tous les dossiers(1)

Le grand écart des frères Le Borgne

David Le Borgne

Simon et David Le Borgne, 21 ans, sont frères jumeaux et tous deux danseurs. Simon a intégré le Ballet de l’Opéra de Paris en 2014 après ses études au sein de l’école de danse. Il fait partie du collectif 3ème étage, avec , qui propose au Théâtre Antoine ce mois-ci le spectacle Hors Cadre. Son cadet de quelques secondes, David, a étudié la danse classique puis contemporaine au Conservatoire national supérieur de Paris. Il a trouvé auprès d’ son premier engagement professionnel et poursuit la tournée mondiale de Nicht Schlafen, ballet créé en avril 2016.

« C’est important de renouveler ce qui nous nourrit et de faire partager à l’autre ce que nous découvrons. »

ResMusica : Où avez-vous étudié la danse ?

Simon Le Borgne : J’ai commencé la danse vers 7 ou 8 ans chez Jocelyne Watry à La Roche-sur-Yon, avant d’entrer à 9 ans à l’école de danse de l’Opéra de Paris. C’est en faisant un stage d’été que les choses se sont accélérées. Je n’étais pas du tout formé, mais on m’a conseillé de me présenter aussitôt et j’ai été admis. Je prenais aussi des cours de clavecin et de contrebasse, donc j’aimais la musique et j’appréciais le côté sportif de la danse parce que j’avais besoin de me dépenser. Au départ, le changement de vie a été assez radical, même si je revenais tous les week-ends. On ne se voyait plus le matin et le soir…

David Le Borgne : Stimulé par l’exemple de Simon et désireux de le rejoindre à l’internat, j’ai moi aussi commencé la danse chez Jocelyne Watry à 11 ans pour tenter le concours de l’Opéra. Parallèlement, je suivais des cours de hip-hop dans une association de la ville. J’ai intégré le Conservatoire d’Angers en 5ème, puis j’ai passé deux ans au CNR et deux ans au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, où j’ai découvert la danse contemporaine, l’improvisation et la danse contact. J’aimais la rigueur physique et le dépassement que l’on trouve dans le classique, mais je ne trouvais pas matière à m’y épanouir. C’est au Conservatoire que j’ai vraiment mis le classique de côté. Pour passer du cursus académique au cursus contemporain, il a fallu passer des tests !

RM : Pourquoi avez-vous eu envie de changer de cursus ?

DLB : La découverte de l’improvisation dans un workshop de Julian Hamilton a constitué la première étape du chemin qui m’a donné envie de faire de la danse mon métier. C’est encore aujourd’hui ce qui est le plus vivant dans ma pratique de la danse, avec des enseignants comme Didier Silhol, que je suivais en dehors du Conservatoire dans des « laboratoires » avec des danseurs plus âgés. Ces stages m’ont donné envie de m’intéresser à ce qui se passait en Belgique. Des élèves du CNSMDP en cursus contemporain m’ont fait découvrir Rosas danst Rosas d’, Blush de Wim Vandekeybus et Out of context d’. Out of context a été un choc ! Je n’avais jamais vu des danseurs bouger sur scène comme cela. C’est devenu une obsession, un rêve, de rentrer un jour aux Ballets C de la B. J’avais 16 ans et j’en ai fait mon objectif.

RM : Quand avez-vous transformé cet objectif en réalité ?

DLB : À 18 ans, juste avant de passer mon diplôme, j’ai vu sur Internet une annonce pour une audition chez Alain Platel. J’ai envoyé des vidéos d’improvisation, réalisées de façon très spontanée par un ami pendant les vacances. Pendant ces deux minutes de vidéo, j’ai essayé de donner le meilleur de ce que je pouvais danser. Lorsqu’Alain Platel m’a invité à le rencontrer, j’étais très intimidé, mais nos personnalités ont bien connecté et nous avons tout de suite établi un bon dialogue. Il a apprécié ce qu’il a appelé mon côté « bohême », le fait que je sois venu auditionner en revenant de Roumanie, au milieu d’un périple Interrail !

Simon Le Borgne

Simon Le Borgne

RM : Cette obsession de David a-t-elle eu un impact sur votre parcours, Simon ?

