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La touche Niquet dans Le Messie de Haendel

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XII-2016. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Le Messie. Sandrine Piau, soprano. Anthea Pichanick, contralto. Rupert Charlesworth, ténor. Robert Gleadow, basse. Orchestre et chœur du Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

herve-niquet-manasLa soirée se prévoyait exceptionnelle au Théâtre des Champs-Élysées avec et son Concert Spirituel, au sommet de son art comme nous l’avions constaté il y a peu dans ce même théâtre, et le Messie de Haendel, l’oratorio le plus célèbre de toute l’histoire de la musique. Mais ce sera en réalité une soirée en demi-teinte que ces grands artistes nous auront réservée.

De nos jours, le nom de Haendel est avant tout celui de l’auteur du Messie de la même façon que Le Messie est considéré comme le plus grand oratorio. Du côté du compositeur, cette œuvre est associée à un mouvement spirituel de soumission à la volonté de son Dieu mais surtout à une nouvelle orientation musicale dans sa production lyrique. Du côté d’ et du Concert Spirituel, Le Messie est un grand classique de leur répertoire qu’ils n’ont apparemment pas réussi à faire évoluer depuis leur interprétation en 2010 à la salle Pleyel. Nous retrouvons ainsi la touche « Niquet » dans une œuvre connue de tous où le chef n’hésite pas à redessiner les phrases ou à modifier l’orchestration dans un tempo allant et des dynamiques inédites manquant parfois, il est vrai, de finesse. Mais les faiblesses de la trompette solo dans The trumpet shall sound perdurent également, agrémentées ce soir d’un chœur dépourvu de profondeur et d’équilibre dans la première partie (pupitres d’hommes). Heureusement, les choristes sont au rendez-vous dans l’Hallelujah et l’Amen, les grands chœurs triomphaux inscrits dans tous les esprits. Leur performance exceptionnelle lors de ces deux moments incontournables permet d’oublier deux premières parties un peu décevantes alors que celles-ci se composent de pas moins de 14 chœurs sur 18 au total.

Bien que le livret de Newburgh Hamilton soit un long exposé théologique sans personnification ni récit (même le Christ n’y est que sous-entendu et n’est mentionné qu’une seule fois, dans le chœur O death, where is thy sting ?), le théâtre des Champs-Élysées a fait l’effort d’un surtitrage en français, démarche appréciable pour le confort de chacun.

Mais notre déception vient surtout de la distribution vocale où seule rayonne. Malgré un anglais perfectible, la soprano excelle par son timbre lumineux, sa simplicité naturelle, idéale dans cette musique, ses vocalises nettes et un legato parfaitement maîtrisé. Alors que la contralto et le ténor ne marqueront pas les esprits, ce sera tout le contraire pour . Avant chaque intervention, ses mimiques de mauvais garçon rendent son chant grotesque, soutenu par une ligne totalement artificielle allant à l’encontre de l’esprit de l’œuvre, qui ne nous fera pas regretter les derniers airs de basse sans da capo.

Les applaudissements sont riches mais qu’ovationnent réellement les spectateurs du Théâtre des Champs-Elysées : la réputation de ces grands artistes ou la performance de la soirée ?

 Crédit photographique : Hervé Niquet © Eric Manas

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