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Temirkanov rapproche Rachmaninov et Stravinsky au sein de la tradition russe

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 9-XI-2016. Serguei Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en ré mineur op. 30. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le sacre du printemps, ballet. Boris Berezovsky, piano ; Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

temirkanov-youri-sasha-gusovPour leur rituelle visite annuelle au Théâtre des Champs-Élysées, la Philharmonie de Saint-Pétersbourg et son chef ont choisi de rapprocher deux chefs d’œuvres russes quasiment contemporains mais que tout oppose esthétiquement. Pari inhabituel mais résultat stimulant !

Le vaste Concerto n° 3 de Rachmaninov (1909) sonne comme un adieu nostalgique au monde fastueux de la grande Russie. On est d’emblée surpris par la disposition instrumentale. Comme à Lyon, les contrebasses sont à gauche, les percussions au centre, et les bois et vents à droite. L’équilibre sonore est donc particulier, centré sur les cordes, d’autant que le piano, couvercle enlevé, est placé dans l‘axe de la scène, queue tournée vers la salle. Le public ne peut du coup pas voir le soliste (ou du moins ses mains) ce qui est assez frustrant. Le résultat est une lecture plutôt intimiste d’une partition trop souvent transformée en morceau de bravoure pour briseur d’ivoire, que aborde avec une assurance et une facilité apparente confondantes.

Après l’entracte, Temirkanov a inscrit Le Sacre du printemps (1913) qui marque un basculement célèbre vers le XXe siècle. Sans gommer les novations techniques notamment rythmiques, le chef russe, qui enchaîne les deux parties, tend cependant à inscrire le chef d’œuvre dans la descendance de Rimsky-Korsakov ou la proximité de Scriabine. Très éloigné du tranchant d’un Salonen dans cette même salle, cette lecture inhabituelle impose un autre regard sur Stravinsky, inscrit dans la descendance de l’école russe du XIXe siècle, proche de l’Oiseau de feu. De façon symbolique, alors que Berezovsky avait refusé tout bis à un public qui pourtant le lui demandait avec insistance, cette fois, l’orchestre nous offre le magnifique prélude de Kitège de Rimsky-Korsakov comme pour souligner ce choix esthétique. Splendide concert, de ceux qui stimulent l’esprit autant qu’ils comblent l’oreille…

Crédits photographiques : © Sasha Gusov

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