Bagatelle2017_Resmusica_728x90px_web

L’élection de Georges Pompidou en 1969, c’est aussi…

Aller + loin, Dossiers

À l’occasion de ce début d’année 2017 marquée en France par plusieurs grands moments politiques, ResMusica propose à ses lecteurs une rétrospective sur les politiques publiques de la culture et les grands évènements du secteur sous les présidences de la Cinquième République, soit découlant de choix politiques, ou révélant un goût personnel du Président de la République pour le monde artistique. Pour accéder au dossier complet : Musique, danse et politique sous la Ve République

 

chambreanechoique… La création de l’, mais pas que !

L’histoire des « grands travaux » portés par les présidents de la Ve République débute avec le centre culturel de Georges Pompidou situé place Beaubourg à Paris. Vont s’ensuivre la transformation de l’ancienne gare du chemin de fer d’Orléans en musée d’Orsay par Valéry Giscard d’Estaing, la construction de la Bibliothèque François Mitterrand (mais aussi l’Opéra Bastille, ou l’agrandissement et la restauration du Musée du Louvre pour ne citer que quelques exemples) sous le mandat du président du parti socialiste, et enfin le Musée des Arts premiers de Jacques Chirac sur le Quai Branly à Paris. Mais la politique culturelle sous la président Pompidou ne se limite pas qu’à quelques tubes colorés, même si ces derniers ont beaucoup fait parler à l’époque. Tour d’horizon.

Pour une culture citoyenne

En lien avec les événements de mai 68, la politique culturelle se focalise sur les personnes en difficultés sociales, mais s’intéresse également à l’approche des arts par les enfants ou la disposition d’initiation des adultes. La culture n’est plus perçue comme un enrichissement personnel mais comme un besoin auquel nous devons tous avoir accès.

Dans le gouvernement du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, le ministre Jacques Duhamel souhaite amener la culture « au cœur de la société » par le biais d’une déconcentration des pouvoirs publiques. Jacques Rigaud, son directeur de cabinet, lance une politique culturelle tournée vers les services déconcentrés du ministère, les directions régionales des affaires culturelles (DRAC), et en crée de nouveaux sur le territoire. Mais Jacques Duhamel implique également dans les décisions et les directions suivies, les professionnels du milieu et les artistes. C’est clairement une politique démocratique et libérale qui est lancée. Le Conseil du développement culturel créé en septembre 1971 et dissout suite à la démission de ses membres en 1973 est un échec. Les actions du ministère sont tout de même facilitées par l’élaboration du VIe Plan et sa commission des affaires culturelles présidée par Pierre Emmanuel qui avait la même vision de cette « nouvelle société » tournée vers les régions et le développement culturel.

Le ministère de la Culture, en cherchant à ce que ces concepts soient pilotés et appliqués sur un plan local, privilégie les partenariats et les subventions, notamment à travers des contrats. Des actions culturelles clairement définies et localisées ont été soutenues par le Fonds d’intervention culturel (FIC). Le FIC était effectivement « destiné à permettre le lancement d’opérations novatrices ou expérimentales assurés en commun par plusieurs départements ministériels ou par l’État et les collectivités locales. » Un comité interministériel pour l’action culturelle institué auprès du Premier Ministre et faisant participer huit ministères, avait notamment pour mission d’arrêter les opérations faisant l’objet de ces subventions.

La musique dans l’Éducation nationale et à l’université, un enseignement à part entière

La danse, la musique et l’art lyrique bénéficient à cette époque d’une action particulièrement novatrice du directeur de la musique de l’administration centrale du ministère : les festivals se multiplient, des conservatoires et des orchestres sont implantés en région…

L’enseignement musical au lycée comme en université est quant à lui fortement soutenu. En raison de la volonté d’initier tous les enfants à la culture où qu’ils soient, le nombre de lauréats au certificat d’aptitude de l’éducation musicale (CAEM) n’était plus suffisant et ne permettait pas un maillage rapide du territoire en termes de nominations d’enseignants qualifiés. Pour pallier cette difficulté, un certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré (CAPES) d’éducation musicale et de chant choral est créé en 1972 avec un nombre de places bien plus important (20 à 60 lauréats par an au CAEM). Une section musique à l’agrégation est également ouverte deux ans plus tard afin d’atteindre cet objectif. Mais il y avait une véritable discordance entre le parcours universitaire désormais possible, ces concours publics d’un certain niveau, et l’offre d’enseignement musical au sein de l’Éducation nationale. Le baccalauréat A6 (baccalauréat Littéraire avec l’option obligatoire Musique), créé en 1968, ne suffisait pas à susciter les vocations. Une option complémentaire (ou appelée aussi « option facultative ») a été mise en place tardivement alors que le baccalauréat F11 (« Techniques de la musique ») vient combler ce manque dès 1972.

