Trois concerts exemplaires de Mariss Jansons avec le Bayerischen Rundfunks

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en ut mineur Op.37. Richard Strauss (1864-1949) : Une vie de héros, poème symphonique Op.40. Mitsuko Uchida, piano. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Mariss Jansons. Réalisateur : Brian Large. Enregistré à la Philharmonie am Gasteig, Munich en 2011. Notice trilingue (anglais-français-allemand). 1 DVD Arthaus Musik 101 683, code barre 807280168396. Format image : 16/9, son PCM Stéréo, Dolby Digital 5.0. Zone All. Durée : 95’

Gustav Mahler (1860-1911) : Ich bin der Welt abhanden gekommen (arrangement pour 16 voix par Clytus Gottwald) ; Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Anja Harteros, soprano ; Bernarda Fink, mezzo-soprano. Chœur Bayerischen Rundfunk, chef de chœur : Michael Gläser. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Mariss Jansons. Réalisateur : Brian Large. Enregistré à la Philharmonie am Gasteig, Munich les 12 et 15 mai 2011. Notice trilingue (anglais-français-allemand). Sous-titrage en français, allemand, anglais, espagnol, italien. 1 DVD Arthaus Musik 101 685, code barre 807280168594. Format image : 16/9, son PCM Stéréo, Dolby Digital 5.0. Zone All. Durée : 96’

Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur op.73. Leoš Janáček (1854-1928) : Messe Glagolitique. Tatiana Monogarova, soprano ; Marina Prudenskaja, mezzo-soprano ; Ludovit Ludha, ténor ; Peter Mikuláš, basse ; Iveta Apkalna, orgue ; Chœur Bayerischen Rundfunk, chef de chœur : Peter Dijkstra. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Mariss Jansons. Réalisateur : Michael Beyer. Enregistré au KKL Concert Hall de Lucerne le 31 mars 2012. Notice trilingue (anglais-français-allemand). Sous-titrage en français, allemand, anglais, coréen. 1 DVD Arthaus Musik 101 684, code barre 807280168495. Format image : 16/9, son PCM Stéréo, Dolby Digital 5.0. Zone All. Durée : 88’

 

DVD_Arthaus_Jansons_Beethonev_cto3_Strauss_HeldenlebenLe label Arthaus Musik nous livre dans une même fournée la captation vidéo de trois concerts de à la tête de son excellent , enregistrés en 2011 dans la salle de la Philharmonie am Gasteig de Munich pour les deux premiers et en 2012 à Lucerne pour le troisième. Disponible aussi bien en DVD qu’en Blu-Ray, avec une image et un son plus haute définition sur ce dernier support, le DVD se contentant d’un son PCM de qualité CD (16 bits / 48 khz), ces trois concerts montrent un  chef et un orchestre en pleine possession de leurs moyens, tutoyant si ce n’est atteignant les sommets avec une remarquable constance.

Enregistré sans plus de précision de date que l’année 2011, le premier concert regroupe le Concerto pour piano et orchestre n°3 de Beethoven jouée par et le poème symphonique Une vie de héros de . Rompue à ce répertoire, la pianiste japonaise ne déçoit pas, sans pour autant nous surprendre tant elle est fidèle à elle-même. Toute emprunte d’un élégant classicisme, son interprétation économe en effet virtuose comme en amplitude dynamique tombe quand même assez juste. Si on en a connu plus fluides et poétiques, les phrasés chantent néanmoins sans forcer le trait et respirent avec naturel ce qui donnera un mouvement lent profond, simple et émouvant, alors que les mouvements vifs gardent une ligne musicale toujours claire. L’ampleur de l’Allegro con brio est impeccablement mesurée, d’autant que l’accompagnement de l’orchestre joue idéalement le rôle de partenaire musical par une présence affirmée qui pourtant ne tire jamais la couverture à lui, ajoutant par les couleurs instrumentales et les équilibres toujours remarquables trouvés par le surplus de teintes qui manque au piano au timbre peut-être un peu terne de . Incontestablement une belle version de concert, qui ne bouleverse pas la discographie, mais qui prend une belle place dans la vidéographie.

