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Des Troyens de référence sous la baguette de John Nelson

À emporter, CD, Opéra

Hector Berlioz (1803-1869) : Les Troyens Grand opéra en cinq actes sur un livret d’Hector Berlioz d’après les livres I et IV de l’Énéide de Virgile. Avec : Michael Spyres, Énée ; Stéphane Degout, Chorèbe ; Philippe Sly, Panthée ; Nicolas Courjal, Narbal ; Cyrille Dubois, Iopas ; Marianne Crebassa, Ascagne ; Marie-Nicole Lemieux, Cassandre ; Joyce di Donato, Didon ; Hanna Hipp, Anna ; Stanislas de Barbeyrac, Hylas ; Jean Teitgen, l’ombre d’Hector. Chœurs de l’Opéra National du Rhin (chef de chœur : Sandrine Abello) ; Badischer Staatsopernchor (chef de chœur : Ulrich Wagner) ; Chœur Philharmonique de Strasbourg (chef de chœur : Catherine Bolzinger). Orchestre Philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson. 4 CD + 1 DVD bonus Erato. Enregistré les 11 et 18 avril 2017 Salle Erasme Strasbourg. Durée : 3 h 55 + DVD 85’.

 

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Les Troyens NelsonCe nouvel enregistrement des Troyens, monument berliozien souvent mutilé au gré des représentations, dont le compositeur n’aura jamais vu la totalité sur scène,  a été capté lors des représentations strasbourgeoises dirigées par John Nelson au printemps 2017, et est assurément un événement discographique.

Les Troyens furent longtemps mal aimés en France, considérés comme trop long et trop lourd à monter, mais aujourd’hui la critique est quasiment unanime. La création française intervint en 1920 à Rouen, suivie de la première à l’Opéra de Paris en 1921. Il faudra attendre les représentations au Covent Garden de Londres en 1957, mais en anglais, pour découvrir Les Troyens dans leur intégralité, et enfin l’Opéra de Paris donna l’œuvre presque complète en une seule soirée, amputée des ballets, lors de l’ouverture de l’Opéra Bastille, soit 70 ans après Rouen. On ne saurait oublier la mémorable production de John Eliott Gardiner au théâtre du Châtelet en 2003 avec la Cassandre d’Anna Caterina Antonacci et la Didon de Susan Graham (DVD Opus Arte).

On ne peut pas dire que la discographie de l’ouvrage soit pléthorique, même si elle est presque toujours de qualité. Les Britanniques nous ont devancés dans la découverte et l’excellence du service de Berlioz, à commencer par une quasi intégrale de la BBC en 1947 avec Marisa Ferrer, Irène Joachim, Jean Giraudeau et Charles Cambon sous l’énergique baguette de Sir Thomas Beecham, à la tête de son Royal Philharmonic Orchestra (3 CDs Malibran). Il y eut par deux fois, en 1969 et 2000, Sir Colin Davis, hautement recommandable, qui fit tant pour Berlioz tout au long de sa carrière, Georges Prêtre en 1969 avec un enregistrement difficile à trouver (Melodram) et un superbe disque d’extraits avec Régine Crespin dans les deux rôles de Cassandre et Didon (EMI Studio, 1965) et enfin Charles Dutoit, très complet, mais décevant (Decca, 1995).

Réussite pour un casting de luxe

C’est dire les espoirs que l’on fondait sur cette production strasbourgeoise et l’on peut s’estimer comblés. Si l’ avait travaillé l’ouvrage avec Michel Plasson lors de représentations à l’Opéra du Rhin en 2006, dont on regrette qu’il n’en subsiste pas de trace, ni audio, ni vidéo, le choix du chef américain s’avère des plus judicieux. Ce berliozien accompli fréquente ce monument avec bonheur depuis quelque quarante cinq ans selon une passion inentamée. Plus qu’accompagner, il fait chanter l’orchestre et impulse un souffle vivifiant à l’ensemble, attentif aux moindres détails de la partition, comme à l’architecture d’ensemble. Sa direction d’une énergie contagieuse adopte aussi une tendresse infinie et une fine sensualité selon les scènes. Avec une soixantaine de cordes et les six harpes requises par Berlioz, il offre le plus beau des écrins à une distribution superlative dont les voix proviennent plus de l’expression rossinienne que des puissances vocales chères à Wagner. Le sens de la langue et la diction précise de cette équipe internationale force l’admiration. Chaque intonation sonne juste et le texte est toujours compréhensible, ce qui n’est pas si fréquent à l’opéra.

donne vie à une Cassandre impressionnante d’humanité et de densité tragique à côté du Chorèbe de , dont la ligne vocale présente une éloquence parfaite. En prise de rôle, la Didon de mérite tous les éloges. Bouleversante, fascinante par une émission d’une homogénéité admirable, elle se consume dans son personnage où la reine devient femme. L’Énée de ne présente pas la voix d’airain d’une tradition bien implantée, mais sa technique remarquable et sa fine musicalité en font un digne héros à la voix souple et une diction française parfaite.

Il n’y a pas de petits rôles, tant la musique de Berlioz est intense, mais des interventions plus brèves, qui n’en sont pas moins remarquables. L’Ascagne juvénile de fait merveille, tout comme l’Hylas solaire de Stanislas de Babeyrac et l’Iopas touchant de qui rivalisent de style et d’élégance. S’ajoutent l’excellent Panthée de Philippe Sly et l’Anna convaincante d’. Enfin, que dire des trois chœurs magnifiquement préparés par Sandrine Abello, Ulrich Wagner et Catherine Bolzinger, qui s’accordent en une belle unanimité ? Le DVD bonus reprenant une douzaine de numéros, donne une idée de l’atmosphère chaleureuse et enthousiaste, qui a présidé à cette production, ainsi que de la connivence partagée entre les chanteurs et le chef.

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  • Michel LONCIN

    ENFIN !!! Berlioz, successivement bonapartiste, légitimiste, orléaniste et RE bonapartiste … c’est-à-dire TOUT sauf républicain … ce dont il a tant pâti !) s’imposerait-il au « pays » de la « république » française …sa PATRIE ?
    A quand alors la réhabilitation pleine et entière de « Benvenuto Cellini » en sa version originale, parisienne, tombée sous les sifflets d’une cabale, le 10 septembre 1838 que … Berlioze lui-même, traumatisé par ses multiples échecs, et Liszt ont « massacré » à Weimar … ?

  • LP

    Tres belle version effectivement. Mais je croise toukours les doigts pour que le Met sorte un jour en DVD leur production recente avec Susan Graham and Bryan Hymel.

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