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Dang Thai Son redécouvre Paderewski

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) : Mélodie op. 16 n° 2 ; Nocturne op. 16 n° 4 ; Élégie op. 4 ; Légende op. 16 n° 1 ; Danses polonaises op. 5 ; Menuet op. 14 n° 1 ; Concerto pour piano op. 17. Dang Thai Son, piano. Philharmonia Orchestra, direction : Vladimir Ashkenazy. 1 CD Institut Frédéric Chopin de Varsovie. Enregistré à Varsovie (Pologne) le 27 août 2015 (concerto) et les 16-17 mai 2017 (pièces pour piano seul). Textes de présentation en anglais et polonais. Durée : 69′32’’

 

Les Clefs d'or 2017

Thai Son

En 2016, nous avons chroniqué l’enregistrement de Nelson Goerner consacré à Paderewski et à Martucci. Aujourd’hui, l’Institut Frédéric Chopin de Varsovie nous propose le même concerto du compositeur polonais, mais dans l’interprétation de , lauréat du premier prix au Concours Chopin en 1980. Voici une belle occasion de faire la connaissance de cette partition méconnue.

Cette nouvelle production est dévolue entièrement à l’œuvre d’, ce compositeur et homme politique polonais dont chaque apparition sur scène suscitait les applaudissements de la foule et pour lequel ResMusica a consacré un portrait. Sa consécration, d’après divers témoignages de l’époque, était plus grande encore que celle de Josef Hofmann ou Arthur Rubinstein, et ce, en dépit des moyens techniques moins significatifs que ceux dont pouvaient se prévaloir ses glorieux rivaux compatriotes. Ce Paderewski dont l’arrivée à Poznań en décembre 1918 fut pour les Polonais une vive impulsion pour lancer l’insurrection de Grande-Pologne, ce qui illustre à quel point sa personnalité était charismatique. Doué, Paderewski a solidement établi sa réputation de compositeur. Il a fait représenter son unique opéra au Met de New York, et son Menuet en sol a été interprété (et enregistré !) par tous les importants pianistes d’avant la guerre.

a donc raison de nous faire parvenir ces quelques miniatures fascinantes et ce Concerto délectable, d’autant plus que ses prestations, baignées dans une atmosphère intimiste favorisée par la délicatesse des timbres, sont de hautes qualités et semblent ne pas avoir de points faibles. C’est ainsi que les œuvres pour piano seul sont présentées avec un sens du toucher extraordinaire, avec cette douceur et cette finesse des couleurs renvoyant aux meilleures traditions « chopiniennes » dont les Polonais sont particulièrement fiers. Parmi ces morceaux de salon proposés avec raffinement et bon goût, on trouve aussi bien des formes « classiques » (mélodie, élégie, légende et menuet) que celles qui ont été rendues célèbres par Chopin même, soit le nocturne, la mazurka et le krakowiak. Pour ce qui est de ces danses polonaises, le soliste sait bien mettre en valeur (et ce, de manière parfaitement juste) leurs rythmes compliqués, tout en « chantant » leurs cantilènes plutôt qu’en « jouant » des notes. Ses interprétations sont envahies par une sorte de mystère sauvage (le Krakowiak op. 5 n° 1), d’idylle amoureuse (la Mazurka op. 5 n° 2) et d’ambiance magique (le Krakowiak op. 5 n° 3).

Le légendaire Menuet en sol, morceau de salon dans le meilleur sens du mot, est à son tour exécuté avec une légèreté de mains étonnante, mais aussi avec beaucoup d’énergie qui s’excite et, semble-t-il, ne veut plus s’arrêter.

Dans le Concerto en la mineur, Dang Thai Son se voit accompagné par le dirigé par . Bien que ce soit un enregistrement live, nous sommes pleins d’admiration pour la diversité et la pureté des timbres de l’instrument soliste, tantôt chaleureux, tantôt pathétiques, tout autant que ceux qui différencient l’épaisseur et la densité de la pâte orchestrale ; surtout que le chef russe donne à cette partition un relief formidable. On notera encore que le brio dont cette prestation fait preuve tout au long des trois mouvements (dans le finale, peut-être un peu moins éclatant que l’énergie qui nous a été offerte par les doigts précis de Nelson Goerner) est ici prodigieusement charmant ; tout comme la cadence, dominée par la puissance du son, une fermeté de conception et une justesse d’expression teintée de nostalgie. C’est ici qu’il convient de souligner que, mis à part la vivacité, cette exécution se caractérise par un lyrisme débordant de sensibilité et parfois de tristesse, aussi sublime que profonde, par exemple dans le dialogue qui se fait entre le piano et le violon (puis, le violoncelle et toutes les cordes) dans le mouvement central.

Ce magnifique disque, à se procurer sans hésitation, est une nouvelle référence qui s’impose pour la musique d’. On y trouve la quintessence de l’âme polonaise.

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