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La Lucia lumineuse et triomphante de Jessica Pratt

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-IX-2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano d’après le roman de Walter Scott « The Bride of Lammermoor ». Version de concert. Avec Jessica Pratt (Lucia) ; Paolo Fanale (Edgardo) ; Luca Salsi (Enrico Ashton) ; Riccardo Zanellato (Raimondo) ; Kevin Amiel (Normando) ; Xabier Anduaga (Lord Arturo Bucklaw) ; Valentine Lemercier (Alisa). Ensemble Lyrique Champagne Ardenne ; Orchestre National d’Ile de France, direction : Roberto Abbado.

 

Pratt-Jessica-Benjamin-EalovegaDans le cadre de l’hommage rendu à Maria Callas, à l’occasion du 40e anniversaire de sa disparition, le Théâtre des Champs-Élysées proposait pour ce premier concert de la saison l’opéra de Donizetti Lucia di Lammermoor, en version de concert. Un opéra emblématique du bel canto où la divine Maria laissa à tout jamais son empreinte. Ce soir, charge à la jeune soprano , qui a triomphé dans ce rôle sur les plus grandes scènes internationales, de la Scala de Milan au Metropolitan Opera de New-York, de soutenir ce lourd héritage. Un pari audacieux pour une première apparition parisienne, mais un pari réussi, avec toutefois quelques réserves.

Force est de reconnaître que et Maria Callas ne jouent pas dans le même registre. Là où Callas favorisait une lecture dramatique par sa vocalité sombre et son engagement scénique, défend une vocalité plus aérienne, peut-être plus en accord avec la voix de Fanny Tacchinardi-Persiani, créatrice du rôle lors la création au San Carlo de Naples en 1835. De plus, les dernières modifications de la distribution et les remplacements au pied levé de Gabriele Viviani et Ugo Rabec par et , n’ont probablement pas favorisé la cohésion et l’efficacité d’une mise en situation finalement assez fruste et statique, oublieuse de la théâtralité et du drame, pour ne mettre en avant que les prouesses vocales des différents protagonistes, réduisant de ce fait l’opéra à une succession d’airs et d’ensembles sans véritable ressort dramatique.

Ces réserves mises à part, la composante musicale fut un indiscutable succès, s’appuyant sur une distribution vocale homogène dans l’excellence, et dominée par Jessica Pratt. Celle-ci campe une Lucia de haute volée, évoluant de la rêverie juvénile initiale à la résistance désespérée pour finalement aboutir à la folie, usant d’une vocalité facile, au timbre lumineux, à la ligne d’une étonnante souplesse, aux vocalises parfaitement maitrisées, conquérant le public dès le « Regnata nel silenzio ». Un triomphe qui culmine avec la scène de la folie « Il dolce suono, Ardon gli incensi » suivie d’un émouvant « Spargi d’amaro pianto » là encore parfaitement mené, salué par le public et les musiciens et suivi d’une longue ovation de plusieurs minutes. Face à cette magnifique Lucia, les hommes ne sont pas en reste. Par la puissance et la noirceur de son chant, affirme toute la violence et l’autorité d’Enrico. À l’inverse, l’ampleur et la profondeur de la voix de Riccardo Zanalleto confère au personnage de Raimondo toute la solennité et la compassion nécessaires. La trop brève mais remarquée intervention de dans le rôle d’Arturo confirme la noblesse du timbre et le talent vocal indiscutable. Peut-être plus en retrait, notamment dans les ensembles, parvient à donner à Edgardo toute sa dimension dramatique dans son émouvant et ultime adieu « Tu che a Dio spiegasti l’ali » concluant l’opéra. Dans la fosse, l’Orchestre National d’Île-de-France s’avère excellent de bout en bout, vents et cuivres notamment, respirant avec les chanteurs sous la direction attentive et inspirée de , avec une mention toute particulière pour la clarinette de Myriam Carrier, la flûte d’Hélène Giraud, la harpe de Florence Dumont et le chœur de l’.

En bref, un bel hommage rendu à la mémoire de Maria Callas et la découverte à Paris d’une superbe soprano, Jessica Pratt, à suivre.

Crédit photographique : Jessica Pratt © Benjamin Eolovega

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