Cette année, l’ fête ses 40 ans d’existence

Le nouveau Centre d’art et de culture souhaité par Georges Pompidou, inauguré le 31 janvier 1977 par son successeur Valéry Giscard d’Estaing (avec la présence discrète de Jacques Chirac, défenseur de l’héritage pompidolien), héberge de multiples activités : un musée d’art moderne, une grande bibliothèque publique, un centre de création contemporaine et un institut de recherche musicale présidé par le chef d’orchestre (de 1977 à 1992), avec notamment comme directeur de la section électroacoustique jusqu’en 1980. La construction sous terre de l’Institut de Recherche et de Coordination Acoustique et Musique (IRCAM), même si celle-ci solutionnait les questions d’insonorisation liées aux missions de cet établissement public, a contribué au manque de visibilité de l’Institut auprès du grand public. Ce n’est qu’en 1989, avec de nouveaux espaces dont un nouvel édifice « hors terre », que s’affirme la présence de l’Ircam sur le site de Beaubourg.

Maquette Ircam

Le confinement de ses salles, notamment celles consacrées aux enregistrements, suscite en effet un certain mystère. Organisées selon des caractéristiques précises d’espace et d’absorption ou de projection acoustique, ce sont en tant que tels des lieux expérimentaux captivants, comme les panneaux de la chambre sourde qui effacent les ondes sonores, ou encore la caisse acoustique malléable de la grande salle grâce à ses parois mobiles qui permettent de varier le temps de réverbération du son de 0,6 à 6 secondes, pour obtenir un écho type d’une cathédrale ou alors un son très sec sans réverbération.

De sa visite de la chambre anéchoïque, le compositeur parle d’une « expérience très intéressante » composée d’une « sensation de léger malaise en entrant dans la pièce. Comme un début de haut-le-cœur, sans doute dû à la perte d’un repère sonore habituel » et de la « conviction que le silence n’est pas complet et qu’on peut entendre un petit bruit mécanique aigu, permanent, à un volume extrêmement faible. » C’est une « impression surnaturelle lorsqu’on produit des sons dans la pièce : ils sont aussitôt absorbés, sans aucune réverbération aussi minime soit-elle. Impression de jamais entendu, un peu déstabilisante. » (Notes sur la musique minuscule, blog de .) L’absence de réverbération permet de mesurer précisément la propagation d’une source sonore dans l’objectif de modéliser et recréer les sons.

L’exploration de la musique par l’Ircam se fait à travers les prismes scientifiques et technologiques. « Nous allons déboucher sur de nouvelles œuvres, de nouvelles façons de jouer, de nouveaux instruments, de nouvelles façons d’envisager toute la partition musicale. » ( lors de l’inauguration de l’Ircam.) Au regard de l’influence de l’Institut sur le plan international et après plus de 480 œuvres musicales créées en son sein depuis le début de son activité, on peut affirmer que a bel et bien réussi son pari. Les explorations sonores des scientifiques, des ingénieurs, des artistes et des mathématiciens de l’Ircam ont ainsi donné vie à « l’orchestre parlant » de , au « chœur virtuel » de , ou encore au « clavier de sensations » de . Mais comme nous le rappelle , directeur de l’Ircam depuis 2006 : « la danse, l’opéra, le théâtre, le cinéma, le jeu vidéo : tous les métiers artistiques sont maintenant concernés. » Au confluent entre art et science, les technologies développées à l’Ircam sont aujourd’hui indispensables pour toutes les questions d’acoustique.

Mais l’Ircam ne se limite pas à de la recherche appliquée. En termes de transmission des savoirs, un partenariat avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a été mis en place, tout comme un diplôme avec l’université Pierre et Marie Curie (Paris VI) et l’Ecole Sup Télécom de Paris, et cela afin de former les chercheurs de demain. De même, une vingtaine de concerts permettant de diffuser les créations issues de l’Institut est proposée chaque année.

Sources : Archives ouvertes (hal.archives-ouvertes.fr) – « Histoire et caractéristiques de la musique au lycée en France : entre académisme et socioconstructivisme », Odile Tripier-Mondancin – « Entre les murs de l’Ircam, Pierre Boulez n’est pas mort », France Musique – « L’Ircam, Géo Trouvetout du son » de .

Crédits photographiques : Allocution télévisée du président de la République Georges Pompidou © Bernard Allemane/INA – La chambre anéchoïque de l’IRCAM © Woodbrass Team –  Maquette de l’Ircam © IRCAM

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.