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Me souvenir par Philippe Fénelon

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Philippe Fénelon. Déchiffrages. Une vie en musiques. Riveneuve éditions. 341 p. Octobre 2017.

 

DechiffragesLe compositeur tient un journal depuis l’âge de 18 ans : exercice de mémoire dit-il, qui lui servirait un jour à raconter son parcours de musicien et sa trajectoire de compositeur. C’est chose faite dans cet important volume qui, tout en respectant une certaine progression chronologique, ouvre un champ de pensée foisonnant, dans un chassé-croisé temporel qui balaie quelques quarante-cinq années d’une existence en musiques.

Si le premier chapitre (Lecture à vue) s’attache à l’apprentissage du piano à Orléans et la rencontre de pédagogues influentes (Claude Ardent, Janine Coste…), c’est à son père d’abord, rescapé des camps de la mort, et à ce qui fut le traumatisme d’enfance du jeune Philippe, que sont consacrées les toutes premières pages du livre (Une apocalypse).

En 1970, avant même de rentrer dans la classe de celui qui fut son seul maître, , visite Bayreuth à l’occasion des Rencontres Internationales de Jeunes. Émerveillé par Siegfried et le drame wagnérien, il l’est plus encore par qui, par la magie d’un geste, lui révèle sa vocation de compositeur : « Le lendemain de cette mémorable soirée, je me mis simplement à écrire » conclut-il. Un attachement profond et durable le lie à qui le conforte dans l’idée « de l’indépendance et de la liberté qu’un artiste doit conserver toute sa vie ».

« […] Il faut apprendre à laisser de l’espace entre le projet et soi-même, à savoir donner de la respiration à son activité, à ne pas s’obséder tout en étant attentif à ce que l’on fait, à se détendre pour se ressourcer ». Cette longue sentence pleine d’enseignement anticipe le contenu du deuxième chapitre, L’harmonieux forgeron. Les lectures, les concerts, les voyages, les rencontres, la collaboration avec les interprètes sont autant de stimuli à l’activité d’écriture et aux nombreux projets mis en route et parfois abandonnés. Le titre à la Cortazar du troisième chapitre, Quatre-vingts mondes, dessine, à la manière de l’écrivain argentin, « la cartographie personnelle » du compositeur : pêle-mêle d’observations, réflexions et visions sur les écrivains, musiciens et autres artistes d’élection, évoqués au fil des voyages et pays abordés qui alimentent ses carnets: la Bulgarie, Paris, Barcelone, Copacabana, au large de l’île de Sumbawa, Prague, Deià, Moscou, Séville, Cheverny, Orléans ou encore Hikkaduwa où le compositeur échappe par miracle au tsunami qui arrive sur les côtes de Sri Lanka…

Backstage, la dernière partie du livre, est un focus sur l’opéra, un genre que ce dramaturge-né appelle de ses vœux : « Depuis le premier voyage à Bayreuth en 1970, qui a donné un sens à ma vie de compositeur, j’ai erré dans les opéras de Wagner […] » souligne Fénelon qui revient une fois encore sur l’importance du corpus wagnérien, « monument indescriptible sur lequel repose l’histoire de la musique depuis la fin du XIXᵉ siècle ». Huit ouvrages lyriques s’inscrivent aujourd’hui à son catalogue. La diversité des livrets (qu’il écrit majoritairement lui-même), du Chevalier imaginaire (Cervantes) à JJR (Citoyen de Genève) (Rousseau), en passant pas Salammbô (Flaubert), Faust (Lenau), Les Rois (Cortazar), Judith (Hebbel), La Cerisaie (Tchekhov), Flaubert et Voltaire, témoigne de la richesse de la sphère littéraire dans laquelle il évolue et de cette passion partagée pour la musique et le théâtre qui ne l’a jamais quitté.

La trajectoire est impressionnante et laisse imaginer les longues heures de travail à la table dont le compositeur tait tout à la fois la solitude et l’endurance.

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