de présentation.
La souplesse vocale et les tempi allants, souvent dansants, offrent une approche très vivante (voire moderne ?) de ce répertoire, avec quelques singularités amusantes. Citons notamment Le Pres du soloil de Matteo da Perugia, un exemple rare de chanson française composée par un musicien italien ; les échanges des quatre voix du motet Aurora vultu Ave virginum mis en valeur par une version instrumentale ; et la proposition de trois versions du rondeau à trois voix Amis ton dous vis de Pierre de Molins (l’originale et deux versions ornées par diminutions). De même, la mélodie d’Amours merchi de Blinchois a été adaptée par la directrice musicale Anna Danilevskaia dans le style du manuscrit de Bayeux où seules les voix supérieures sont notées, accompagnées sobrement par quelques instruments.
C’est avec une fougue communicative et pleine d’inventivité que le Sollazzo Ensemble interprète le Benedicamus extrait du manuscrit Messina, alors que l’image de la démarche féline de la panthère est mise savamment en musique par Johannes Ciconia (c.1370-1412) dans son madrigal politique intitulé Une panthera.
Cet album est autant cohérent dans la programmation musicale que dans la qualité de l’interprétation, sachant, par delà les siècles, rendre cette musique vivante et touchante pour celui qui sait s’émanciper de ses propres barrières. Une réussite.












