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Coffret 150 ans de Delius par EMI, toute une époque

À emporter, CD, Musique d'ensemble, Musique symphonique, Opéra

Frederick Delius (1862-1934) : Delius 150th Anniversary Edition. CD 1: Winter Night; Marche Caprice; Over the Hills and Far Away; Dance Rhapsodies n°1 & n°2; Paa vidderne. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Thomas Beecham. Commentaires sur Delius par Beecham (en anglais). (80:00)
CD 2: The Walk to the Paradise Garden; A Song of Summer; Irmelin Prelude. London Symphony Orchestra, direction: John Barbirolli. Late Swallows. Hallé Orchestra, direction: John Barbirolli. Appalachia. Alun Jenkins. Ambrosian Singers; Hallé Orchestra, direction: John Barbirolli. Barbirolli en répétition de Appalachia (79:14)
CD 3: Paris. Royal Liverpool Symphony Orchestra, direction: Charles Mackerras. In a Summer Garden. Hallé Orchestra, direction: Vernon Handley. On Hearing the First Cuckoo in Spring; Summer Night on the River; Fennimore and Gerda: Intermezzo. London Philharmonic Orchestra, direction: Vernon Handley. Piano Concerto. Piers Lane, piano. Royal Liverpool Philharmonic Orchestra direction: Vernon Handley.
CD 4: Florida Suite; Brigg Fair. Bournemouth Symphony Orchestra, direction: Richard Hickox. Summer Evening; La Calinda; Air and Dance; Hassan: Intermezzo; Serenade. Northern Sinfonia of England, direction: Richard Hickox. 2 Aquarelles. Academy of St. Martin in the Fields, direction: Neville Marriner (79:04)
CD 5: Lebenstanz; North Country Sketches (Royal Philharmonic Orchestra, direction Charles Groves). Sea Drift. John Noble, baryton. Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction: Charles Groves. Cynara (John Shirley-Quirk, baryton. Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction: Charles Groves (76:54)
CD 6: Violin Concerto. Yehudi Menuhin, violon. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Meredith Davies. Double Concerto for Violin, Cello, and Orchestra. Yehudin Menuhin, violon; Paul Tortelier, violoncelle. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Meredith Davies. Cello Concerto. Jacqueline du Pré, violoncelle. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Malcolm Sargent (74:00)
CD 7: Arrangements par Eric Fenby : Dance1, La Calinda; Air and Dance2; 5 Little Pieces for Small Orchestra; Sonata for String Orchestra. Elena Duran, flute. Bournemouth Sinfonietta, direction: Eric Fenby. String Quartet. Britten Quartett. (79: 00)
CD 8: Violin Sonatas: Nos; 1-3. Menuhin, Fenby. Légende. Tasmin Little, violon; John Lenehan, piano. Cello Sonata. Moray Welsh, violoncelle; Israela Margalit, piano); Dance. Igor Kipnis, clavecin (78:49)
CD 9: Twilight Fancies. Ian Bostridge, ténor; Julius Drake, piano. To Be Sung of a Summer Night on the Water. Robert Tear, ténor. King’s College Choir, Cambridge, direction: Philip Ledger. Wanderer’s Song. Baccholian Singers of London. The Homeward Journey. Marjorie Thomas, mezzo. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Thomas Beecham. Twilight Fancies; Whither; The Violet. Elsie Suddaby, soprano. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Thomas Beecham. Whither; The Violet; I-Brasil; Klein Venevil. Dora Labette, soprano. London Philharmonic Orchestra, direction: Thomas Beecham. Twilight Fancies; Cradle Song; The Nightingale. Dora Labette, soprano; Beecham, piano. Irmelin Rose; So White, So Soft, So Sweet Is She; Le Ciel est, par-dessus le toit; La Lune blanche. Dora Labette, soprano; Gerald Moore, piano). To the Queen of My Heart; Love’s Philosophy. Heddle Nash, ténor; Gerald Moore, piano. Caprice and Elegy. Beatrice Harrison, violoncelle. Chamber Orchestra, direction: Eric Fenby (63:20)
CD 10: Eventyr (Hallé Orchestra, direction: Handley). Hassan. Martyn Hill, ténor; Brian Rayner Cook, baryton. Bournemouth Sinfonietta, direction: Vernon Handley (79: 10)
CDs 11–12: Songs of Sunset. Janet Baker, mezzo; John Shirley-Quirk, baryton. Liverpool Philharmonic Choir; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction: Charles Groves. An Arabesque. John Shirley-Quirk, baryton. Liverpool Philharmonic Choir; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction: Charles Groves. A Mass of Life. Heather Harper, soprano; Helen Watts, mezzo; Robert Tear, ténor; Benjamin Luxon, baryton. London Philharmonic Orchestra and Choir, direction: Charles Groves (141:14)
CD 13: Requiem. Idyll. Heather Harper, soprano; John Shirley-Quirk, baryton; Royal Choir Society; Royal Philharmonic Orchestra, direction: Meredith Davies. A Song Before Sunrise. Royal Philharmonic Orchestra, direction: Malcolm Sargent. Songs of Farewell. Royal Choir Society; Royal Philharmonic Orchestra, direction: Malcolm Sargent. (78:18)
CDs 14–15: Koanga. Eugene Holmes, baryton; Claudia Lindsey, soprano; Raimund Herincx, basse; Keith Erwen, ténor. John Alldis Choir; London Symphony Orchestra, direction: Charles Groves. The Song of the High Hills. Miriam Bowen, soprano; Peter Bingham, ténor; Liverpool Philharmonic Choir; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra, direction: Charles Groves. (137:48)
CDs 16–17: A Village Romeo and Juliet. Elizabeth Harwood, soprano ; Robert Tear, ténor; John Shirley-Quirk, baryton. John Alldis Choir; Royal Philharmonic Orchestra, direction: Meredith Davies. Commentaires avec illustrations musicales par Eric Fenby (137:01)
CD 18: Fennimore and Gerda. Elizabeth Söderström, soprano; Robert Tear, ténor; Brian Rayner Cook, baryton. Danish Radio Chorus; Danish Radio Symphony Orchestra, direction: Meredith Davies. (78:26)
Code barre : 5099908417527. Enregistré entre 1929 et 2003. Notice trilingue (anglais, allemand, français). Textes des mélodies, œuvres chorales et opéra inclus dans le CD 17 en format PDF, en anglais pour l’essentiel, et non traduit. Durée : environ 22h20