On avait déjà un enregistrement vidéo chez RCO Live datant de 2004 d’Une vie de héros dirigé par Mariss Jansons, alors avec le Concertgebouw d’Amsterdam. Si cette nouvelle version ne renouvelle pas fondamentalement la vision de ce chef, elle en apporte à l’évidence une superbe confirmation avec sans doute une expressivité plus directe et plus franche qu’en 2004. L’orchestre bavarois peut-être moins raffiné que son homologue batave, lui cède en pure soyeux des cordes mais compense par une densité plus musclée du propos sans jamais perdre la qualité et la richesse du son « Jansons » qu’on retrouve d’un orchestre à l’autre. La caractérisation des épisodes est encore plus nette, de la douceur des thèmes féminins au furieux des thèmes belliqueux où les cuivres de cet orchestres se montrent encore une fois époustouflants (contrairement au DVD RCO live les trompettes en coulisses resteront cette fois invisibles), en passant par l’émotion recueillie de la fin du héros. Conduite de main de maître par Mariss Jansons et exécutée avec une qualité instrumentale et des interventions solistes, dont le formidable violon solo du konzertmeister Anton Barachovski impossible à ne pas citer tant il crève l’écran, dignes des plus grandes phalanges, cette nouvelle version rejoint les toutes meilleures, audio et vidéo confondues.

DVD_Arthaus_Jansons_Mahler2Nouveau doublon Amsterdam – Munich avec la Symphonie n°2 de Mahler, RCO Live ayant publié le concert du 6 décembre 2009 en bonus de la version audio (RCO 10002). Les différences sont moins nettes ici, la conduite du discours notamment dans le premier mouvement tout en douceur et fluidité comparé au déchainement qu’y mettent certains, non sans succès d’ailleurs, ayant peu varié entre temps. On retrouve donc une interprétation intense et mesurée à la fois, qui atteindra son maximum d’émotion dans un final peut-être plus prenant ici qu’en 2009, et une partie vocale encore meilleure grâce au remarquable chœur de la Bayerischen Rundfunk également artisan d’un récent et formidable War Requiem, mais également des solistes où apporte un surplus d’engagement et d’intensité à   déjà présente en 2009. Originalité de ce concert, le lied Ich bin der Welt abhanden gekommen y était exécuté en ouverture dans une version a capella pour 16 voix, un arrangement réalisé par .

DVD_Arthaus_Jansons_Brahms2_Janacek_GlagoliticNon plus capté à Munich mais à Lucerne en mars 2012, le dernier concert de cette série en est peut-être le plus intéressant car s’il donne à entendre assez classiquement la Symphonie n°2 de Brahms jouée en première partie de concert, il se poursuit par une plus originale Messe Glagolitique de Janáček. Si on ne manque pas d’opus 73 brahmsien par ce chef, depuis sa période Oslo jusqu’à ses enregistrements amstellodamois en 2004 et munichois en 2006, la présente interprétation nous semble s’imposer parmi les récentes versions du chef comme plus dense et intense, plus ferme de ton, finalement plus aboutie et toujours magistralement dirigée. Les quatre mouvements trouvent immédiatement leur ton et leur cohérence, la progression de la douceur quasi pastorale du début de l’œuvre jusqu’à la jubilation libératoire finale y est impeccablement restituée par un orchestre en grande forme. Incontestablement une des réalisations les plus réussies, affirmées et cohérentes que nous ayons entendues ces derniers temps. Et si on dit que la messe de Janáček qui suit retrouve intégralement les grandes qualités du Brahms d’avant l’entracte, on aurait assez bien résumé cette nouvelle version qui inscrit cette œuvre dans la continuité de la musique classique et romantique. Dans cette optique la réussite est patente et le niveau d’exécution irréprochable, que ce soit du côté du chœur ou de l’orchestre, y compris l’excellente prestation à l’orgue d’Iveta Apkalna très bien captée par les caméras de Michael Beyer. Mais en jouant ainsi, Mariss Jansons retire sinon évacue de cette pièce tout caractère trop marqué, la privant sans doute d’une partie de sa personnalité au profit d’un classicisme néanmoins magistralement défendu.

Il ressort de cet ensemble d’enregistrements que cet orchestre bavarois a atteint sous la direction du chef letton un niveau d’excellence qui le rapproche fortement des rois du monde symphonique. Ainsi aucune des œuvres proposées ici n’y est en dessous d’un niveau d’accomplissement clairement élevé, et toutes méritent d’être entendues. Pour l’originalité de son couplage, le Lucerne serait le premier choix, mais dans l’absolue Une Vie de héros est irrésistible, et le Mahler recèle bien des beautés. Quant à la réalisation visuelle, elle est excellente et parfaitement maîtrisée par Brian Large et Michael Beyer, ce qui contribue à rendre ces vidéo plus que recommandables.

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