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L’ensemble Court-Circuit à l’heure polonaise

Concerts, La Scène

Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. 6-IX-2013. Auditorium Marcel Landowski. Luis Rizo-Salom (1971-2013): Quatre pantomimes pour six, pour flûte, clarinette, cor, violon, alto et violoncelle; Wojtek Blecharz (né en 1981), Torpor, pour clarinette, percussion, violon et piano; Edith Canat de Chisy (né en 1950): Pluie, vapeur, vitesse pour flûte, clarinette, piano, violon, alto et violoncelle; Elzbieta Sikora (né en 1943): Twilling-Sonosphère (CM) pour hautbois solo, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse, Karlax et électronique; Witold Lutoslawski (1913-1994): Chain I pour orchestre de chambre. Hélène Devilleneuve, hautbois, Tom Mays, Karlax; réalisation informatique Vincent Laubeuf (Motus) et Tom Mays; interprète à la console, Olivier Lamarche; ensemble Court-Circuit; direction Jean Deroyer.

court circuit 2013L’ ouvrait sa saison par un concert arborant les couleurs polonaises pour célébrer un double anniversaire: le centenaire de la naissance de Witold Lutoslawski dignement honoré par les salles parisiennes tout au long de l’année 2013 et les 70 ans d’Elzbieta Sikora dont on entendait ce soir une nouvelle oeuvre en création mondiale.

Mais c’est à , jeune compositeur colombien de 41 ans, disparu accidentellement en juillet dernier, que Court-Circuit rendait d’abord hommage, en débutant la soirée par Quatre pantomimes pour six, une oeuvre que l’ensemble avait créé à l’IRCAM lors du dernier Festival Manifeste (lire notre chronique). Sous la conduite investie de qui communiquait une vision formelle lumineuse, l’oeuvre sonnait ce soir avec une intensité particulière à la faveur d’une interprétation très concentrée donnant à l’écriture tout son relief et son organicité.

Dans Torpor du jeune compositeur polonais , le piano est partiellement préparé pour donner avec la percussion des résonances lointaines d’un gamelan imaginaire. La pièce s’engage assez rapidement dans un processus tendu et sans concession, d’un geste radical et plein d’énergie, mais dont l’écriture un rien laborieuse peine à maîtriser le flux sonore.

C’est le tableau célèbre de William Turner, Pluie, vapeur, vitesse qui a stimulé l’imaginaire d’Edith Canat de Chisy dans la pièce éponyme de 2008 qui était donnée ce soir. Dans cette oeuvre plutôt intimiste, la compositrice explore avec beaucoup de finesse la circularité du mouvement et la fluidité des lignes obtenues par une écriture instrumentale constamment en relai. Le temps suspendu des dernières pages dans une texture transparente confère, comme dans le tableau, une profondeur de champ et un mystère presque inquiétant.

Maîtrisant avec une égale virtuosité l’écriture instrumentale et les techniques électroacoustiques qu’elle vient étudier en France au Groupe de Recherche Musicale avec Pierre Schaeffer et François Bayle puis à l’IRCAM et dans les studios de Stanford aux USA, la compositrice d’origine polonaise Elzbieta Sikora aime introduire l’électricité dans ses compositions. Dans Twilling-Sonosphère, création au titre énigmatique, le son du hautbois solo – exceptionnelle – est piloté par le , sorte d’interface midi qui était joué en direct par Tom Mays. Ce nouvel instrument numérique est l’invention de Rémi Dury qui désirait réintroduire le geste instrumental dans la performance informatique: « Le permet de manipuler le son d’une manière fine et confortable tout en réimplicant une gestuelle sur scène », explique cet inventeur tout azimut. Le son traité était ensuite spatialisé sur l’acousmonium Motus par Olivier Lamarche aux commandes de la console de projection. Subtil autant qu’économe, le traitement en temps réel mis à l’oeuvre par la compositrice conférait, par intermittence, un espace agrandi, une irisation harmonique et une aura sonore au hautbois. La sonorité souple et ambrée d’ captivant l’écoute tout du long servait une écriture d’une vigueur expressive et d’une conduite dramaturgique exigeante, magnifiquement soutenue et relayée par le quintette à cordes.

Le concert s’achevait avec Chain I, première pièce d’un triptyque que Witold Lutoslawski écrit de 1983 à 1986. Conçu pour orchestre de chambre (14 instruments), Chain I témoigne du sens de la couleur et de la subtilité d’écriture d’un compositeur qui ménage, avec un sens inné de l’équilibre formel, passages aléatoires (où les instrumentistes fonctionnent en autonomie) et écriture fixée. Avec un égal talent, modelait sa direction avec une souplesse idéale et une relation très fluide avec un ensemble instrumental de haute tenue.

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