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Michel Chapuis, l’orgue retrouvé

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Le grand organiste français vient de nous quitter à l’âge de 87 ans. Chef de file du renouveau de l’orgue en France dès le début des années 50, il a marqué profondément le monde de la musique ancienne depuis plus d’un demi-siècle par ses qualités de professeur, de concertiste et d’expert en facture d’orgue.

était né à Dole dans le Jura en janvier 1930. Dès son plus jeune âge, il fut attiré par les splendeurs et les mystères du grand orgue Riepp de la collégiale, ce qui fit naître sa vocation de musicien et d’organiste. Il prit ses premiers cours avec Émile Poillot, organiste à la cathédrale de Dijon. Par la suite, il étudia à l’école César Franck à Paris auprès d’Édouard Souberbielle qui lui enseigna la manière d’aborder les œuvres du répertoire ancien. Il obtint également en 1950, après seulement un an d’études, un premier prix d’orgue dans la classe de Marcel Dupré au Conservatoire de Paris. À partir de ces années-là, il fut organiste de diverses tribunes parisiennes : orgue de chœur de Notre-Dame, Saint-Germain des Prés, Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Nicolas des Champs, instruments sur lesquels il put mettre en pratique ses découvertes sur la musique ancienne française, notamment l’ouvrage d’Eugène Borrel sur les notes inégales. Ainsi, devint le chef de file d’une nouvelle génération d’organistes, la « jeune génération », sensible à l’écoute et aux enseignements des vieux instruments des XVIIe et XVIIIe siècles. Aux côtés de ses amis , André Isoir, , et plus tard , il permit l’essor de ce grand mouvement au service d’interprétations et de restaurations d’orgues retrouvées.

En 1964, il fut nommé titulaire de l’orgue de l’église Saint-Séverin à Paris reconstruit par Alfred Kern et dont il supervisa la restauration. Il y développa une approche nouvelle de l’accompagnement liturgique où l’orgue occupe une place lumineuse, attirant par sa présence éblouissante des foules toujours plus nombreuses. Il partagea alors ses fonctions avec d’autres musiciens, renouant ainsi avec la pratique des organistes par quartier remontant à l’Ancien Régime. En parallèle à ses activités d’interprète, il a œuvré pour la restauration des orgues historiques de la manière la plus authentique possible, en conformité avec la conservation du patrimoine, aidant par ses connaissances les facteurs d’orgue dans la manière de retrouver les gestes des artisans d’autrefois.

Michel Chapuis a toujours pratiqué et enseigné l’improvisation sur le modèle des formes musicales de la musique ancienne présent dans les livres d’orgue baroques, en particulier en France et son grand plein-jeu avec cantus firmus, et en Allemagne avec la grande forme harmonisée et fuguée basée sur le choral luthérien. Il prodigua cet enseignement au conservatoire de Strasbourg de 1956 à 1979, puis à Besançon jusqu’en 1986. Par la suite, il fut nommé professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, poste qu’il honora jusqu’en 1996. Par ailleurs, il a enseigné au sein de diverses académies d’été à Saint-Maximin, Saint-Bertrand de Comminges, Sète et en Bourgogne. En 1995, il devint titulaire de l’orgue de la chapelle royale de Versailles, orgue reconstruit comme à son origine par Jean-Loup Boisseau et Bertrand Cattiaux. Michel Chapuis était membre de la Commission nationale des monuments historiques et expert auprès des Beaux-Arts. Il était Officier de la Légion d’nonneur et Commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Tous ceux qui auront eu la chance de connaître cet artiste, d’avoir travaillé avec lui ou tout simplement de l’avoir entendu en concert, garderont le souvenir d’un artiste serein et rayonnant. À ces occasions, de grands moments musicaux attendaient ses admirateurs, dont ces fameuses improvisations finales où il se livrait complètement par la musique : un thème de choral ou tout autre, simplement sorti de son inspiration de l’instant, un rythme simple en harmonie avec le pas de l’homme, tout cela s’amplifiant peu à peu en une inexorable montée en puissance aboutissant enfin à une explosion rayonnante de joie et d’envahissement sonore. Parti de l’humain, il nous amenait tout naturellement au céleste. Grâce à lui, trois générations de musiciens se sont déjà nourris de son immense érudition.

Il laisse une impressionnante discographie, riche d’intégrales largement récompensées par la critique (Bach, Buxtehude, Bruhns, Lübeck, Grigny, Boyvin, Couperin…) ainsi que diverses collections pédagogiques sur de nombreux orgues historiques. Michel Chapuis était un musicien capable d’émouvoir profondément ses auditeurs, ce qui est rare à l’orgue, au travers d’un riche répertoire à l’interprétation renouvelée, de ses improvisations ainsi que de ses accompagnements dont il avait le secret, sachant révéler la force d’un choral comme nul autre. Michel Chapuis s’est endormi dans la paix ce 12 novembre 2017 après-midi à l’écoute d’une fugue de Bach.

Crédit photographique : © Frédéric Muñoz

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