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Deuxième Winterreise pour Padmore, évangéliste au service de Schubert

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise D. 911 op. 89. Mark Padmore, ténor ; Kristian Bezuidenhout, pianoforte Graf. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en avril 2017. Durée : 69:16

 

Mark Padmore winterreise harmonia mundi, évangéliste dans les pas du voyageur, est conduit par le pianoforte de dans la lumière hivernale de Schubert.

De l’incontournable Winterreise (Le voyage d’hiver) de Schubert, les amateurs du Lied croient n’avoir plus rien à découvrir. Mais c’est le propre des chefs-d’œuvre, même les plus enregistrés et les plus joués, de réserver encore des surprises. l’avait pourtant déjà proposé en 2009 avec succès, chez le même éditeur. Il ouvre de nouvelles perspectives, cette fois-ci en compagnie du subtil pianoforte de et non plus du grand piano de . est un remarquable ténor baroque, reconnu notamment dans ses interprétations de l’Évangéliste des Passions de Bach et sa voix surprend à nouveau dans ce Voyage (lire aussi la chronique de son récital à Gaveau en 2011). En effet, on identifie souvent ce cycle à un timbre de baryton. Les tonalités originales de Schubert sont bien celles d’un ténor, il était jeune quand il composait ces Lieder et les chantait lui-même à ses amis. Mais la sombre atmosphère hivernale, le paysage intérieur en proie au doute, la maturité de la confrontation à la mort, renvoient au stéréotype d’une voix plus basse, à l’inverse par exemple du jeune homme de La belle meunière, même si sa fin n’est pas plus heureuse.

Le timbre très lumineux de Padmore peut d’autant plus déranger que l’enregistrement évoque une chapelle plus qu’un espace mental et des sons étouffés par la neige. Son interprétation accentue les effets, les consonnes sont peut-être trop savamment sonores, une certaine affectation dans la diction et les phrasés éloignent aussi de la sobriété dépressive attendue. Mais il choisit ainsi de suivre en profondeur la nature de sa voix et de sa personnalité, pour incarner son propre pas de voyageur, par ailleurs très respectueux de la partition et de ses nuances. Et sa voix peut bouleverser.

Schubert est un compositeur de l’intime et sa sensibilité se dévoile particulièrement dans le Lied, en apparence avec le chant, quand le corps s’exprime dans la nudité de la voix, mais en réalité souvent plus profondément dans la partie de piano. La relation entre le pianiste et le chanteur, entre leurs musicalités et leurs timbres respectifs, est donc essentielle, car il faut leur unité pour exprimer la solitude du moi romantique schubertien. C’est une des grandes qualités de cette version. Le son du pianoforte Graf de Kristian Bezuidenhout paraît si adapté qu’en l’écoutant, on ne pense pas à l’intérêt historique de l’instrument, pour se laisser simplement toucher par ses choix d’interprétation, qui privilégient une simplicité bienvenue, rééquilibrant parfois le lyrisme du chanteur. Il obtient aussi des sons mats étranges dans les graves, bienvenus quand l’atmosphère sonore se raréfie, comme dans Das Wirtshaus ou Der Leiermann.

À noter qu’il n’y a pas dans le livret de traduction française des poèmes de Müller, ce qui serait utile pour ceux qui ne maîtrisent pas l’allemand romantique pour mieux percevoir encore le raffinement de l’interprétation.

 

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