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Très grande soirée à la Philharmonie avec Bernard Haitink et Mitsuko Uchida

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie de Paris. 30-V-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 3 en ut mineur, op. 37. Mitsuko Uchida, piano. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9 “An der Gott”. London Symphony Orchestra, direction : Bernard Haitink.

haitink_-_todd_rosenbergL’un des derniers concerts symphoniques de la saison à la Philharmonie de Paris est aussi l’un des meilleurs, à ranger même dans la catégorie des « grands concerts ». y dirige d’une main de maître un Troisième Concerto pour piano de Beethoven auquel le doigté fin et trop rare en France de rend toute sa délicatesse. La Neuvième Symphonie de Bruckner jouée ensuite dans sa forme simple en trois mouvements développe une lecture classique mais puissante, magnifiée par un de tous les instants.

Un orchestre en formation Mozart se place sur l’estrade de la Philharmonie de Paris pour accompagner dans le Concerto n° 3 de . Pourtant, l‘introduction est marquée par de gros rubatos dès l’exposition du premier thème aux cordes, qui apportent à cette lecture une touche romantique et moderne éloignant la figure du Viennois sur l’ouvrage du maître de Bonn. A peine le temps de profiter de la clarinette que déjà le piano entre en scène et développe une gamme ascendante en do mineur dans la finesse du doigté de la pianiste japonaise, plusieurs fois référente dans l’œuvre au disque, notamment avec Kurt Sanderling. La légèreté des mains trouve une réponse aérée mais toujours lyrique sous la baguette attentive bien que maintenant tremblante du très grand .

Mitsuko Uchida n’a jamais osé dénaturer ou réadapter les œuvres qu’elle interprète, elle joue donc à l’Allegro con brio la cadence de Beethoven lui-même, écrite plus tard que le reste du concerto, avec cette fois des indications précises de pédale. On est pourtant surpris tant la discrétion des pieds de la pianiste se fait sentir dans le rendu sonore, le gauche ne lui servant presque jamais avant le Rondo. Le Largo passionne un peu moins ; à rechercher une lecture classique de la partition sans surplus de pathos, il y manque une sensibilité sans doute plus adaptée aujourd’hui à nos attentes quand on s’oppose aux visions baroqueuses de la musique de Beethoven. Le Finale remet les choses en place et laisse profiter des magnifiques cordes du , avant un retour de la clarinette puis d’une petite harmonie dont se démarque déjà le hautbois et la flûte solo.

En seconde partie, le meilleur orchestre anglais actuel revient en formation complète pour rendre grâce à la Neuvième et dernière des symphonies d’, dans sa forme inachevée en trois mouvements, publiée dans l’édition Leopold Novak. Comme lorsqu’il a donné l’œuvre en 2015 avec l’Orchestre National de France, Haitink présente dès l’introduction du Feierlich, misterioso (solennel, mystérieux) une alliance subtile de délicatesse et de puissance, aujourd’hui grâce à neuf cors toujours justes, avant une trompette et surtout une entrée du superbe hautbois puis de la flûte déjà remarqués auparavant, sublimes tout au long de la symphonie.

Le Scherzo démontre la tenue et la qualité des cordes jusque dans les pizzicati, parfaits et là encore en même temps appuyés tout autant que légers, comme à la reprise des archets juste après, où le style d’Haitink se ressent par ce mélange si surprenant d’un son délié pour autant toujours empreint d’un véritable legato. Les masses en puissance permettent lors des tutti de créer des attaques franches sans jamais alourdir la partition ni lui ôter une véritable poésie, évidente dans le trio avec son fantastique solo d’alto. L’Adagio déploie le geste délicat à la manière d’un Abbado mais avec le regard plus classique des grands chefs de la génération précédente, exaltant des crescendos pour lesquels l’acoustique de la Philharmonie ne sature jamais, tout en jouant sur une réverbération longue totalement adaptée à la musique de Bruckner et à cette notion patente de son d’église. Puis la flûte présente la coda et son passage vers le paradis, tout juste altéré par des Wagner-tuben sans doute trop peu préparés, laissant alors les derniers mots aux superbes cordes pour un retour en forme d’adieu des thèmes des deux symphonies précédentes de Bruckner, puis un silence avant l’explosion d’applaudissements ; justice rendue à ce très grand chef.

Photo : Bernard Haitink © Todd Rosenberg

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