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À Genève, l’hommage de Daniil Trifonov à Chopin

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Genève. Victoria Hall. 12-II-2018. Frédéric Mompou (1893-1987) : Variations sur un thème de Chopin. Robert Schumann (1810-1856) : « Chopin », extrait de Carnaval op. 9. Edvard Grieg (1843-1907) : « Hommage à Chopin », extrait de Sept Impressions op. 73. Samuel Barber (1910-1981) : Nocturne (Hommage à John Field) op. 33. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : « Un poco di Chopin » op. 72 n° 15. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Variations sur un thème de Chopin op. 22. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate pour piano n° 2 en si bémol mineur op. 35, Chopin/Cortot: Sonate pour violoncelle in Sol mineur, Op. 65. Daniil Trifonov, piano.

Trifonov.01À Genève, le Victoria Hall est complet pour accueillir un phénoménal dans un récital hommage dédié à , auquel le pianiste russe voue une admiration sans borne.

Les traditionalistes, les historiens, les musicologues, les spécialistes du piano et de Chopin pourront envoyer leurs diatribes et développer leurs analyses savantes ; mais qui était au récital de pourra dire : « J’y étais ! » Parce qu’avec , c’est la musique qui a parlé. La musique dans ce qu’elle a de plus profond, de plus touchant, de plus émouvant.

À l’image de cette Marche funèbre de la Sonate n° 2 en si bémol mineur op. 35 de Chopin, qui meublait toute la deuxième partie de ce concert. Une Marche funèbre que le pianiste a donnée (plus encore qu’interprétée) avec une extraordinaire manière de retenir la mélodie, à la limite de la faute de rythme. Droit, le buste cambré, la tête levée vers un hypothétique horizon montagneux, dans une attitude christique, Trifonov joue comme si le clavier n’existait plus. Tout était dans l’esprit de cette marche douloureuse vers la dernière demeure : la main gauche, ordonnateur de la cérémonie, marchant au pas lent du cortège, avance vers sa destination avec une majesté inflexible, avec son métier longtemps exercé de rythmer le temps qui passe, alors que la main droite, hésitante, frôlant sublimement les touches, découvre la veuve, la famille, rétifs à suivre le chemin, à accepter l’obsédante allure, l’inévitable marche vers le néant.

C’est d’ailleurs dans cette expression lyrique et désespérante que le pianiste russe excelle. Comme dans les Variations sur un thème de Chopin op. 22 de où, s’avançant de tout son corps vers le clavier, comme pour pénétrer physiquement son instrument, il pèse de tout son poids sur les accords immenses du thème de ce vingtième prélude de Chopin. Si Daniil Trifonov n’a pas la carrure d’un Grigory Sokolov, d’un Claudio Arrau ou d’une Martha Argerich, ni leur puissance, il en possède l’intention musicale.

Si l’expressivité du jeune pianiste dévoile un indéniable talent, on espère que l’expérience lui donnera plus de la sérénité et qu’elle lui permettra de canaliser une certaine folie qu’il exprime dès qu’il aborde des passages virtuoses où il tend à s’éloigner du discours et de l’articulation mélodique. Reste que le jeune prodige a offert un concert d’une grande tenue soulevant l’enthousiasme du public. Cet été, le Festival de Verbier l’accueillera dans ce même récital. À voir et à revoir !

Crédit photographique : © Aline Paley

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