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A Genève, Rafael Payare ravit et David Fray déçoit

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 22-I-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en ut mineur op. 37. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre. David Fray (piano). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Rafael Payare.

Embrassant avec beaucoup d’aplomb un en forme, le jeune chef vénézuélien s’affirme pendant que le pianiste français déçoit.

Au théâtre, à l’opéra, on a l’habitude de dire que la troisième représentation est la meilleure. Passés les crispations de la première, les relâchements de la deuxième, il semble en effet que la troisième représentation se débarrasse de ces inconvénients pour s’épanouir. En serait-il de même pour les concerts symphoniques ? A lire les comptes-rendus des critiques qui ont pu assister à ce (presque) même concert à Genève deux jours avant, et à Lausanne la veille, il semble en effet que l’ de ce troisième concert a su prendre la mesure du jeune chef pour proposer un Concerto pour Orchestre de en tous points remarquable.

On ne peut pas en dire autant du pianiste qui offre un Concerto pour piano et orchestre n°3 de Beethoven sinon bâclé, du moins sans intérêt. Méforme ? Impréparation ? Pêché de jeunesse ? Difficile de le dire. Reste que dès le début de son intervention, on reste surpris par le manque de poigne de son jeu. On se souvient de la sensation de ces enregistrements des concertos de Bach ou ceux des concertos No 22 et 25 de Mozart pour Erato, dans lesquels, tout employé à sa musique, l’articulation pianistique est claire, délicatement martelée, comme un instrument de percussion. Ce que le piano est en vérité. Rien de tel dans ce concerto de Beethoven. Rarement proche de son clavier, appuyé au dossier de sa chaise, cette position, tout en décontraction, semble nuire à la frappe du piano. David Fray offre alors un piano tout en legato qui, dans les traits véloces tend à devenir brouillon. Si, au début de l’adagio, il charme avec un toucher extrêmement éthéré, son discours tend toutefois à privilégier les beaux effets plutôt que de raconter. Et, dès qu’il doit aborder un trait technique rapide, son piano devient confus (avec quelques malheureuses imprécisions –puisque c’est ainsi qu’on appelle les couacs !) mangeant aussi quelques notes, comme pratiquant un usage excessif de la pédale. Pourtant, l’orchestre est beau, bien dirigé. Ses cordes sont amples et le chef semble tout entier au service du soliste. Mais las, David Fray ne semble en avoir cure. Dommage, car le public genevois était venu pour lui plus que pour l’entier du concert.

Rangé le piano sous la scène, la parole est au Concerto pour orchestre de . La parole, oui. Parce que le jeune chef nous raconte une histoire. La même que le compositeur. Alternant les pianissimi et le forte, sollicitant ses violons dans des stridences cinglantes, colorant de gravité ou d’explosions sonores l’univers musical de Bartok, sollicite admirablement tous les pupitres de l’Orchestre de la Suisse Romande. Le geste est ample, presque démesuré et le ballet qu’il danse sur son piédestal est impressionnant et d’une extraordinaire efficacité. Tournant à gauche, virevoltant à droite, levant les bras au ciel, puis les pointant vigoureusement vers les cuivres ou les bois, le seul spectacle du chef est fascinant. De là sort une musique explosive, colorée, rythmée, swinguante même. Comme ils sont beaux et amusants ces bassons du second tableau. Et quelle admirable « Elégie » tout en lyrisme. Et quelles belles flûtes ! Par la suite pourtant, les sollicitations de l’ensemble, les envolées sonores sont si puissantes qu’on se demande quelles forces le chef va-t-il encore trouver dans l’orchestre pour donner le feu au final. Il y parvient cependant en dosant habilement les contrastes, aidé en cela par un Orchestre de la Suisse Romande visiblement heureux de briller avec une œuvre aussi complexe.

Le public genevois a fait un triomphe à « son » orchestre et à ce jeune chef qu’on espère revoir bientôt.

Crédit photographique :© Bjørn Bertheussen

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