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L’Opéraphone de la Comédie Saint-Michel révèle des divas enchanteresses

La Scène, ResBambini, Spectacles Jeune public

Paris. Comédie Saint-Michel. 03-II-2018. Opéraphone, ou le gramophone enchanté. Henry Purcell (1659-1695) : Duo « Sound the trumpet » ; Charles Gounod (1818-1893) : Air des bijoux extrait de Faust, Valse de Juliette extraite de Roméo et Juliette ; Georges Bizet (1838-1875) : Duo des cartes et chœur final « Voici la quadrille », extraits de Carmen ; Giacomo Puccini (1858-1924) : Valse de Musetta extrait de La Bohème ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : « Via resti Servita » des Noces de Figaro, chœur des clochettes extrait de La flûte enchantée ; Gioachino Rossini (1792-1868) : « Une voce poco fa » extrait du Barbier de Séville ; Le duo des chats ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : Chœur « Le Sorelle Vagabonde » extrait de Macbeth ; Léo Delibes (1836-1891) : Duo des fleurs extrait de Lakmé. Auteurs et mise en scène : Anne-Sophie Honoré et Marie Nicot. Avec : Anne-Sophie Honoré et Marie Nicot, sopranos.

Operaphone_Elise Llinares 2Actuellement présenté à la Comédie Saint-Michel, L’Opéraphone ou le gramophone enchanté des deux sopranos et est un spectacle musical jeune public d’une qualité remarquable. Trame très bien ficelée, rythme soutenu, jeu théâtral pleinement abouti et extraits d’opéras maîtrisés de bout en bout : espérons qu’un grand nombre de petits spectateurs croisent un jour les grandes divas Pénélope et Rosalie.

D’un site web de financement participatif à une nomination aux P’tits Molières, et ont fait du chemin. Mais quand on sait le parcours de l’une comme de l’autre (pédagogues, a obtenu un Master au CNSMDP en se spécialisant dans le spectacle jeune public, alors que Marie Nicot est diplômée de la Ville de Paris en Éducation Musicale), on se dit surtout que ces deux artistes sont incontestablement faites pour ce genre de spectacles. Non seulement elles sont loin d’être des chanteuses lyriques de « seconde zone » (elles interprètent aussi toutes deux les grands rôles d’opéra au sein d’institutions réputées), mais en se produisant chaque samedi pour les petits mélomanes, elles ont surtout l’audace de se confronter à un public très exigeant. À l’Opéra de Paris, les manifestations de désapprobation ne viennent en principe qu’au moment des saluts par de violentes huées et autres signes de reproche ; à la Comédie Saint-Michel, la réaction des enfants est immédiate, entre chuchotements, fatigue, et/ou pleurs d’ennui comme d’incompréhension.

Mais quand Pénélope (Anne-Sophie Honoré) descend de scène pour caresser de son boa à plumes chaque petit menton, ce sont des regards médusés et des airs captivés auxquels elle fait face. Attentifs de l’entrée en scène des deux divas jusqu’au dénouement final, le public du jour montre son intérêt par un silence total, ponctué par de francs éclats de rire et une participation immédiate à l’énigme proposée en cours de spectacle.

C’est que l’histoire de Pénélope et Rosalie est brillamment ficelée pour embarquer les petits comme les grands. Prêtes pour un récital de chant lyrique qu’elles tentent de débuter par le célèbre duo de Purcell Sound the Trumpet, les deux sopranos ont perdu leur pianiste Ludwig que l’on retrouve emprisonné dans un gramophone enchanté comme le génie d’Aladin dans la lampe merveilleuse. Pour le sortir de ce mauvais pas, et afin de commencer le tour de chant au plus vite, Pénélope et Rosalie extraient régulièrement de la vieille valise de Ludwig des accessoires qui pourraient aider à sa libération (que l’on soit Mary Poppins, Joséphine, ou Pénélope et Rosalie, le coup du sac magique cachant une multitude de choses improbables fonctionne toujours !). Chacun d’entre eux permet de maintenir un rythme soutenu, un renouvellement constant de la trame initiale par une succession de rebondissements, des divagations rocambolesques et drôles, mais surtout des airs d’opéras : L’Air des bijoux de Marguerite (Faust, Gounod) lorsque les deux jeunes femmes font apparaître d’exubérants colliers de perles, le duo des cartes de Frasuita et Mercedes du Carmen de Bizet lorsqu’elles révèlent le tarot magique de Ludwig (qui n’est en fait que celui de sa grand-mère !), Una Voce Poco Fa du Barbier de Séville de Rossini pour des chaussures à paillettes et talons vertigineux qui font pâmer d’envie les demoiselles… Mais quand elles se disputent et déchirent la robe de Cendrillon, Ludwig les transforme non en grenouilles comme recommandé par la petite Arielle au premier rang, mais bien en félins pour un duo des chats de Rossini loufoque à souhait.

Operaphone_Elise Llinares 1C’est enfin une évidence : le xylophone découvert dans le sac magique est la clé pour libérer le pauvre Ludwig enfermé depuis bientôt trois-quarts d’heure. Après un bref cours de respiration, quelques exercices pour chauffer sa voix, et l’apprentissage de la mélodie à l’aide du petit instrument, le chœur des clochettes de La flûte enchantée de Mozart est entonné par toute la salle. Une fumée jaillit enfin du gramophone : Ludwig est réapparu. Tous les regards cherchent Ludwig qui sera finalement matérialisé par un papa du public un peu surpris de se retrouver au centre de toutes les attentions, solution ingénieuse et hilarante quand celui-ci est entraîné sur le plateau pour être paré du chapeau doré et de la cape violette qui caractérisent le fameux pianiste, et pour participer aux saluts tout autant que les deux artistes.

Mais il ne faut pas croire que là est l’essentiel du spectacle : la qualité des interprétations musicales fait aussi merveille. La diction est nette, les effets vocaux variés, les nuances et les intentions travaillées, la projection savamment dosée pour s’adapter au mieux à cette petite salle, révélant ainsi qu’au-delà d’un jeu théâtral parfaitement abouti, Marie Nicot et Anne-Sophie Honoré sont aussi de belles chanteuses lyriques.

Crédits photographiques : © Élise Llinares

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