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Paris. Salle Gaveau. 28-XI-2011. Franz Schubert (1797-1821) : Winterreise, op. 89 D 911. Mark Padmore, ténor ; Till Fellner, piano

Après une Belle Meunière particulièrement réussie il y a un an dans le même lieu, c’est un singulier Voyage d’hiver que a accompli salle Gaveau, escorté au piano par . Si sa version du cycle ne manque pas de qualités et touche parfois au sublime, elle dérange aussi par certains aspects.

Les choses s’engagent mal avec un « Gute Nacht » maniéré et roucoulant, qui passe complètement à côté de l’esprit du poème et de la partition – des adieux sur une marche très simple. Le traitement baroque de ce Lied éminemment romantique jure si atrocement qu’on ne peut manquer d’être prévenu contre la suite. À tort. Padmore nous installe progressivement dans le monde dépeuplé de Schubert, où la nature a la parole. En variant le ton, le ténor tente ainsi de donner vie aux différents éléments convoqués dans le texte de Wilhelm Müller (gel, tilleul, rivière, corneille, aube…). Il y réussit presque entièrement, déployant un organe souple et puissant qui lui permet d’atteindre des sommets presque épiques, comme de se fondre dans le discours le plus intime. On retient, parmi beaucoup d’autres, son « Auf dem Flusse » et les magnifiques aigus de la dernière strophe, le « Frühlingstraum » avec son alternance douceur/brusquerie dont Padmore sait si bien jouer, ou encore « Der Wegweiser », qu’il entoure d’un mystère aussi pénétrant que sa voix. Il est bien aidé en cela par Fellner, qui montre une grande pertinence dans l’accompagnement (mis à part un jeu de pédale quelquefois contestable) et qui, surtout, excelle dans les ouvertures. C’est en effet au piano qu’il revient, dans le Winterreise comme dans le reste de l’œuvre de Schubert, de définir par quelques mesures introductives ce qui sera l’âme de chacun des Lieder. Fellner en saisit parfaitement la quintessence et la restitue en miniature, suscitant une impression prospective de départ qui laisse entrevoir la teneur essentielle du chant qui va suivre.
Mais Padmore n’est pas à l’abri des faux-pas. Si son interprétation épouse le plus souvent les contours de l’œuvre, certains couacs retentissants font sursauter. Ainsi de sa Corneille Die Krähe ») qui, malheureusement, en est vraiment une, ou de « Im Dorfe », où l’emphase le dispute à la naïveté. Il est dommage que le ténor ne puisse se départir complètement d’une certaine préciosité, qui n’est vraiment pas la bienvenue dans ce répertoire.

Malgré tout, l’émotion était bien présente durant ce récit – car c’en fut un – et nombreuses les raisons d’être bouleversé. Après « Der Leiermann », merveilleusement sinistre, qui conclut, sans le refermer, l’opus de façon absolument désespérée, Padmore choisit de consoler son monde avec un bis : ce sera « Nacht und Träume », une méditation pianissimo qui réchauffe les cœurs. Schubert aurait dû y penser !

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Paris. Salle Gaveau. 28-XI-2011. Franz Schubert (1797-1821) : Winterreise, op. 89 D 911. Mark Padmore, ténor ; Till Fellner, piano

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