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La Traviata ou la tragédie au coin de la rue

Festivals, La Scène, Opéra

Cahors, Cour Caviole. 30-VII-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Olivier Desbordes. Décors, costumes et lumières : Patrice Gouron. Avec : Burcu Uyar, Violetta ; Charles Alves Da Cruz, Alfredo ; Matthieu Lécroart, Germont ; Hermine Huguenel, Flora ; Eric Vignau, Gaston ; Jean-Michel Ankaoua, Baron Douphol ; Alain Herriau, Marquis d’Obigny ; Jean-Claude Sarragosse, Docteur Grenvil ; Flore Boixel, Annina. Orchestration : Philippe Capdenat. Choeur et Orchestre du Festival de Saint-Céré, Direction : Dominique Trottein

La Traviata

En reprenant sa production de 2007 de La Traviata, le Festival de Saint-Céré a voulu mettre à l’honneur de nouveaux solistes et, en particulier, , soprano turque venant pour la première fois à Saint-Céré pour interpréter le rôle de Violetta. Avec un espace scénique aux dimensions familiales, une partition réduite pour un ensemble chambriste d’une trentaine de musiciens, il était d’autant plus intéressant que la mise en scène d’ explore en quoi les collusions du calcul et de l’amour peuvent arriver à tout le monde, tant les classes moyennes se veulent désormais toutes plus romanesques les unes que les autres. Ainsi, l’argument pouvait paraître plus accessible en même temps qu’il s’orientait ici de la façon la plus aimablement provocatrice.

Édifiant pour la fluidité de sa structure, l’acte I s’est déroulé sans écart, chaque personnage bien calé dans son caractère, les grands airs venant presqu’en ébranler la mesure. Quand ils chantent la fameuse valse Brindisi, et Charles Alves Da Cruz ont cœur à s’accorder, ils prennent soin d’être au plus harmonieux et trouvent un point d’équilibre subtil entre la puissance musicale et la teneur de l’intrigue. Alors qu’en solo, ils semblent avoir plus de mal à rester dans l’échelle de la production, les habitudes de concert reprenant le dessus… Habillée en princesse, parée de toute la noblesse que les meilleures transactions sentimentales ont pu lui donner, dans «Ah forse, lui», Burcu Uyar (Violetta) a l’articulation limpide, le phrasé très senti, mais quand il s’agit de chanter face au public, cela peut sembler tourner à l’exercice de style et prêter à un phrasé plus appliqué. Dans «Un di felice, eterea», le ténor Charles Alves Da Cruz (Alfredo) pouvait paraître plus habité, faisant varier ses couleurs vocales émotion par émotion, donnant à Alfredo des facettes psychologiques quelquefois sophistiquées et donc un peu premier degré de temps en temps. C’est la nuit tombée, à l’acte II, avec l’arrivée de (dans le rôle de Germont) que le spectacle montait d’un cran, tant pour l’enveloppe générale que dans la maîtrise de l’équilibre entre la dépense musicale et la couleur dramatique donnée à l’ouvrage.

Avec un timbrage puissant, homogène et nuancé, le baryton a chanté «Pura siccome un angelo» en donnant une hauteur nouvelle à l’intrigue comme à la production. Dès lors, dans la deuxième partie (enchaînant, comme c’est souvent le cas, le deuxième tableau de l’acte II et l’acte III), les interprètes étaient plus résolument en prise avec les intentions de la mise en scène, la teneur acoustique du lieu et ce que La Traviata devient dans un contexte comme celui-ci. Au lieu d’insister sur l’éclat des émotions, ils se jouaient des codes, savourant les pages polyphoniques de la partition avec un plaisir tangible et partagé. On se souviendra donc du concertante de la fin de l’acte II comme un moment des plus réussis où la distribution a pu se délecter de sa cohésion, où l’unité de l’orchestre avec les chanteurs était particulièrement palpable. On doit donc saluer la direction musicale de qui donne à l’orchestre du Festival de Saint-Céré des couleurs aussi mesurées que subtiles, avec un engagement sobre et certain.

Crédit photographique: Burcu Uyar (Violetta), (Germont) © Benoît Michou

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