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La Cerisaie, unique création de la saison de l’ONP

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Paris, Palais Garnier. 30-I-2012. Philippe Fénelon (né en 1952) : La Cerisaie, opéra en douze scènes, un prologue et un épilogue sur un livret d’Alexei Parine d’après la pièce d’Anton Tchekhov. Création mondiale en version scénique. Mise en scène et lumières : Georges Lavaudant ; décors et costumes : Jean-Pierre Vergier ; chorégraphie : Thomas Stache. Avec : Elena Kelessidi, Liouba ; Marat Gali, Lionia ; Alexandra Kadurina, Gricha ; Ulyana Aleksyuk, Ania ; Anna Krainikova, Varia ; Igor Golovatenko, Lopakhine ; Misha Schelomianski, Charlotta ; Svetlana Lifar, Douniacha ; Alexey Tatarintsev, Iacha ; Ksenia Vyaznikoya, Firs ; Thomas Bettinger, un invité ; Julie Mathevet, Andrea Soare, Andrea Hill, Anna Pennisi, quatre jeunes filles. Choeur de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Tito Ceccherini

Seul ouvrage contemporain à l’affiche de la saison de l’Opéra national de Paris, La Cerisaie de a déjà été donnée en 2010 au Théâtre du Bolchoï, dans le cadre des manifestations France/Russie, dans une version de concert. C’est donc la création scénique, signée , qui nous est proposée pour sept représentations. Le casting, majoritairement russe, était celui des voix du Bolchoï. C’est le sixième opéra d’un compositeur qui honore sa quatrième invitation à l’Opéra de Paris (après Salammbô, Judith et Faust) et qui vient de terminer son septième ouvrage lyrique, commandé par l’opéra de Genève pour le tricentenaire de la naissance de .

L’idée de concentrer l’histoire de La Cerisaie au moment du bal du troisième acte de la pièce de Tchekhov est tout à la fois pertinente et séduisante. Le spectacle se donne dans un décor unique, élevant en fond de scène des arbres formant une sorte de grand arceau de bois tressé, très élégant, sur lequel vont jouer les éclairages pour en varier les perspectives. La danse est ainsi associée, de manière presque métaphorique, aux scènes voire aux personnages de l’opéra: la valse de Liouba, la Polka de Douniacha, le fox-trot de Charlotta… Elle permet à de créer un mouvement scénique intéressant, parfois stylisé en pas de danse pour les personnages ; l’apparition d’une danseuse étoile effectuant quelques savantes trajectoires en pointes et tutu blanc participe de ce climat onirique qui règne dans une société pleurant un paradis perdu: celui que chantent, à plusieurs reprises, le chœur des jeunes filles, avec une grâce infinie et dans la stylisation du chant populaire. Le choix de placer en fond de scène le petit orchestre de bal mentionné par Tchekhov – étoffé ici à 12 musiciens – s’avère en revanche d’une efficacité beaucoup plus douteuse.

Le livret du moscovite Alexei Parine – rencontré par hasard par le compositeur, un soir à Garnier ! – nous introduit, dès le prologue, dans l’ultime fête organisée, en guise d’adieu, par la maîtresse des lieux Liouba qui vient de céder à regret sa propriété au moujik Lopakhine devenu riche marchand. L’atmosphère est à la nostalgie dans ce bal où vont se croiser les trois générations de la phalange familiale qui s’interroge sur son avenir; chacune des douze scènes s’attache à la caractérisation psychologique des personnages qui, quoiqu’ils en disent, restent figés dans leurs souvenirs. D’un acte à l’autre, l’animation va descrescendo : plus d’orchestre et de chœur sur scène dans la deuxième partie qui semble retenir le temps jusqu’à « la ronde éternelle » de l’épilogue.

s’attaque à la langue russe et à la vocalité qu’elle induit en cherchant une caractérisation vocale pour chaque personnage: la jeune Ania, qui dit espérer une nouvelle existence à la ville, se distingue par sa tessiture de colorature aux élans straussiens dont la soprano Ulyana Aleksyuk possède la vaillance sans le brillant. Le timbre sans grâce et le chant peu soutenu du ténor dans le rôle du fils Liona retient peu l’attention mais on apprécie la jolie voix, point trop vibrée, de Anna Krainikova en Varia (la fille adoptive) et la fraicheur du mezzo d’ faisant revivre, le temps d’un flash back, le jeune Gricha qui s’est noyé dans la rivière. A côté du couple de valets – pétillants Svetlava Lifar et Alexev Tatarintsev – le rôle de la gouvernante allemande Charlotta, magicienne à ses heures, est chanté par la basse bouffe de dont on aurait souhaité plus de relief théâtral; quant au mezzo très large et molto vibrato de , il campe un Firs un rien litanique et monocorde, restant seul avec ses souvenirs dans une maison qui sera sa dernière demeure. Si la voix robuste et timbré d’ sied bien au moujik Lopakhine, la couleur flamboyante de la soprano , incarnant une Liouba de caractère, déchirée entre désir amoureux et repentirs, convainc dans son grand monologue du deuxième acte .

Là où l’on attendait davantage d’épure sonore pour accompagner cette méditation sur la fuite du temps, la partie orchestrale de Philippe Fénelon, conduite par le chef italien , reste en revanche tout du long souvent profuse, voire confuse: l’effet de surimpression, en soi intéressant, de l’orchestre de scène n’atteint pas l’effet escompté; s’autorisant la liberté de mêler tous les styles et tous les genres – de Tchaïkovski à Messiaen en passant par Moussorgski, Stravinsky, Schoenberg, Strauss ou Wagner – sous prétexte d’interroger la mémoire, Philippe Fénelon écrit une musique qui se veut, certes, distanciée mais qui finit par perdre son efficacité dramatique et passe à côté de l’émotion.

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Paris, Palais Garnier. 30-I-2012. Philippe Fénelon (né en 1952) : La Cerisaie, opéra en douze scènes, un prologue et un épilogue sur un livret d’Alexei Parine d’après la pièce d’Anton Tchekhov. Création mondiale en version scénique. Mise en scène et lumières : Georges Lavaudant ; décors et costumes : Jean-Pierre Vergier ; chorégraphie : Thomas Stache. Avec : Elena Kelessidi, Liouba ; Marat Gali, Lionia ; Alexandra Kadurina, Gricha ; Ulyana Aleksyuk, Ania ; Anna Krainikova, Varia ; Igor Golovatenko, Lopakhine ; Misha Schelomianski, Charlotta ; Svetlana Lifar, Douniacha ; Alexey Tatarintsev, Iacha ; Ksenia Vyaznikoya, Firs ; Thomas Bettinger, un invité ; Julie Mathevet, Andrea Soare, Andrea Hill, Anna Pennisi, quatre jeunes filles. Choeur de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : Patrick-Marie Aubert), Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Tito Ceccherini

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