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L’Elisir d’amore à Munich : Pretty Yende, David Bösch et la routine

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 2-XII-2016. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’Elisir d’Amore, opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : David Bösch ; décors : Patrick Bannwart ; costumes : Falko Herold ; lumières : Michael Bauer. Avec : Pretty Yende (Adina) ; Atalla Ayan (Nemorino) ; Andrei Bondarenko (Belcore) ; Erwin Schrott (Dulcamara) ; Tara Erraught (Giannetta). Choeur de l’Opéra de Bavière ; Orchestre national de Bavière ; direction : Daniele Callegari.

csm_fg_elisir_d_amore_2-_akt04_una_furtiva_lagrima_f50d1863e2La mise en scène de garde quelques qualités dans une reprise plutôt routinière dont se détache .

En décembre 2009, le jeune metteur en scène faisait ses débuts à l’Opéra de Bavière avec cette production de L’Elisir d’amore, et cette première réussite ouvrait la voie à quelques spectacles inoubliables, notamment un déchirant Orfeo de Monteverdi. Six ans et un jour après la première de L’Elisir, que reste-t-il du spectacle ? La toile de fond du début du spectacle fait des plis, la direction d’acteur laisse les chanteurs à leurs habitudes de jeu – avec une qualité inégale -, mais il reste tout de même des traces de ce qui fait la qualité de son travail, ce théâtre de tréteaux qui joue de la fragilité de l’illusion théâtrale et de la poésie du délabrement. Les mises en scène les plus soignées, hélas, ne survivent pas toujours au passage du temps.

Quant à la musique elle-même, le degré de satisfaction dépend de l’horizon d’attente. Si on s’attend au cliché de la routine des théâtres germaniques, chanteurs jetés sur scène sans préparation et orchestre en roue libre, on sortira très satisfait ; si au contraire on rêve de ce que peut être le niveau d’une telle maison les grands soirs, on ne peut être que déçu – la vérité, naturellement, est entre les deux. Le Belcore fruste d’, à la voix caverneuse caricaturale et à l’immobilité expressive implacable, renvoie vers la pire routine, mais , on s’en doute, compense largement cette défaillance. On aimerait peut-être chez elle une plus franche projection, mais c’est la contrepartie de son travail très soigné sur l’articulation de la phrase : elle n’est pas du genre à transiger avec les notes pour se simplifier la tâche. Même avec ce phrasé un peu haché, la chaleur du timbre et la délicatesse expressive de son chant restent le sommet musical de la soirée.

Autour d’elle, et se tirent néanmoins honorablement de leurs rôles. Le premier n’en fait pas trop, contrairement à son habitude, mais il n’en fait peut-être même pas assez : il y a un effort de caractérisation, sans doute, mais loin d’épuiser toutes les possibilités du rôle. n’a pas la voix la plus légère et la plus attrayante qui soit, mais une fois l’oreille habituée, on doit lui reconnaître une maîtrise technique réelle de son rôle et un travail raisonnablement détaillé sur le personnage. Le problème commun de tous ces chanteurs, cependant, est dans la fosse : , pourtant, est un chef compétent et efficace, mais l’orchestre est ce soir aux abonnés absents, et une impression de flou en découle pendant toute la soirée.

Seule rescapée de la distribution originale, donne une meilleure idée de ce qu’était l’esprit initial de la direction d’acteur : cette Giannetta est désespérément pataude, et confite dans un amour sans espoir pour Nemorino, dont elle devient ainsi pour ainsi dire le reflet, mais on sent aussi très bien que Bösch a une tendresse particulière pour les perdants et les perdus. Cherchant plus le sourire que le gros rire, ce qu’il obtient d’elle provoque à la fois le sourire et l’émotion : c’est ce qu’on aurait aimé ressentir tout au long de la soirée.

Photo : Wilfried Hösl/Bayerische Staatsoper (2009)

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