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Der Fliegende Holländer en voyage à l’Opéra de Lille

La Scène, Opéra, Opéras

Lille. Opéra de Lille. 4-IV-2017. Richard Wagner (1813-1883) : Der Fliegende Holländer, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Alex Ollé / La Fura dels Baus. Assistante à la mise en scène : Sandra Pocceschi. Décors : Alfons Flores. Costumes : Josep Abril. Lumières : Urs Schönebaum. Vidéos : Franc Aleu. Avec : Simon Neal, Der Holländer ; Patrick Bolleire, Daland ; Elisabet Strid, Senta ; David Butt Philip, Erik ; Deborah Humble, Mary ; Yu Shao, Der Steuermann. Chœur de l’Opéra de Lille (chef de chœur : Yves Parmentier) ; Orchestre national de Lille, direction musicale : Eivind Gullberg Jensen.

20170321_vaisseaufantome_0516Cent vingt-quatre ans après sa création française dans cette même ville, Der Fliegende Holländer retrouve Lille avec une production créée à Lyon trois ans plus tôt. La mise en scène d’Alex Ollé n’a rien perdu de sa beauté et de son caractère extrêmement qualitatif grâce aux décors d’, aux lumières d’ et aux vidéos de Franc Aleu, tandis que musicalement le premier chef-d’œuvre de profite d’une distribution d’un bon niveau supportée par un en forme, dirigé par le norvégien .

Petit à petit, Le Vaisseau Fantôme d’Alex Ollé remonte vers les eaux froides et après s’être posé à Lyon en 2014, il trouve l’Opéra de Lille cette saison avant de s’ancrer enfin à Bergen. Pas de Cap de Bonne Espérance ici comme le voulait la légende qui inspira Heinrich Heine en 1834 pour la nouvelle Aus den Memoiren des Herren von Schnabelewopski, qui servit de base au livret de Wagner récupéré par l’Opéra de Paris pour y être d’abord créé dans la partition du compositeur français Pierre-Louis Dietsch en 1842. Au lieu d’Afrique, on aura l’Asie, et plus exactement le port de Chittagong au Bangladesh, dont l’inspiration vint au metteur en scène du collectif catalan parce que là-bas, on vend encore des femmes pour de l’argent, et que l’on surnomme ce port l’Enfer sur Terre.

Superbement construite, et déconstruite au fur et à mesure de l’action, la poupe d’un bateau rouillée (visiblement inspirée par le navire de contrebande Dimitrios) est placée sur scène à Jardin au milieu d’éclairage somptueux, dont les tons orageux et sombres sont assistés par des vidéos représentant d’abord les flots marins, puis une armées de fantômes remontant sur la poupe dans un style cinématographique fortement influencé par les images glauques du Pirates des Caraïbes de Gore Verbinski. Les lumières servent aussi à définir les contours afin de créer à partir d’un sol sablonneux parfois des pierres, parfois la mer. Les costumes de Josep Abril s’attachent à décrire le Bangladesh de la seconde moitié du siècle précédent, dans lequel l’anglais Daland est encore un colon, bien identifié par son habit blanc et par le style typiquement anglais du chant de la basse française , bien posée dans des graves jamais assombris et peut-être juste trop courte en souffle lors de sa première intervention.

Le Hollandais de entre en scène en grand manteau de capitaine, sali par le temps et ses tourments, et comme Wagner le souhaitait, on a choisi pour ce rôle un baryton-basse, plus clair de timbre que Daland, là où Bayreuth depuis des décennies prend le penchant inverse en nous habituant à la noirceur dans le rôle-titre, à l’image de Samuel Youn récemment et Thomas Johannes Mayer l’an passé. cherche donc le grave, mais joue sur deux registres et trouve plus d’aise dans le médium, déstabilisant parfois son chant comme on le découvre dès le monologue initial. Pour lui répondre, la Senta d’ remplace Catherine Naglestad d’abord annoncée, et heureusement pour elle le compositeur avait dès la création saxonne transposé un ton plus bas sa balade pour Wilhelmine Schröder-Devrient, car si la soprano norvégienne possède de beaux médiums, il lui manque le legato encore très présent dans cette partition post-bellinienne, ainsi que des aigus auxquels elle monte plus facilement pour son dernier air qu’en début de représentation.

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L’Erik de entre en scène avec la meilleure projection du plateau, la voix s’essoufflant en fin d’acte II pour redevenir chaude au finale. Il campe un amant dynamique, sorte de pirate taliban toujours armé de son AK47, prêt à abattre sa belle si elle commet l’adultère. La Mary de contient une belle couleur de timbre, remarquable parmi l’ensemble du Chœur de l’Opéra de Lille, les femmes habillées à l’indienne apportant l’orientalisme de Lakmé avec leurs interventions d’une clarté typiquement française. clôt la distribution grâce à un Steuermann efficace, très crédible dans la découverte hébétée du vaisseau invisible dans son sommeil, apparu brusquement lorsque Daland le réveil.

À cela il faut ajouter les hommes du chœur, puissants et bien amplifiés lorsqu’il s’agit de représenter l’équipage du Hollandais, sinon dynamiques lorsqu’il s’agit de boire et de draguer leurs partenaires. Ils interviennent dans la fête en réalisant de superbes scènes d’angoisse et arrêts sur image, dérangés dans leurs gestes par des figurants zombifiés, éclairés chacun d’une lumière blafarde dans une immobilité rappelant les statues de terre cuite de l’armée de l’empereur Qin Shi Huangdi découverte en Chine il y a quarante ans.

En fosse, l’ intervient pour sa prestation annuelle, et trouve sous la baguette d’ une belle dynamique, tout particulièrement au début des actes I et III, le soutien s’affaiblissant parfois en cours de drame, surtout lorsqu’il s’agit d’accompagner les airs et duos. Les cuivres ne sont pas exempts de scories, mais on retiendra tout de même de très belles phrases, notamment aux bois et aux violons, une ouverture solidement préparée et un finale exalté, le thème de la rédemption résonnant dans cette version de 1860 privilégiée ici à l’originelle de 1843.

Photos : © Frédéric Iovino /Opéra de Lille

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