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La Seine Musicale, inauguration romantique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Boulogne-Billancourt. Auditorium de La Seine Musicale. 23-IV-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Extraits de Die Gärtnerin aus Liebe, KV 196 ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Le Freischütz, version française d’Hector Berlioz : Ouverture, air d’Agathe, scène de la Gorge aux Loups ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fantaisie pour piano, chœur et orchestre op. 80. Sandrine Piau, soprano ; Anaïk Morel, mezzo-soprano ; Stanislas de Barbeyrac, ténor ; Florian Sempey, baryton ; Bertrand Chamayou, piano ; Insula Orchestra et chœur ; direction : Laurence Équilbey.

seine musicale inaugurationInauguration réussie de la Seine Musicale avec un programme brillant et brillamment défendu.

Tout n’est pas parfaitement fini, il faut pas mal de ténacité pour trouver l’entrée non indiquée de l’auditorium, mais la voilà : la Seine Musicale occupant une partie de l’ancien site Renault de l’Île Séguin à Billancourt, et avec elle une nouvelle salle de concert classique avec son nouvel auditorium.

Après l’inauguration solennelle du samedi soir, le concert redonné le lendemain donne l’occasion au grand public de découvrir les lieux : faute d’une communication suffisamment explicite et d’un site internet indiquant clairement la programmation, il faut bien constater qu’une centaine au moins de places reste libre, très loin du triomphe des salles inaugurées récemment à la Villette comme à Berlin ou à Hambourg. C’est fort dommage, et il faut bien espérer que cela changera.

Le public est d’abord accueilli dans de vastes espaces publics un peu froids, prévus pour être communs avec la grande salle dédiée aux musiques amplifiées, avant de pouvoir monter dans la coupole qui abrite la salle : elle n’a pas véritablement d’espaces publics pour elle, mais les couloirs de circulation qui l’entourent offrent au moins de belles perspectives sur les environs. Avec 1 150 places, la salle elle-même est naturellement plus intime que les grandes salles de Paris ou de Hambourg, et ses architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines ont eu bien raison de ne pas reprendre la construction en cocon dont elles sont l’exemple. L’essentiel des places est donc situé dans la grande pente centrale d’une vingtaine de rangs, avec un balcon latéral qui se prolonge en arrière-scène et quelques places plus haut perchées : l’atmosphère est plutôt chaleureuse, et l’impression d’espace est on ne peut plus agréable.

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Mozart en allemand, Weber en français

Et la musique ? Les instruments anciens de l’ de , en résidence à la Seine Musicale, sont rejoints non seulement par le chœur qui leur est jumelé, mais aussi par un quatuor de chanteurs français : la voix occupe donc l’essentiel du programme, accompagné par un comédien qui a une qualité éminente, la brièveté – on aurait aimé un peu plus de discrétion de la part de l’auteur des lumières très clinquantes qui accompagnent parfois la musique. Choisir la version allemande de La Finta Giardiniera est original, mais, faute de familiarité avec cette version, le pari n’est que partiellement réussi, surtout dans les ensembles. Seule , dans le beau lamento de Sandrina (Geme la tortorella en italien), s’en tire avec son naturel accoutumé, et elle délivre la leçon de chant mozartien qu’on attend d’elle, les trois autres chanteurs assumant leur rang de façon plus pâle – on a beau s’y attendre, pourtant, cette délicatesse du phrasé, ce sens du mot et de la diction, cette perfection dans l’intonation et le souffle continuent de fasciner.

Sans doute l’air d’Agathe dans la version Berlioz du Freischütz de Weber expose-t-il par moments ce qui a toujours été la limite de cette musicienne admirable, ce manque de puissance qui la dissimule parfois sous l’orchestre : même dans ces conditions, la musicalité rigoureuse en même temps qu’expressive de la chanteuse trouve à se faire entendre. Ses jeunes collègues masculins lui succèdent dans les affres de la Gorge-aux-Loups : ce n’est pas la meilleure occasion pour faire entendre ses qualités vocales, mais tous deux se tirent avec honneur de cette grande scène du romantisme fantastique.

Pour terminer le concert, a choisi d’inviter pour interpréter la toujours trop rare Fantaisie chorale de Beethoven. Chamayou, en accord avec les belles sonorités de l’orchestre sur instruments anciens, joue un piano Pleyel, dont la sonorité moins symphonique mais plus brillante que les éternels Steinway est particulièrement bienvenue pour cette œuvre : le rôle du piano s’en trouve réévalué dans les parties concertantes, et le résultat est particulièrement brillant et musical.

Ce choix de programme, après le Freischütz, est révélateur des choix de répertoire de Laurence Équilbey, qui dans l’une comme dans l’autre sait trouver le son chaud et l’élan émotionnel qu’elles demandent. Elle n’est pas de ceux qui sacrifieraient la rigueur musicale à un surcroît d’expression : cette rigueur qui peut parfois, chez Haydn par exemple, paraître un peu cassante est ici pleinement en harmonie avec le flux de la musique, et la Fantaisie se termine par l’apothéose enthousiasmante qu’elle appelle. C’est un beau final – surtout repris en bis – pour l’inauguration d’une nouvelle salle dont on espère qu’elle bénéficiera d’une programmation à la hauteur de ses qualités.

Photos © Julien Benhamou / La Seine Musicale

 

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