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Bruckner magnifié par Yannick Nézet-Séguin à Dresde

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : symphonie n°3 en ré mineur (version de 1873). Profil PH 12011. Orchestre de la Staatskapelle de Dresde, Yannick Nézet-Séguin. 1 CD Profil Medien. Enregistrement réalisé à Dresde le 21 septembre 2008. Notice bilingue : anglais et allemand. Durée : 72’01’’

 

bruckner-3-dresden-staatskapelle_-1484008174Grand défenseur de Bruckner, est bridé dans l’intégrale des symphonies qu’il enregistre pour Atma par les limites de l’orchestre métropolitain de Montréal. Mais lorsqu’il peut diriger la , sa rencontre avec un orchestre à la tradition brucknérienne séculaire nous vaut une lecture somptueuse de la Symphonie n°3, dans sa rédaction d’origine.

Revendiquant haut et fort sa filiation avec , est vite devenu l’un des meilleurs chefs brucknériens de sa génération. Si l’intégrale des symphonies qu’il a entrepris de graver chez Atma pâtit d’un orchestre métropolitain de Montréal assez limité, en revanche cette Symphonie n°3 captée lors d’un concert avec un en état de grâce est une splendeur.

Lorsqu’il achève cette symphonie en 1873, Bruckner obtient un rendez-vous avec Wagner, qui accepte la dédicace de l’œuvre, sous réserve d’en retirer les (trop nombreuses à son gré) citations de ses opéras qui parsèment la symphonie. Le compositeur autrichien reprend son ouvrage, condense, gomme les citations litigieuses et parvient à une seconde mouture en 1878, que beaucoup considèrent comme la plus équilibrée. Il y reviendra en 1889, alors qu’il est saisi par une frénésie de révision de ses œuvres existantes. La version originale a été créée tardivement en 1946 par la Staatskapelle de Dresde dirigée par . C’est pourquoi Yannick Nézet-Séguin, invité par les Dresdois dès 2008 a programmé cette première mouture lors du concert publié aujourd’hui. Comme nombre de chefs de sa génération, le canadien défend cette version originale, certes démesurée (c’est la symphonie la plus étendue en nombre de mesures de tout l’oeuvre de Bruckner), qu’il a également enregistrée dans son intégrale en cours chez Atma avec l’orchestre métropolitain de Montréal. Mais sa lecture à Dresde l’emporte sur celle de Montréal d’une part parce que la conception du chef est plus large et portée par l’ivresse du concert, d’autre part parce que la supériorité de l’orchestre saxon est indéniable (écoutez ce pupitre de violoncelles, à fondre de bonheur, ou ces cuivres puissants sans dureté ni agressivité).

Depuis sa résurrection au disque grâce à , cette version originale (Urfassung comme disent de façon très parlante les allemands) a connu de nombreuses gravures, certaines remarquables par l’orchestre (Blomstedt à Leipzig) d’autres par leur conception musicale (le très regretté Georg Tintner en Ecosse, le fascinant à Saint Florian, qui a poussé l’œuvre dans ses limites extrêmes). Au sein de cette discographie, la version de Nézet-Séguin prend une place majeure pour la beauté de l’orchestre, la hauteur de la conception d’ensemble et la flamme que la rencontre entre l’orchestre et son chef apporte à ce concert. Un disque somptueux.

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