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L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato par Mark Morris

À emporter, Danse , DVD, Opéra

L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato. Ode pastorale, texte de John Milton adapté par Charles Jennings et James Harris. Musique : Georg Friedrich Haendel. Chorégraphie : Mark Morris (né en 1956), Mark Morris Dance Group avec Sarah-Jane Brandon, Elizabeth Watts, sopranos, James Gilchrist, ténor, Andrew Foster Williams, barython. Choeur et Orchestre du Teatro Real Madrid, chef de chœur : Andrés Máspero, direction : Jane Glover. Enregistré en juillet 2014 au Teatro Real de Madrid. 1 DVD Bel Air, durée : 110 mn.

 

1507-1Le Théâtre royal de Madrid accueille le Dance Group qui interprète avec brio L’Allegro il Penseroso ed il Moderato.

Etonnant mélange de classicisme et de modernité, L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato n’a pas pris une ride. Créée en 1988 par le chorégraphe américain au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, la pièce connait depuis un succès non démenti.

Il faut de l’audace et du talent pour mettre en scène de nos jours une ode pastorale baroque, composée par Haendel en 1740, qui met en musique deux poèmes allégoriques du poète anglais John Milton, L’Allegro et Il Penseroso, écrits en 1631.

Les deux premiers caractères, L’Allegro – tempérament joyeux, optimiste et extraverti- et Il Penseroso, caractère mélancolique et renfermé – sont traités par Milton ; le troisième, Il Moderato a été ajouté par le librettiste de Haendel, comme élément d’ordre et de mesure, tempérament aux deux premiers.

Morris s’inscrit dans une continuité. Il revendique l’héritage du trio Milton, Haendel et William Blake, auteur d’une série d’aquarelles illustrant les poèmes de Milton ; sa danse est le fruit d’une longue tradition chorégraphique, et les emprunts sont nombreux et variés, du style balanchinien aux danses folkloriques bulgares, en passant par les dessins de Blake ; et pourtant, Morris parvient à créer une œuvre originale. Comme tout grand artiste, il est capable de réaliser une synthèse des éléments ingérés tout en les mâtinant de son empreinte propre.

Le résultat pourrait se révéler difficile d’accès aux non-initiés. Au contraire, la danse de Mark Morris revendique son apparente simplicité, sa proximité avec la vie, interrogeant la frontière entre le mouvement dansé et les gestes de tous les jours. L’exigence est pourtant omniprésente : rapidité, précision des mouvements, perfection des ensembles, musicalité sans faille et légèreté, demandent une grande habileté aux danseurs.
L’œuvre de Morris est ambitieuse. Elle ne requiert pas moins de vingt-quatre danseurs, un orchestre symphonique, un chœur et quatre chanteurs solistes.

Les décors sont sobres et évocateurs à la fois. Le plateau, dénudé, est égayé par les couleurs vives des costumes des danseurs, qui forment des tâches de couleur évoquant les aquarelles de Blake.
Le cadre de la pastorale et les références à l’Antiquité, omniprésente dans les poèmes de Milton, sont discrètement mais habilement suggérés. L’humour, et même la dérision, ne manquent pas. La scène de chasse au renard est ainsi un petit bijou, qui exploite les qualités de comédiens des danseurs, qui se métamorphosent respectivement en arbres, en chasseurs, en chiens ou en renards.

Pour Morris, qui se décrit avant tout comme un musicien, la musique constitue le point de départ de toute chorégraphie. La danse de Morris joue constamment avec la musique, souvent avec subtilité et nuance, parfois de manière un peu trop évidente. Si certains tableaux parviennent à trouver une profondeur capable d’évoquer des abstractions et des sentiments, la danse n’est, la plupart du temps, qu’une traduction presque littérale du rythme de la phrase musicale, légère et bondissante dans L’Allegro, plus trainante et mélancolique à l’arrivée d’Il Penseroso. Ce procédé mimétique se retrouve également dans les références au texte, comme dans l’évocation de l’alouette par un danseur habillé de bleu qui sautille et volette, s’efforçant de « faire l’oiseau ».

Néanmoins, l’Allegro final parvient à dépasser ce mimétisme et à créer une véritable osmose entre danse, chant et musique. Sur le refrain de « Mirth with thee, I mean to live », les danseurs courent, main dans la main, s’élancent comme s’ils allaient bondir hors de scène, dans un élan d’allégresse.
Ainsi, le sujet de la pièce semble-t-il n’être que – et c’est en réalité presque tout – l’harmonie, « The Hidden soul of harmony » évoqué par Milton, et l’exaltation de la beauté de la musique et de la danse.

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