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Au Met, la démesure d’Aida ne prend pas d’âge

La Scène, Opéra, Opéras

New-York. The Metropolitan Opera. 20-IV-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida, opéra en 4 actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Mise en scène : Sonja Frisell. Décors : Gianni Quaranta. Costumes : Dada Saligeri. Lumières : Gil Wechsler. Chorégraphes : Alexei Ratmansky. Avec : Latonia Moore, Aïda ; Riccardo Massi, Radamès ; Violeta Urmana, Amneris ; George Gagnidze, Amonasro ; James Morris, Ramfis ; Soloman Howard, Le Roi. Metropolitan Orchestra, direction : Daniele Rustioni.

Latonia Moore as Aida_Cory WeaverLa production à grand spectacle d’Aida concoctée par il y a bientôt trente ans, ferait presque oublier la trame de cet opéra et les protagonistes sur scène par un déploiement de tableaux visuels plus sublimes les uns que les autres. La direction musicale de est tout aussi rutilante alors que la distribution vocale reste à la hauteur du spectacle sans se noyer dans toute cette démesure.

Ce drame passionnel où se mêle amour et jalousie, honneur et trahison, remplit régulièrement des stades entiers à coup de décors pharaoniques et de riches costumes et accessoires. Créée en 1988, la somptueuse mise en scène de , classique mais efficace, s’inscrit dans cette lignée grâce aux décors titanesques de Gianni Quaranta, aux scintillants costumes de Dada Saligeri et au nombre incalculable de choristes, de figurants et de danseurs sur scène (sans compter la participation des chevaux au deuxième acte). Les tableaux se succèdent et l’émerveillement est total, l’apothéose étant naturellement la marche triomphale qui débute par la célébrissime marche des trompettes, où chaque entrée des troupes égyptiennes suscite les applaudissements chaleureux de l’assistance. A en oublier presque le drame qui se joue sur scène et les enjeux pour Aida, Amneris et Radamès…

Côté voix, détient de nombreuses qualités d’un soprano verdien : sa voix ronde et chaude propose de riches sonorités alors que sa technique vocale se compose d’aigus solides mais aussi de beaux graves qui donne l’aspect sombre d’une honorable Aida. Elle termine son Ritorna Vincitor par de jolies notes flottantes même si durant la soirée, certains aigus sont projetés avec parfois trop de violence. La puissance de son coffre lui permet de camper le rôle d’une femme forte et souveraine malgré sa condition d’esclave. Mais son jeu manque globalement de finesse et de nuances, certainement imprégné par le riche décorum qui l’entoure. Comment faire briller Aida dans tout ce foisonnement scénique ? Par un engagement total permanent répond la soprano texane.

Face à elle, le chant puissant et stylé de débute par un Celeste Aida que le ténor italien choisit de déployer telle une chanson d’amour plutôt que comme un appel aux armes. Grand, robuste, avec un profil romain ciselé, le chanteur italien a le physique d’un guerrier et un jeu d’acteur convaincant : c’est avec une surprise spontanée qu’il réagit lorsque Ramfis vient l’informer qu’il conduirait les troupes égyptiennes. Véritable ténor spinto, la voix repose fermement sur le souffle lui donnant l’occasion d’offrir au duo final O terra, addio de longues lignes élégamment tournées.

Aida_Marty Sohl
Ancienne Aida, la mezzo-soprano  fait sans conteste preuve d’un grand investissement tout au long de la soirée. Mais même si le tempérament d’Amneris semble lui coller à la peau, elle semble un peu dépasser par les notes graves qu’exigent le rôle. Cette impression s’équilibre grâce à des aigus meurtriers dans sa grande scène du dernier acte. Les autres interprètes ne déméritent pas même si les prestations de en Amonasro, de en Ramfis ne resteront pas dans les mémoires alors que fait preuve d’une belle autorité en tant que Roi d’Egypte.

Généreux et grandiloquent, l’Orchestre du Metropolitan Opera s’inscrit pleinement dans cette super production. La direction d’un tout sourire, est brillante tout autant qu’élégante, le chef mettant en relief de façon intéressante certains détails d’orchestration de la partition.

Démesurée mais pas clinquante, flamboyante mais pas kitch, sans réelle prise de risque, cette production d’Aida a encore de beaux jours devant elle. Encore faut-il avoir une distribution vocale solide et expérimentée. C’était le cas ce soir au Metropolitan Opera.

Crédits photographiques : dans le rôle-titre © Cory Weaver/Metropolitan Opera – Aida par Sonja Frisell © Marty Sohl/Metropolitan Opera

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