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Jacques Lenot croise les cordes frottées et la trompette

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jacques Lenot (né en 1945) : Et il regardait le vent, pour trompette et quatuor à cordes ; Raphaël Duchateau, trompette ; Quatuor Tana. 1 CD L’Oiseau Prophète ; enregistré au studio Dada à Bruxelles en décembre 2014 ; texte français. Durée totale : 71′.

 

couv-et-il-regardait-le-vent1Lectures, réminiscences et élan poétique sont autant de sources où s’originent les 62 fragments de Et il regardait le vent, nouvelle œuvre d’envergure (71′) pour quatuor à cordes et trompette de . C’est aussi l’opus 1 du label L’oiseau Prophète, émanation de la maison d’édition du compositeur.

emprunte son titre à une citation de Flaubert tirée de Salambô. Et il regardait le vent est la quatrième pièce d’un cycle qui en comprend cinq, écrites entre 2011 et 2015. Elles sont composées pour la plupart autour de la trompette, « choisie comme figure emblématique voire héroïque » souligne le compositeur. L’idée d’associer la trompette au quatuor à cordes remonte à décembre 2013, date à laquelle Lenot commence à écrire, pour ce dispositif assez rare, un monodrame sur la belle et tragique histoire de Héro et Léandre, personnages légendaires de la mythologie grecque. « La trompette y joue le rôle de l’aède, celui qui nous guide dans le récit » précise-t-il. Telle semble bien être sa fonction dans Et il regardait le vent, vibrante méditation sur le temps croisant les cordes du et la trompette de . Pour l’écoute au disque, le compositeur articule sa composition en cinq sections de durée sensiblement égale.

L’entrée des instruments est progressive, opérant par strates successives : la ligne d’alto d’abord, économe et stylisée, qui engendre ses contrechants, puis la trompette et le violon, inscrivant leurs figures éloquentes sur le fond mouvant des autres cordes. Lenot modifiera sans cesse le dispositif instrumental, l’envergure et les configurations sonores s’y trouvant toujours renouvelées, même si le temps étiré et circulaire de la méditation confine à la répétition. Ainsi les solos, évoluant entre lyrisme et fulgurance, alternent-ils avec l’écriture homophone des instruments, souvent pulsée par la même cellule rythmique au profil incantatoire. Ces instants plus étales semblent évoquer les voix du choeur antique, périodiquement convoquées dans ce cérémonial imaginaire. L’invention est à l’œuvre, et l’écoute active, s’agissant de l’articulation de la phrase, l’élaboration des textures et l’exploration des registres qui sollicite parfois une virtuosité inattendue (quatrième section). L’apparition des trilles, pizzicati, granulations et autres traitements du son (jeu sur la touche ou sur le chevalet, sourdine) modèle de nouvelles matières sonores dès la fin de la deuxième section. L’écriture des cordes en style choral invitant la trompette bouchée – qui évoque inévitablement celle de Miles Davis – est source d’émotion.

Rompu à l’écriture raffinée et exigeante du compositeur, dont il a enregistré l’intégrale des quatuors à cordes en 2014, le nous convie à cette expérience d’écoute – qui tient chez Lenot de la traversée initiatique – avec la sensibilité et la distance souhaitées, l’élégance et l’engagement requis. La trompette ductile et racée de – familier lui aussi de l’univers du compositeur – est à la fois l’aède et le coryphée de cette tragédie de l’écoute, « un chemin de musique tendu vers de multiples possibles », pour reprendre les propos du compositeur.

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