SLB : Quand j’ai commencé à découvrir ce monde de la danse contemporaine belge et ses danseurs, cela m’a fait opérer un changement de cap, tout en restant dans un cadre classique. David m’a sensibilisé à l’improvisation et à la danse contact que j’ai commencé à pratiquer davantage. En découvrant l’improvisation, j’ai exploré ma propre manière de bouger et de m’exprimer. Encore maintenant, cela continue à m’inspirer…

DLB : C’est important de renouveler ce qui nous nourrit et de faire partager à l’autre ce que nous découvrons. Dans les stages, même jeunes, nous nous retrouvions pour les cours de hip-hop ! Aujourd’hui, nous nous envoyons des vidéos, des références de livres, de la musique, des choses « nourrissantes »…

SLB : C’est à l’école de danse de l’Opéra que j’ai eu mon premier contact avec la danse contemporaine via le néoclassique. J’ai dansé Symphonie en trois mouvements et Aunis pour le spectacle de l’école. La première création qui m’a marquée dans la compagnie est Iolanta/Casse-Noisette, dans laquelle trois chorégraphes intervenaient. C’était la première fois que j’avais une place à moi. Les applaudissements ne se mangent pas de , a été une expérience marquante aussi, puisque c’était la première fois que je travaillais avec un petit groupe de danseurs. J’ai participé à la création de The Season’s Canon, de Cristal Pyte, mais la chorégraphie était déjà très élaborée. C’est dans Symphonie de Psaumes de Jiří Kylián, plus néoclassique, que j’ai vécu l’expérience la plus enrichissante, car c’était la première fois que je dansais autant de pas de deux dans ce style très épuré et fluide. Je fais aussi partie, avec une quinzaine de danseurs de l’Opéra, de 3ème étage, la compagnie de  et , où je trouve un terrain assez large pour m’exprimer en tant qu’interprète.

RM : Comment voyez-vous vos deux modes de vie respectifs ?

SLB : Je suis sédentaire, tandis que David est nomade. La vie de tournée de David est très éloignée de ce que je vis au quotidien. Je suis plus stable, engagé en CDI depuis un an… En revanche, je suis plus instable au niveau artistique, c’est la différence entre une compagnie de répertoire et une compagnie de création. David a travaillé la même pièce pendant plus d’un an !

DLB : Il n’y a pas de cours aux Ballets C de la B, alors que Simon prend un cours tous les jours. En guise de cours quotidien, je fais beaucoup d’étirements, de yoga, de musculation et de l’improvisation. Pendant la création de Nicht Schlafen, je travaillais sur des qualités particulières d’improvisation dans l’optique de la création. Je cherchais à améliorer ma façon de bouger, à prendre conscience des nuances en plaçant des virgules, des espaces où il le fallait. Actuellement, comme la tournée est intense, j’ai surtout besoin de m’étirer. Je fais de la musculation après le spectacle, parce qu’il me prend beaucoup d’énergie !

SLB : Il faut adapter l’entrainement à notre état physique. À certains moments, on est presque davantage en mode « survie », pour ne pas se faire mal. Sinon, comme beaucoup de danseurs, je fais aussi des exercices de musculation, de kiné, de proprioception en plus des cours quotidiens de classique et de mon propre échauffement adapté.

« Je suis sédentaire, tandis que David est nomade. […] En revanche, je suis plus instable au niveau artistique, c’est la différence entre une compagnie de répertoire et une compagnie de création. »

RM : Quels sont vos prochains projets ?

DLB : Je me donne un an pour créer un solo et j’ai envie d’animer un workshop autour de la création d’un personnage, pour clore la recherche menée sur Nicht Schlafen. En juillet, j’ai participé avec d’autres jeunes de ma génération, plasticiens, ingénieurs du son, circassiens, à une résidence artistique dans le Var. L’objectif de ce collectif est de rassembler des jeunes entre 18 et 25 ans, en fin d’études ou au début de leur vie professionnelle, qui se connaissent à travers le réseau des écoles nationales. C’est le projet pilote d’un événement qui pourra ensuite être transformé en festival.

SLB : Fin août, nous sommes partis ensemble en Grèce sur le mont Pélion, en Thessalie, où vivaient les centaures. Nous avons le projet d’un court métrage et nous nous sommes intéressés à leur barbarie, en allant de plans réalistes à des plans fictifs. À la rentrée, j’ai dansé dans la deuxième distribution du Faune de , pour le Gala du Ballet de l’Opéra de Paris. J’ai aussi un certain nombre de dates programmées avec la compagnie 3ème étage.

Crédits photographiques : Portrait de David Le Borgne © Chris van der Burgt/Ballets C de la B – Portrait de Simon Le Borgne © Ouest-France

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.