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Un Schläpfer sombrement lumineux à Berlin

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Berlin. Schiller Theater. 11-IV-2017. 7. Chorégraphie : Martin Schläpfer. Décor et costumes : Florian Etti. Musique : Gustav Mahler. Lumières : Volker Weinhart. Avec les solistes du Ballett am Rhein.

L’an dernier, le Staatsballett de Berlin avait invité le Ballet National de Norvège et la pièce Ghosts de la jeune chorégraphe Cina Espejord, rappelant la noirceur de certaines chorégraphies de Nacho Duato. En invitant cette année le et la pièce 7 (créée en octobre 2013) de , le Staatsballett joue une carte toute aussi noire mais prouve aussi à certains (qui veulent encore bien l’entendre…) que les danses classique et néo-classique ne cessent de se renouveler avec brio.

Martin_Schläpfer_7_GertWeigeltAujourd’hui considéré comme l’une des meilleures compagnies allemandes, le est dirigé depuis 2009 par le chorégraphe (Prix de Lausanne 1977, soliste au Ballet de Bâle sous la direction de Heinz Spoerli, puis directeur des Ballets de Berne et de Mannheim). Une troupe qui peut se targuer, à juste titre, d’avoir été nommée par le magazine tanz « meilleure compagnie de l’année » et ce, trois années consécutives, en 2013, 2014 et 2015. Le Ballett am Rhein se compose de 45 solistes qui se produisent régulièrement sur les scènes de l’Opéra de Düsseldorf et du Théâtre de Duisburg, ou en tant que compagnie invitée sur les plus grands plateaux européens.

Pour 7 (comme pour toutes les autres pièces de Schläpfer), la musique a clairement été le moteur de la création. La 7e Symphonie en mi mineur de est une partition aussi disparate que l’existence humaine, aux timbres énigmatiques et à l’orchestration complexe. Appelée « Chant de la nuit », elle intrigue et angoisse, entre harmonies étranges et instruments surprenants (mandoline, guitare…). Le compositeur y cherche des réponses à ses interrogations existentielles. Schläpfer, en utilisant le plus physique et éphémère des arts, entreprend une exploration identique. En parallèle à la symphonie, il construit et déconstruit les lignes, ordonne et désordonne son écriture chorégraphique. Schläpfer sème ses danseurs et danseuses sur scène tels des voyageurs sur la route, en ayant pour seul but de les mener vers un monde meilleur, en quête de plénitude. Et cette œuvre nous emporte en effet très loin, et peut-être encore plus loin à l’intérieur de nous-mêmes.

Martin_Schläpfer_7_GertWeigelt_2Comme le souligne le chorégraphe suisse, « la musique décide s’il faut des pointes ou le pied nu. […] La question n’est pas de savoir si danser sur pointes est contemporain ou pas. Ça l’est, par définition. » Chaussés de lourdes bottes aux talons bruyants, de pointes ou de demi-pointes, ou encore pieds nus, les danseurs foulent, piétinent, pilonnent cette scène dépouillée et obscurément mystérieuse, signée . Celle-ci est encadrée de fonds mobiles aux éclairages variables (), allant du bleu nuit au gris, en passant par le noir ou le blanc. Des contrastes inspirants malgré leur indéniable manque de clarté.

La musique et la danse se confondent. Des tableaux vivants, intenses, se succèdent, tentant de traduire le psychodrame de ces existences. Les bustes se déhanchent et les pieds s’allongent ou se crispent, en flex ou tendus. Poussés à bout, les corps s’amassent confusément. Aiguisés comme des couperets, ils s’embrasent ardemment. La pantomime poétique des deux couples dans le 4e mouvement allège le propos avec justesse même si certains y verront assurément un brin de misogynie et de grotesque. Notez cependant un bémol esthétique : la splendide mais petite soliste détonne par sa taille aux côtés de ses collègues. L’insouciance et l’humour viennent cependant compléter leur virtuosité avec finesse. Le rondo final, tonitruant, se pare d’accessoires (des tabourets) et les danseurs se déploient en un clair-obscur éclatant.

Martin Schläpfer, digne héritier de et de , signe une pièce organique teintée de technique grahamienne et de lyrisme emprunté au Tanztheater. Ces saynètes kaléidoscopiques explorent l’existence avec poésie et satire : ses joies et ses tourmentes, ses défis et ses sursauts. Encore un chorégraphe perspicace, un vrai, à qui l’on a oublié de proposer les commandes du Staatsballett de Berlin.

Crédits : Photos © Gert Weigelt ; Vidéo © Ballett am Rhein

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