 

Le coffret EMI de 18 disques, plus de 22 heures de musique, est assurément LE coffret événement pour la célébration des 150 ans de la naissance de , réunissant  les grands noms du label des années soixante et soixante-dix , les solistes ,  , les chanteurs , , Robert Tear, les glorieux orchestres du et , et bien sûr les chefs piliers de la maison Sir , Sir Charles Mackerras, Sir Charles Groves,  Sir , Sir et Mr .

A la vérité, ce coffret est autant un hommage à Delius qu’à l’engagement éditorial d’EMI pour ce compositeur. Après ces valeureux efforts, il était sans doute difficile de réenregistrer ce qui était devenu un fonds de catalogue, sur un répertoire générant des ventes limitées. Le relais a été assuré par Decca dans les années 90, et depuis les années 2010 par Chandos, Naxos et Danacord.

A tout seigneur, tout honneur, Sir (voir notre dossier Thomas Beecham) ouvre le coffret mais par des pièces d’intérêt secondaire et issues  du coffret English Music (Clef Resmusica) publié en 2011. Le coffret se concentre en fait sur la génération de chefs qui ont succédé à Beecham. Celui-ci dirige avec ce style, cette dimension supérieure et mystérieuse, cette tension qui manque à ses successeurs immédiats.

Puisque désormais la troisième génération de musiciens est arrivée à sa pleine maturité et maîtrise le style délien, d’Andrew Davies (Chandos) à Bo Holten (Danacord) en passant par (Chandos) ou plus récemment David Hill (Naxos), on est frappé par la difficulté rencontrée par les interprètes de la période 1960-1980 à être pleinement convaincants (et peut-être à être pleinement convaincus, les résistances des musiciens d’orchestre étant avérées).

Dans le répertoire orchestral, Sir est le chef qui s’approche le plus de la sensualité et sait sortir de l’interprétation littérale, mais il peut à l’occasion se montrer curieusement lourd (Appalachia). Sir Charles Mackerras  était un bon choix et il fera d’ailleurs de beaux enregistrements pour Argo (repris depuis par Decca), mais dans Paris la tension retombe entre les épisodes, peut-être a-t-il été trahi par ses musiciens. fait du joli, même du très joli Delius dans les fameux In a Summer Garden ou First Cuckoo, mais ce n’est pas rendre justice à ces pièces que de rester ainsi à leur surface. Sir a plus de nerfs que ses collègues, mais il reste extérieur à cette musique, et n’en fait ressortir ni la poésie pleine de fraîcheur (Florida) ni le frémissement, la palpitation de la fête (Brigg Fair) des défauts qu’on retrouvera dans ses enregistrements pour Chandos. Charles Groves dans l’iconique Sea Drift est beau, mais lent, sa direction est comme confite dans le cérémonial, un pêché qu’il commettra aussi dans la Mass of life. On s’endormirait presque dans les si poétiques North Country Sketches

Côté solistes, Lord dans le Concerto pour violon ne chante pas dans son arbre généalogique, et avec Barbirolli n’est guère plus convaincante dans le concerto pour violoncelle, hélas.

Pour les opéras, A Village Romeo et Juliet dirigé par est dépassé par Beecham (EMI) et surtout Charles Mackerras (Decca), l’orchestration est bien articulée, mais ce qu’il faut c’est au contraire de l’envoûtement et du fondu.

Attention, il y a aussi de biens belles choses dans cette box, et par chaque chef. Par exemple, la rareté The Homeward Journey par Marjorie Thomas, accompagnée par… Thomas Beecham (CD 9), encore lui ! Vernon Handley trouve l’inspiration pour Eventyr et la musique de scène de Hassan (soit tout le CD 10).   est convaincant dans le Requiem laïque qu’il joue de manière bien ressentie (CD 13) ainsi que dans l’opéra Fennimore and Gerda avec  (CD 18). emporte l’adhésion dans A Song before sunrise et Songs of Farewell (CD 13).

Enfin notre coup de cœur est pour Koanga (CD 14-15), opéra de 1897 à découvrir pour son thème précurseur à l’époque, qui traite de l’antagonisme des blancs et des noirs dans l’Amérique toujours ségrégationniste. L’opéra démarre lentement, mais il contient de superbes pages dramatiques, bien loin de l’image surannée que traîne le compositeur, et il est interprété avec engagement par Charles Groves.

Ce coffret EMI permet de faire un point quasi-exhaustif sur le répertoire de Delius tel qu’il était défendu dans la seconde moitié du XXième siècle au Royaume-Uni, c’est-à-dire le seul pays qui lui resta fidèle. Riche et inégale, cette publication n’est pas une somme qui se suffit à elle-même, elle est un précieux bilan d’étape. Soyons reconnaissant sans réserve pour le travail majeur accompli par EMI, car il est la fondation des beaux et vibrants enregistrements qui sont réalisés aujourd’hui.  Ce qui va se réaliser dans les cinquante prochaines années en matière d’interprétation délienne s’annonce passionnant, alors merci EMI pour avoir servi Delius sans faillir pendant près de soixante-dix ans !

 

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