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Eric Vignau et Eric Perez, de la passion du massacre

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Saint-Céré, Théâtre de l’Usine. 02-VIII-2010. « Jeu de massacre », spectacle à partir de chansons des années 40 et 50. Je voudrais pas crever ; Le jeu de massacre ; Les boules de neige ; Ni trop tôt ni trop tard ; La chasse à l’enfant ; Le petit commerce ; Dernière valse ; Quand j’aurais du vent dans mon crâne ; En m’en foutant ; À la belle étoile ; Mon oncle a tout repeint ; Nanna’s lied ; Indifférente ; Les enfants qui pleurent ; Musique! Musique! ; Tyrolienne haineuse ; Poème d’André Frédéric ; La vie s’envole ; Sanguine ; Déjeuner du matin ; Le cheval rouge ; Embrasse-moi ; La complainte de Kesoubah ; Le jardin ; Les ratés de la bagatelle ; Ce grand méchant vous ; Ne vous mariez pas, les filles. Eric Vignau et Eric Perez, chant. Trio Triphase : Manne Paceo, Batterie ; Joan Eche-Puig, contrebasse ; Leonardo Montana, piano.

Jeu de massacre

Avant d’être intégré à la programmation du Festival de Saint-Céré, le spectacle a été créé le 18 mai 2010. Et le programme précise que c’était expressément organisé pour le jour de la Saint-Eric. Sa facture ne fait aucun doute là-dessus : il a été conçu par et pour les deux Eric (Perez et Vignau), en intimité avec le trio Triphase, dont les musiciens ont notamment fait les arrangements des chansons choisies. Et c’est « avec une pensée pour Marianne Oswald » que le répertoire de ce spectacle s’est décidé. Faut-il alors rappeler que, dès 1931, la chanteuse a quitté Säargemünd pour Paris et, rapidement, à chanter les chansons de Brecht au Bœuf sur le toit, elle est devenue l’emblème de l’influence de l’expressionnisme allemand sur la chanson française. Et si le spectacle s’intitule Jeu de massacre, c’est en référence à la chanson d’Henri-Georges Clouzot sur une musique de Maurice Yvain, que Marianne Oswald enregistre en 1934. « C’est le massacre des pantins innocents / Ah ! Visez bien leur pauvre gueule / Puisque vous êtes tous trop veules / Pour taper sur les puissants. »

Peut-être parce que la représentation commence avec un poème de Boris Vian dit par , avec plus ou moins de passion, on peut s’interroger sur le genre. Le programme annonce un « spectacle à partir de chansons des années 40 et 50 », une sorte d’argument dramatique qui donnerait un fil rouge entre les chansons. Sur la première partie, le rapport le plus significatif entre les tableaux est sûrement dans l’humeur des textes, dressant le portrait sans concession d’un homme moderne qui a perdu le sens des choses, mais qui continue d’avoir des prétentions. Seulement, les astuces scénographiques pour enchaîner les différents moments, peuvent un peu affouiller la consistance de certains d’entre eux. On peut même avoir quelque frustration quand, par exemple, on entend retenu dans la chanson En m’en foutant, qu’il adresse de profil au public, alors qu’il se maquille pour permettre aux tableaux suivants d’être effectivement plus frontaux. Le jeu modère la prosodie alors que le texte donne envie de plus d’insolence…

Au contraire, quand les rôles entrepris par les comédiens-chanteurs sont plus tranchés, quand le duo s’investit plus ouvertement, les moments d’affirmation dramatique permettent à la musique de mieux s’associer au « jeu de massacre », de plus franchement se lancer dans la partie. Mon oncle a tout repeint peut ainsi passer pour un tournant dans le spectacle, un point de rendez-vous entre les deux Eric, le moment où la complicité s’édifie et rencontre plus explicitement le public. Aussi, le texte très bien servi de la Tyrolienne haineuse (de Pierre Dac et Francis Blanche) et La complainte de Kesoubah (de Jean Tranchant) également chantée en duo, donnent l’occasion au trio Triphase d’être plus en prise avec le sarcasme des chansons, dans les arrangements du pianiste Leonardo Montana. Aussi, l’efficacité de Les ratés de la bagatelle (texte de Michel Carré mis en musique par Marc Berthomieu) servie par l’adaptation typée de la batteuse Anne Paceo. Car c’est bien là où le spectacle prenait le plus en charge la teneur dramatique des chansons que le dispositif était le plus sympathiquement cinglant.

Crédit photographique : Eric Vigneau & , Joan Eche-Puig (en fond) © Nelly Blaya

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